Dans la série « je dis une chose, et j’en fais une autre », voici la dernière perle du Pape-qui-fait-le-ménage-dans-l’Eglise, et qui dénonce les lobbies, y compris gays! (*). Lors de sa visite en Slovaquie, il a témoigné ostensiblement son amitié à un évêque ouvertement homosexuel – d’ailleurs sanctionné par Benoît XVI – au point d’avoir créé au sein le l’Eglise en Slovaquie un authentique « réseau gay ». On objectera que l’Eglise condamne le péché – pas le pécheur. Certes. Mais ici, le pécheur n’a apparemment manifesté aucun repentir (au contraire!), ni même d’intention de s’amender. Décidément, la miséricorde du Pape du « qui suis-je pour juger? » est à géométrie variable, et le désir de flatter le monde l’emporte chez lui sur le devoir d’édifier le peuple chrétien.

(*) Lors de la fameuse interview dans l’avion de retour de Rio de Janeiro le 28 juillet 2013, après la célèbre proclamation « qui suis-je pour juger?« , le Pape a ajouté: « Vous parlez du lobby gay. Bah ! On écrit beaucoup sur le lobby gay. Je n’ai encore trouvé personne au Vatican qui me donne sa carte d’identité avec ‘gay’. On dit qu’il y en a. Je crois que lorsqu’on se trouve avec une telle personne on doit distinguer le fait d’être ‘gay’, du fait de faire un lobby ; parce que les lobbies, tous ne sont pas bons. Celui-ci est mauvais.  »

Et en Slovaquie, le pape réhabilite l’évêque « gay ».

Riccardo Cascioli
La NBQ
15 septembre 2021
Ma traduction

La visite du pape François en Slovaquie s’est achevée avec la réhabilitation devant l’opinion publique de l’ancien évêque de Trnava, Robert Bezák, destitué par Benoît XVI en 2012 et accusé d’avoir même créé un réseau de prêtres homosexuels. L’embarras de la Conférence des évêques.

D’un point de vue canonique et ecclésiastique, on ne peut pas parler d’une véritable réhabilitation, mais du point de vue de l’opinion publique et de la perception générale, la réhabilitation est aussi complète que déconcertante. Il s’agit de l’évêque slovaque « gay » Robert Bezák, destitué en 2012 par le pape Benoît XVI et remis en selle par le pape François lors de sa visite pastorale en Slovaquie. A tel point que ce matin, comme la nonciature apostolique en a informé l’épiscopat slovaque, il est parmi les évêques concélébrant à la dernière messe du Pape sur le sol slovaque.

Sans aucun doute, la photo de la rencontre entre le pape, Bezák et sa famille à la nonciature lundi est destinée à avoir un impact beaucoup plus important en Slovaquie que toutes les rencontres officielles de ces derniers jours, qui ont d’ailleurs vu une présence de fidèles beaucoup plus faible que prévu.

Le cas de Mgr Bezák est en effet controversé et l’initiative du pape rouvre une blessure qui avait du mal à se cicatriser après avoir profondément divisé l’Église slovaque il y a dix ans.
Nommé évêque de Trnava en 2009, à 49 ans, le plus jeune évêque de son pays, Bezák s’est présenté comme un pasteur ouvert, attentif aux questions sociales, déterminé à gouverner avec transparence. Il était l’antithèse de son prédécesseur, Jan Sokol, qui a pris sa retraite en raison de la limite d’âge mais qui était sous le coup de lourdes accusations pour des relations présumées ambiguës avec les services secrets de l’ancien régime communiste et pour une gestion obscure des finances du diocèse. Cette dernière accusation a été amplifiée par les plaintes de Mgr Bezák lui-même auprès du Saint-Siège. Mais bientôt, les ombres se sont également accumulées sur la tête du jeune évêque de Trnava qui, en juin 2012, a été invité à démissionner et, lorsqu’il a refusé, a été rapidement relevé de ses fonctions pastorales.

Que s’est-il passé ? Bezák a toujours maintenu qu’il n’avait jamais reçu de raison officielle pour cette mesure, même si quelques contestations de ses positions doctrinales sur la moralité sexuelle avaient été explicitement formulées. C’est pourquoi une partie de l’Église slovaque a vivement réagi à la mesure du Saint-Siège. Il a également été question d’une gestion douteuse des actifs financiers du diocèse, mais en réalité, la principale raison de la décision du Vatican était l’homosexualité pratiquée de Bezák, également documentée dans le livre du prêtre polonais Dariusz Oko sur l’homoérotisme et les activités du lobby gay dans l’Église.

Il était notoire que Bezák fréquentait des salles de sport et des saunas à nette tendance, mais pas seulement : en tant qu’évêque, il était également tenu pour responsable d’avoir contribué à la formation d’un réseau de prêtres homosexuels. Au fil des ans, cet aspect est devenu de plus en plus clair, à tel point qu’en Slovaquie, ce sont surtout les milieux libéraux extérieurs à l’Église qui ont pris sa défense.

Entre-temps, Bezák – qui, ces dernières années, a enseigné la religion dans un lycée protestant de Bratislava – a réussi dès 2014 à remettre une lettre au pape, qui l’a effectivement reçu au Vatican en avril 2015, et depuis lors une relation de familiarité s’est poursuivie, conduisant aux développements de ces derniers jours. C’est précisément en prévision de sa visite en Slovaquie que le pape François avait invité Mgr Bezák au Vatican le 24 juin dernier, où l’ancien évêque de Trnava avait concélébré et dîné avec le pape.

Si aujourd’hui la Conférence épiscopale slovaque est unie dans son jugement négatif sur Mgr Bezák, le pape François a en effet imposé sa réhabilitation publique, les évêques n’ont été informés de sa présence parmi les concélébrants que lors de la messe de clôture de la visite pastorale. Ces derniers jours, on a également spéculé sur la possibilité qu’il soit réaffecté à un autre diocèse, mais Bezák lui-même a démenti cette hypothèse lors d’une interview télévisée accordée mardi 14 septembre à la principale chaîne slovaque, bien qu’il se soit dit ouvert à une nomination future.

La situation qui s’est créée aujourd’hui pour l’Église slovaque est décidément embarrassante, d’autant plus qu’il est question de documents et de témoins confirmant que Mgr Bezák a continué ces dernières années à avoir des comportements inappropriés, pour ne pas dire plus. Et il est certain que les milieux habituels en profiteront pour faire avancer l’agenda du lobby gay dans l’Eglise, même si on peut imaginer que ce n’était pas la véritable intention du Pape.

Mots Clés :
Share This