Le Pape américain vote. Le Pape allemand ne votait pas. Deux conceptions du ministère pétrinien

1 Nov 2026 | Actualités

La Salle de presse du Saint-Siège l’a confirmé cette semaine: Léon XIV a envoyé son bulletin de vote par courrier à Chicago» pour les élections de mi-mandat aux États-Unis; il a exercé «son droit de vote en tant que citoyen des États-Unis, chaque fois qu’il en a eu l’occasion», convaincu du droit et du devoir des citoyens de participer aux processus démocratiques [vatican.va]

Par ce geste ostensible, Léon XIV marque une rupture par rapport à son prédécesseur argentin (qui avait sans doute ses raisons…) mais aussi avec Benoît XVI: celui-ci avait volontairement choisi de ne pas voter aux élections allemandes (en 2005 comme en 2009). Sollicité par la presse, son frère Georg avait à l’époque prudemment (toute autre réponse aurait pu soulever un tollé) argumenté qu’ «étant le souverain du Vatican, il ne pense pas qu’il soit approprié pour lui de s’immiscer dans les affaires d’un autre État » [à lire , cet article très intéressant: www.domradio.de, du 26/9/2009]. Une justification purement « laïque » qui est certainement entrée en ligne de compte, mais qui ne convainc pas entièrement. Son choix était à l’évidence avant tout dicté par sa conception du ministère pétrinien, impliquant une certaine distance, une juste réserve spirituelle, le renoncement à la vie privée et surtout l’idée que le pape se situe au-dessus des clivages politiques nationaux.

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A propos de Léon XIV, un lecteur du blog d’AM Valli confie ses réserves. Et déjà, ce mot « citoyen », incongru pour désigner le Vicaire du Christ:

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Le pape n’est pas un simple citoyen qui prête temporairement sa personne au Siège de Pierre : il est le vicaire du  Christ sur terre, le pasteur suprême de l’Église universelle et le père commun de tous les fidèles.
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La Chaire pétrinienne se situe, par nature, au-dessus des querelles partisanes et des compétitions électorales nationales.

Quand le pape fait le citoyen : pourquoi le vote de Léon XIV blesse la réserve spirituelle de la papauté

Carlo Foresti

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La récente information diffusée par le Service de presse du Saint-Siège, selon laquelle le pape Léon XIV (de son vrai nom Robert Francis Prevost) aurait envoyé par la poste à Chicago son bulletin de vote afin de participer aux élections de mi-mandat aux États-Unis, ne peut laisser indifférents les fidèles qui ont à cœur la nature surnaturelle et universelle de l’Église.

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Bien que la note du Vatican ait justifié cette décision en invoquant la conviction du souverain pontife quant au « droit et au devoir des citoyens de participer aux processus démocratiques », l’acte accompli par Léon XIV soulève des interrogations d’une gravité extraordinaire sur les plans théologique, ecclésiologique et politique.

Le pape n’est pas un simple citoyen qui prête temporairement sa personne au Siège de Pierre : il est le vicaire du  Christ sur terre, le pasteur suprême de l’Église universelle et le père commun de tous les fidèles (Pater Patrum, dit-on). La Chaire pétrinienne se situe, par nature, au-dessus des querelles partisanes et des compétitions électorales nationales. Dès lors que le Souverain Pontife exprime son vote lors d’un scrutin politique dans un État souverain, qui plus est la principale puissance géopolitique mondiale, il s’engage inévitablement dans l’arène temporelle, en prenant parti pour une faction politique et contre une autre.

Réduire l’action du successeur de Pierre à la seule dimension de la participation démocratique constitue une nouvelle concession douloureuse à la sécularisation de la papauté. La mission de l’Église et de son chef visible ne découle pas des dynamiques de la démocratie représentative, mais du mandat divin du Christ (« Pais mes brebis »). Lorsque le pape vote, il ramène l’autorité morale et spirituelle du Saint-Siège au niveau d’une simple préférence en matière de politique intérieure, compromettant ainsi cette nécessaire neutralité transcendante qui a toujours permis à Rome de s’exprimer avec autorité, en toute impartialité, auprès de tous les peuples et de tous les hommes.

À une époque marquée par une polarisation politique et culturelle effrayante, particulièrement vive aux États-Unis, la décision du pape de voter risque de diviser plutôt que d’unir. Quel que soit le parti ou le candidat choisi dans le secret de l’isoloir, le simple fait que le pape soit inscrit sur les listes électorales en tant qu’électeur actif autorise inévitablement les factions en lice à instrumentaliser la figure du souverain pontife. Comment le pape peut-il être un facteur d’unité et un guide spirituel pour les catholiques aux opinions politiques opposées s’il devient lui-même un électeur pris de parti dans l’isoloir ?

D’un point de vue historique, la diplomatie pontificale s’est toujours rigoureusement abstenue d’exercer des droits politiques actifs au sein des différents États afin de garantir l’indépendance totale du Saint-Siège face à toute influence ou suspicion d’ingérence. Quelle crédibilité la voix du pape pourra-t-elle avoir lorsqu’il rappellera aux dirigeants politiques mondiaux les principes de la loi morale ou de la paix, si son bulletin de vote est pris en compte dans le décompte des voix d’un comté américain spécifique ?

Les catholiques ne demandent pas au Souverain Pontife de se comporter en « bon citoyen » de l’Illinois ou des États-Unis, mais d’être pleinement et sans réserve le pape de l’Église catholique. L’Église n’a pas besoin d’un pontife qui participe au décompte des voix, mais d’un roc spirituel inébranlable qui rappelle au monde que le Royaume du Christ n’est pas de ce monde. 

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