La réponse (formidable de lucidité) de Phil Lawler: ce sont les soutiens progressistes de François qui veulent que les catholiques orthodoxes se séparent en premier, « les laissant libres ensuite de mettre en œuvre leur propre programme révolutionnaire ». C’est un piège!

Phil Lawler

A qui profite tout ce discours sur le schisme?

Phil Lawler
Catholic Culture
17 septembre 2019
Ma traduction

Pourquoi parlons-nous même de schisme? Qui a entamé cette conversation extraordinaire et quels sont les intérêts qu’elle sert ?

Ross Douthat, dans le New York Times, admet avoir utilisé le terme « schisme » il y a longtemps, comme une possibilité théorique – qu’il considère aujourd’hui (à juste titre) comme lointaine. Mais à présent, le pape François parle calmement de la perspective d’un schisme, et dit même que cela ne l’effraie pas [cf. Chronique d’un schisme annoncé] – ce qui, comme je l’ai souligné, est effrayant en soi.

Comment en sommes-nous arrivés là, si vite? Comment en sommes-nous arrivés à un point où le journal laïc le plus prestigieux du pays soulève l’idée que les catholiques américains pourraient se séparer de l’Église universelle, et où le Pontife considère cette perspective comme une possibilité sérieuse ?

Les critiques américains du Pape ont-ils menacé de rompre avec Rome? Jamais! Bien au contraire, les critiques les plus importants de ce pontificat insistent qu’ils font (nous faisons) tout ce qui est possible pour préserver l’unité de l’Église universelle, pour maintenir nos liens forts avec « tous ceux qui détiennent et enseignent la foi catholique qui nous vient des apôtres ». Le cardinal Raymond Burke, souvent cité comme le chef d’une faction rebelle, a en réalité affirmé à maintes reprises et catégoriquement sa loyauté envers le Souverain Pontife romain. On ne peut pas causer un schisme en défendant la doctrine établie de l’Église.

(D’un autre côté, on peut causer un schisme en organisant une réunion des évêques d’une nation, cherchant à changer les enseignements de l’Église universelle, et ignorant les admonestations du Saint-Siège d’abandonner ce plan qui divise, comme le font actuellement les dirigeants de la conférence des évêques allemands [cf. Le schisme passera-t-il par l’Allemagne?]. Pourtant, quand le New York Times parle de schisme, il est dit que la menace vient de « quelques conservateurs – surtout aux Etats-Unis », plutôt que des remuants « progressistes » allemands).

Je pose donc à nouveau la question: Comment cette conversation a-t-elle surgi, au sujet de la menace présumée d’un schisme américain? Et si vous suivez les discussions catholiques sur Internet, vous connaissez la réponse. Le sujet a été soulevé – et promu, et répété, et présenté comme une menace imminente – par les défenseurs les plus actifs et les plus agressifs du Pape sur Internet.

Ce qui soulève une autre question: Pourquoi ces gens – qui ont défendu avec tant d’enthousiasme les démarches du Pape pour modifier les enseignements de l’Église sur des questions comme le mariage et l’Eucharistie – sont-ils si désireux de parler de rupture avec le Pape ? Et encore une fois, je crois que je connais la réponse.

Pourquoi le président Lincoln a-t-il manœuvré la Confédération dans le bombardement de Fort Sumter? Parce qu’il voyait que la guerre était imminente et qu’il voulait que le Sud tire les premiers coups de feu. De même, les catholiques les plus « progressistes » reconnaissent qu’ils ne peuvent concevoir les changements radicaux qu’ils veulent sans précipiter une scission dans l’Église. Ils veulent donc que les catholiques orthodoxes se séparent en premier, les laissant libres de mettre en œuvre leur propre programme révolutionnaire.

Permettez-moi donc de conclure par un vibrant appel à mes compagnons catholiques, et en particulier à mes amis les plus excités sur Internet. Ne mordez pas à l’hameçon. Nous ne pensons pas au schisme. Nous pensons – et nous travaillons et prions pour cela – à préserver l’unité catholique, une unité qui nous maintient en pleine communion non seulement avec l’évêque de Rome et avec nos frères catholiques du monde entier, mais aussi avec tous les fidèles catholiques des générations précédentes. C’est notre Église: l’Église des apôtres, des saints, des martyrs et de nous, pauvres pécheurs.
Nous ne partons pas. Sûrement pas: nous ne partirons pas.

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