Dans son éditorial d’aujourd’hui sur la NBQ, Riccardo Cascioli revient sur le texte (« Responsum ») de la CDF déclarant illégitime la bénédiction des unions homosexuelles. En apparence, de quoi satisfaire les plus conservateurs et agacer les progressistes. Mais comme toujours avec François, les choses ne sont pas aussi simples, le Pape péroniste est un virtuose du double discours, ce « en même temps » cher au président français. Et à commencer par les déclarations de proches, ce « Responsum » n’est pas destiné à une longue vie…

Bénédictions: le lobby gay à l’assaut du Saint-Siège

Riccardo Cascioli
La NBQ
24 mars 2021
Ma traduction

La plus forte attaque contre le Responsum de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui le 15 mars a déclaré illégitime la bénédiction des unions entre personnes du même sexe, vient de l’intérieur de la Curie romaine et des cercles proches du Pontife. Et il y a la conviction que cette interdiction tombera bientôt. Le plan déjà dénoncé par le Cardinal Ratzinger en 1986 est en train de se réaliser.

Lundi 22 mars, le blog Messainlatino.it révélait – citant des « sources en très haut lieu » – que de « très fortes pressions » ont été exercées afin d’affaiblir le Responsum de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur « l’illégitimité et l’impossibilité de bénir les couples homosexuels » (publié le 15 mars dernier). Chose qui s’est effectivement passée (cf. l’approfondissement de Stefano Fontana – ma traduction).

En particulier, on comprend que la première résistance est venue du pape François lui-même, qui a finalement consenti à la publication du document fortement souhaité par le préfet de la CDF, Mgr Luis Francesco Ladaria Ferrer, tout en évitant d’y mettre le poids de son autorité; tandis que le préfet du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, le cardinal Kevin Farrell, qui – il ne faut pas l’oublier – est un produit de l’ « écurie » de l’ex-cardinal et serial-abuseur Theodore McCarrick, et le président de l’Académie pontificale pour la vie, Mgr Vincenzo Paglia (universellement connu pour la fresque homoérotique commandée pour la cathédrale de Terni) auraient tout fait pour éviter la sortie du Responsum.

En réalité, plus qu’une révélation, il s’agit d’une confirmation de ce qui était déjà apparu évident ces derniers jours. Pas tant pour la désobéissance flagrante manifestée par des prêtres, des évêques et des théologiens en Allemagne, en Autriche et aux États-Unis, que pour certains commentaires et analyses faits par des hommes très proches du pape François et maintenant aussi par le pape lui-même.

L’intervention la plus importante a été celle du père Pino Piva, un jésuite très proche du père Antonio Spadaro (principal interprète de la pensée du pape), très engagé dans l’accompagnement des personnes homosexuelles mais surtout dans le travail de légitimation de l’homosexualité au sein de l’Église. Le 19 mars, le père Piva a publié sur le site de Città Nuova une réflexion révélatrice sur le Responsum, dans laquelle il propose une interprétation autorisée du document à la lumière de la pensée du pape. Tout d’abord, le Père Piva souligne « le degré minimal d’autorité » qui a été conféré à ce document: le Pape « n’approuve pas le Responsum mais en est seulement informé » ; de plus, « il n’ordonne pas sa publication, mais donne seulement son assentiment ».

En second lieu, le père Piva rappelle que le pape François avait déjà démoli le document de 2003 de la CDF dans lequel saint Jean-Paul II et le cardinal Joseph Ratzinger s’opposaient fermement à la reconnaissance légale des unions homosexuelles. La référence est la fameuse interview dans laquelle, parlant de l’époque où il était encore en Argentine, le pape François dit avoir soutenu les unions civiles entre personnes de même sexe en les maintenant bien distinctes du mariage. Une opposition claire qui, pour le père Piva, signifie déjà que ce document de 2003 devrait être totalement réécrit aujourd’hui. À cet égard, il convient de noter que pour le progressisme catholique, les lois ne sont pas évaluées pour leur adhésion à la vérité, mais simplement par ordre chronologique: la loi la plus récente annule la plus ancienne, et dans ce cas, même une interview annule un document du Magistère faisant autorité.

En tout cas, cette étape sert à corroborer la suivante, c’est-à-dire: « Le présent Responsum de la CDF aura une vie courte, très courte « , il n’est pas le dernier mot sur la bénédiction des unions homosexuelles.
Le message est clair: ne vous inquiétez pas, ce Responsum aurait dû être écrit ainsi « pour rassurer quelques consciences faibles en ce changement d’époque », mais il est clair qu’il sera rapidement dépassé. Si ce n’est pas par de nouveaux documents, ajouterions-nous, c’est par la pratique: étant donné les précédents, il n’est pas difficile d’imaginer que sous le prétexte de la réaction au Responsum, il y aura des évêques et des prêtres qui multiplieront de manière flagrante les bénédictions des unions homosexuelles et que personne de Rome n’interviendra ou ne sera amené à intervenir.
En outre, tout cela rappelle l’épisode de mars 2018, lorsqu’un prêtre français, le père Daniel Duigou, auteur du livre « Lettre ouverte d’un curé au pape François », a déclaré que, lors d’une audience privée, le pape François avait approuvé sa bénédiction des couples homosexuels (cf. www.lifesitenews.com).

