A la veille de l’ouverture du Synode pour l’Amazonie, le 5 octobre, se tiendra à Rome une conférence organisée par l’Institut Plino Correa de Oliveira. Dans un entretien avec LifeSiteNews, le « modérateur », Julio Loredo (auteur d’un ouvrage critique sur la théologie de la libération), dénonce l’intention des organisateurs du Synode de créer un nouvelle Eglise, et son instrumentalisation par les lobbies du climat.

AM Valli publie aujourd’hui sur son site l’interview de Julio Loredo par Diane Montagna sur LifeSiteNews


Nous porterons à Rome la voix des vrais indiens d’Amazonie

Aldo Maria Valli
23 septembre 2019
Ma traduction

Les documents-guides pour le prochain synode panamazonien contiennent « le projet d’une Église nouvelle », sont imprégnés de « tribalisme » et présentent la « sorcellerie » comme un nouveau paradigme pour la théologie.
Parole de Julio Loredo, auteur de Teologia della liberazione. Un salvagente di piombo per i poveri (Théologie de la Libération. Une bouée de sauvetage en plomb pour les pauvres), selon laquelle « pour le lecteur moyen, l’idée d’une société tribale comme modèle pour l’Occident et de la sorcellerie amazonienne comme nouveau paradigme pour la théologie peut sembler déconcertante », mais « pour celui qui a étudié le processus historique révolutionnaire, cela a parfaitement un sens.
LifeSiteNews s’est entretenu avec Loredo avant la conférence du 5 octobre à Rome intitulée « Amazonie, les enjeux ».

Monsieur Loredo, vous serez le modérateur de la conférence sur « Amazonie, les enjeux », qui se tiendra à Rome la veille de l’ouverture du synode sur l’Amazonie. Quel est le but de la conférence et quelles sont les questions qui seront discutées ?

Notre conférence internationale à Rome a plusieurs objectifs, que je vais essayer de résumer.
Tout d’abord, il vise à informer le public sur la situation réelle dans la région amazonienne. Le synode, comme l’encyclique Laudato si’ dont il s’inspire, est largement basé sur des données pseudo-scientifiques diffusées par des lobbies de l’environnement. Dans ce but, nous avons invité plusieurs experts à prendre la parole à la conférence, à commencer par Bertrand d’Orléans et Bragance, prince impérial du Brésil et auteur de « Psychose Environementale ». Il y a aussi le professeur Luiz Carlos Molion, un météorologue bien connu de l’Université d’Alagoas, au Brésil. Jonas Macuxí de Souza, chef indigène de la tribu des Macuxí de Roraima, sera un orateur important. Il apportera à Rome la voix des vrais Indiens d’Amazonie.
Un deuxième objectif de la conférence du 5 octobre est d’approfondir les bases doctrinales qui inspirent le synode. Peu de gens en Europe connaissent la théologie dite indigène, qui découle de cette théologie de la libération formellement condamnée par Jean-Paul II et Benoît XVI, mais qui a été réhabilitée par le pape François. L’encyclique Laudato si’ et le synode amazonien lui-même s’inspirent fortement de cette théologie. En fait, le Document préparatoire du Synode et l’Instrumentum laboris ont été clairement écrits par des personnes qui appartiennent à ce courant hérétique.
Se référant à ces théologies, le cardinal péruvien Pedro Barreto a déclaré que le Synode « complète un processus commencé dans l’Église latino-américaine il y a quarante ans ». Après avoir étudié le sujet pendant près d’un demi-siècle, je peux dire que l’empreinte de la théologie de la libération est partout, y compris dans des versions plus actualisées et radicales, qui tendent déjà vers le panthéisme.
La tâche d’analyser les bases doctrinales du synode sera répartie entre différents intervenants, [parmi lesquels] le professeur Stefano Fontana, de l’Observatoire Cardinal Van Thuan, le professeur Roberto de Mattei, président de la Fondation Lépante, et José Antonio Ureta, auteur de Le changement de paradigme du Pape François.
Le troisième objectif de notre conférence est le plus important: inculquer un sentiment de confiance et d’espoir. La Sainte Mère Eglise traverse une période difficile, qui n’a pas commencé avec le Pape actuel, mais qui est certainement en train d’atteindre un sommet avec lui. Nous voulons nous proclamer fils dévoués de l’Église, dénonçant les pièges vers lesquels elle se dirige si le Synode fait son chemin. C’est un cri d’amour et de préoccupation pour l’Église catholique romaine. L’Église, cependant, est immortelle et brillera d’une sainteté encore plus radieuse. Notre conférence se terminera par un message de fidélité et d’espoir.