Une deuxième intervention révélatrice est celle du cardinal Farrell, lors de la conférence de presse de présentation de l’ « Année de la famille Amoris Laetitia « , le 19 mars. En réponse à une question sur le Responsum, Farrell a fait allusion à la faveur de l’Église pour la reconnaissance des unions homosexuelles, puis a déclaré: « La vie pastorale de l’Église est ouverte à toutes les personnes. Il est essentiel et très important que nous ouvrions toujours nos bras pour accueillir et accompagner toutes les personnes dans leurs différentes étapes de vie et dans leurs différentes situations de vie. » Ainsi, Farrell a tenu à souligner la distinction entre le « mariage sacramentel » et le mariage non sacramentel, évoquant ensuite « d’autres formes de mariage ». « Il existe aujourd’hui de nombreuses situations pastorales différentes pour lesquelles les personnes ne peuvent pas participer pleinement à la vie de l’Église », a poursuivi Farrell, « mais cela ne signifie pas qu’elles ne doivent pas être accompagnées par nous, et par les personnes dans les paroisses ». « J’insiste », a conclu Farrell, « et je tiens à préciser que nous sommes ouverts à l’accompagnement de toutes les personnes ». Comme pour dire: je ne peux pas nier ce qui est écrit dans le Responsum, mais puisque les unions homosexuelles sont légitimes, pour les bénédictions ce n’est qu’une question de temps.

A ces commentaires, il faut ajouter deux nouvelles interventions du Pape François, qui – bien qu’elles ne se réfèrent pas explicitement au thème en question – ont été décrites par des commentateurs proches de lui comme une prise de distance par rapport au Responsum. La première a eu lieu lors de l’Angélus du dimanche 21 mars, le premier après la publication du document de la CD : invoquant un témoignage par la vie « qui se donne au service », le pape François a dit qu’ « il s’agit de semer des graines d’amour non pas avec des mots qui s’envolent, mais avec des exemples concrets, simples et courageux, non pas avec des condamnations théoriques, mais avec des gestes d’amour ». Et encore en se référant à un sol aride « à cause de malentendus, de difficultés ou de persécutions, ou de revendications de légalismes ou de moralismes cléricaux ».

La deuxième intervention date d’hier, il s’agit du message pour le 150e anniversaire de la proclamation de saint Alphonse Marie de Liguori comme Docteur de l’Église. Le pape François y souligne fortement comment saint Alphonse est le grand rénovateur de la théologie morale en se faisant homme de miséricorde qui s’écarte du rigorisme alors en vigueur. « Dans les disputes théologiques », dit le pape François à propos de saint Alphonse, « préférant la raison à l’autorité, il ne s’est pas arrêté à la formulation théorique de principes, mais s’est laissé interpeller par la vie elle-même ». Et encore :  » La simple connaissance des principes théoriques, comme le rappelle saint Alphonse lui-même, ne suffit pas pour accompagner et soutenir les consciences dans le discernement du bien à faire ».

C’est un message « d’une pertinence particulière », note le site de la revue jésuite américaine America, pour les « catholiques blessés » par le Responsum de la CDF. La même interprétation est donnée par le journal argentin La Gaceta. Ils citent également des « hauts fonctionnaires du Saint-Siège » qui, confirmant leur distance par rapport au Responsum, expliquent que le pape soutient les personnes engagées dans l’accompagnement des couples homosexuels.

En résumé, le tableau est assez clair: ce que craignait le Cardinal Ratzinger, alors Préfet de la CDF, dans sa lettre du 1er octobre 1986 sur la pastorale des personnes homosexuelles , lorsqu’il dénonçait l’existence d’un lobby gay au sein de l’Eglise qui « exerce une très forte pression » pour amener l’Eglise elle-même « à accepter la condition homosexuelle comme si elle n’était pas désordonnée, et à légitimer les actes homosexuels », se réalise. Cette mentalité a pénétré profondément dans la mentalité commune des catholiques également et, en Italie, le quotidien des évêques, l’Avvenire, joue un rôle fondamental dans ce sens; il s’agit désormais d’un véritable assaut du Saint-Siège, et de nombreux postes de haut niveau ont déjà été conquis. Nous sommes proches de l’assaut final.

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