Vous avez mentionné que le chef d’une des tribus amazoniennes du Brésil prendra la parole à la conférence. De quoi va-t-il discuter et quelles seront les questions qu’il posera sur le synode amazonien ?

En réalité, il y avait plusieurs dirigeants indigènes qui voulaient participer. Nous avons dû en choisir un, et nous avons donc choisi Jonas Macuxí de Souza. Comme je l’ai dit, il apportera à Rome la voix des vrais Indiens d’Amazonie, et non celle des faux montrés par les médias. Les Européens doivent se rendre compte qu’une grande partie, sinon la totalité, des personnalités qui apparaissent dans le circuit des médias ne sont en fait que de simples porte-parole des lobbies environnementalistes. Ils sont amenés dans des avions privés et reçus au plus haut niveau, attirant une énorme couverture médiatique. Cependant, ils ne représentent pas l’Amazonie.
Prenons par exemple le cacique Caiapó, Raoni Metuktire, qui a récemment été reçu par les dirigeants européens, dont le pape François et le président Macron. Selon le leader indigène Kayna Munduruku, « Raoni ne nous représente pas, peuples amazoniens ». Selon Kayna, Raoni représente simplement les ONG « qui ont abusé du droit de parler en notre nom ». « Qui leur a donné ce droit? Nous savons qui nous sommes et ce que nous voulons. Nous n’avons pas besoin d’ONG qui, soit dit en passant, sont millionnaires alors que les peuples amazoniens souffrent ».
Pour mieux décrire le message que nous voulons faire passer à la conférence de Rome, j’utiliserai les mots d’une autre dirigeante autochtone, Silvia Nobre Waiãpi, secrétaire nationale pour la santé indigène au Brésil. Elle a dit: « Nous, les indigènes, nous voulons être les protagonistes de notre histoire. Nous ne voulons pas continuer à dépendre de personnes et d’organisations, comme les ONG, qui nous disent quoi faire. Certaines ONG font du bon travail, mais la plupart d’entre elles sont des outils politiques et idéologiques. Ceux qui veulent garder les Indiens à l’état sauvage, veulent simplement les empêcher de se développer afin d’exploiter leurs terres. Nous voulons au contraire que les Indiens s’intègrent, qu’ils soient informés, qu’ils aient accès à des mécanismes décisionnels, qu’ils prennent leur avenir en main.
Depuis ses origines, l’Église a évangélisé en civilisant et civilisé en évangélisant. La foi et la culture, comme l’a rappelé le Pape Jean-Paul II, sont imbriquées dans la mission de l’Église. Ce point mérite d’être souligné. Les promoteurs du Synode, d’autre part, nient catégoriquement que l’Église doive évangéliser et encore moins civiliser. Ils disent que l’Église doit apprendre la vraie foi et la vraie civilisation (la soi-disant « bonne vie ») des Indiens amazoniens. Pas l’inverse. Ils bouleversent ainsi deux millénaires d’évangélisation.
Les vrais Indiens d’Amazonie veulent être évangélisés. Une preuve choquante en est l’énorme augmentation du nombre de sectes évangéliques dans la région. Alors que l’Église abandonne son esprit missionnaire, ce vide est comblé par les protestants.

Quelle est l’importance de cette conférence pour le monde extérieur à la région amazonienne et pour l’Église universelle? En d’autres termes, pourquoi les lecteurs devraient-ils prendre note de cette conférence et la considérer comme importante?

Mgr Franz-Josef Overbeck, évêque d’Essen, qui est l’un des organisateurs du synode, a été très clair sur ses objectifs : « Après le synode d’octobre rien ne sera plus comme avant. [Le synode] conduira à une rupture dans l’Église catholique« . Un signe en est le rôle écrasant que les évêques allemands progressistes assument au Synode. Il semble évident qu’ils veulent en profiter pour faire avancer leur programme. Pour reprendre la métaphore du père Ralph Wiltgen, les Allemands utilisent le fleuve Amazone pour aider le Rhin à se jeter dans le Tibre. Il n’est pas surprenant que certains promoteurs aient appelé le synode « Concile Vatican III ».
Les organisateurs et les promoteurs du synode disent explicitement qu’ils veulent « réinventer » l’Église, en utilisant l’expression forgée par le théologien de la libération Leonardo Boff, un des principaux rédacteurs de Laudato si’. Le synode entend renouveler l’Église ab imis fundamentis en lui donnant un « visage amazonien ». En d’autres termes, le synode veut réinterpréter toute l’Église – sa doctrine, sa liturgie, ses sacrements, son organisation – à partir de ce qu’il appelle (abusivement) une perspective « amazonienne ». En ce sens, l’importance du synode dépasse largement les frontières de la région amazonienne.
En lisant le document préparatoire et l’Instrumentum laboris, on voit clairement le projet d’une Église nouvelle. Ces documents contiennent une nouvelle théologie qui implique une nouvelle approche pastorale. Et cela influencera toute l’Église. Par exemple, ces documents contiennent un nouveau concept de Révélation, immanentiste et non plus transcendantal. Ils contiennent un nouveau modèle d’Église, communautaire plutôt que hiérarchique. Ils contiennent une nouvelle théologie des sacrements, non plus des signes qui transmettent la grâce mais des actes qui transmettent l’immanence divine. Ils contiennent un nouveau concept de « ministère » qui inclurait même des sorciers amazoniens.
Certains optimistes (je les qualifierais de naïfs) disent que le Synode veut simplement ouvrir quelques exceptions, comme l’ordination d’hommes mariés et l’acceptation de femmes au diaconat, dans une région très limitée, l’Amazonie, pour des besoins pastoraux bien spécifiques. Nous savons très bien comment le jeu se déroule: on ouvre une exception pour un besoin spécifique et l’étape suivante est qu’elle devient une pratique universelle dans toute l’Église. La communion sur la main et les ministres « extraordinaires » de l’Eucharistie en sont des exemples classiques.

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Pour le lecteur moyen, l’idée de la société tribale comme modèle pour l’Occident et de la sorcellerie amazonienne comme nouveau paradigme pour la théologie peut sembler déconcertante. Cependant, pour quelqu’un qui a étudié le processus historique révolutionnaire, c’est tout à fait logique.
Dans L’Origine de la propriété privée, de la famille et de l’état, Friedrich Engels affirme que le tribalisme est l’objectif final du communisme. Après la dictature du prolétariat et une phase de transition du socialisme autogéré, la société communiste finale – « le socialisme à un niveau supérieur » – serait comme la tribu, où il n’y a ni propriété privée, ni famille, ni Etat et donc aucune « aliénation ». Les penseurs marxistes considéraient le tribalisme comme le « communisme originel » auquel l’histoire reviendra, complétant ainsi son cycle évolutif.
C’est pourquoi le communisme a toujours promu l’indigénisme comme un moyen de promouvoir la révolution, en particulier en Amérique latine. Le premier Congrès indigéniste interaméricain a eu lieu en 1940 à Pátzcuaro, au Mexique. Tous les penseurs et dirigeants autochtones du XXe siècle appartenaient à des partis communistes ou socialistes.
Plus tard, la théologie de la libération a commencé à présenter les Indiens comme une classe « opprimée » ayant besoin de « libération ». D’où la naissance de la théologie indigène, qui fut par la suite adoptée par plusieurs épiscopats latino-américains, en particulier au Brésil.
En 1977, le penseur brésilien Plinio Corrêa de Oliveira a écrit le livre « Tribalisme indigène: idéal communisto-missionnaire pour le Brésil au XXIe siècle« . Il y dénonce les courants indigènes qui dominaient la Conférence épiscopale. Chapitre après chapitre, il montre comment ces courants avaient abandonné l’idéal missionnaire. Pour eux, il ne s’agissait plus d’évangéliser les Indiens, mais d’apprendre d’eux, qui avaient sans doute conservé une sorte d’innocence primale en communion avec la nature, aujourd’hui perdue par la société occidentale. Ils présentaient la tribu comme un idéal à la fois religieux et social. Dans cette optique, dit Plinio Corrêa de Oliveira, les peuples amazoniens seraient les véritables évangélisateurs du monde. En feuilletant ce livre de 1977, on a presque l’impression de lire des passages de l’Instrumentum laboris du synode panamazonien prévu pour octobre prochain. Tout avait été planifié.

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