Un pape ne doit pas voter: problèmes juridiques et politiques

3 Nov 2026 | Actualités

On peut s’étonner de l’importance qui est accordée dans ces pages à un évènement que certains trouveront mineur, sinon anecdotique. Au point de lui consacrer plusieurs articles qui se font plus ou moins écho et se reprennent mutuellement. Mais plus le temps passe, plus cet évènement grandit dans les commentaires, se révélant d’une gravité qui va bien au-delà du simple fait d’actualité: car ce qui est en jeu, c’est la nature même de la papauté..

Dans son dernier billet hebdomadaire de Monday Vatican, Andrea Gagliarducci met en évidence un aspect qui n’est pas à proprement parler lié à la nature supra-naturelle de la papauté, mais à sa présence dans le monde profane, et qui n’a pas été abordé ailleurs.

Par exemple, par son geste, Léon XIV a créé, inconsciemment (?), un risque sérieux d’affaiblissement de son immunité juridique face aux tribunaux américains (notamment dans les affaires d’abus sexuels, mais aussi en tant que contribuable), en effaçant la distinction entre son rôle de souverain et celui de citoyen privé: maintenant que le pape vote comme un citoyen ordinaire, le risque est que ce précédent soit utilisé pour considérer son rôle et sa personne comme ceux de n’importe quel autre évêque.
Plus grave, il a fragilisé l’autorité et l’influence morale du Vatican sur la scène internationale, qui jusqu’à présent reposaient sur son indépendance absolue face aux puissances politiques. En s’impliquant dans le processus électoral d’une nation, il risque de nuire à sa crédibilité, en créant le soupçon qu’il puisse représenter les intérêts de celle-ci.
Bref:

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La décision de Léon XIV de voter constitue un précédent très dangereux. Il n’y aura peut-être pas de conséquences à court terme. À long terme, cette décision pourrait se retourner contre le Saint-Siège.

Léon XIV, un pape qui veut être un citoyen

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www.mondayvatican.com/vatican/leo-xiv-a-pope-who-wants-to-be-a-citizen
Andrea Gagliarducci (extrait)

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Léon XIV ne s’est pas vraiment interrogé sur ce que signifie être pape.

(…)

Cela n’a rien de surprenant, si l’on s’en tient aux précédents. Cet été, par exemple, en réponse aux déclarations de l’ambassadeur américain auprès du Saint-Siège, Brian Burch, qui affirmait que les opinions du pape en tant que chef d’État devaient être dissociées de celles d’un chef religieux, un éditorial de Vatican News est même allé jusqu’à affirmer que le pape « s’exprime toujours en tant que pasteur ».

Le pape est certes toujours un pasteur, mais il ne s’exprime jamais uniquement en tant que tel, et il ne peut pas agir uniquement en tant que tel.

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Le Saint-Siège fait partie du réseau international, entretient 184 relations diplomatiques bilatérales et jouit d’un poids considérable. Au début de chaque voyage international, le pape s’adresse au corps diplomatique accrédité auprès du pays qu’il visite. Il ne le fait pas en tant que pasteur ; il le fait au nom du Saint-Siège.

Bien sûr, le pape est souverain de l’État de la Cité du Vatican. Mais cette souveraineté sert avant tout à conférer au pape un statut particulier au sein de la communauté des nations, sans le lier de quelque manière que ce soit à un État quelconque. (…)

Le choix du pape de voter aux élections de mi-mandat américaines justifie amplement de se demander dans quelle mesure il a bien compris qui il est et ce qu’il représente dans ses nouvelles fonctions.

En tout cas ce choix du pape peut avoir diverses conséquences.

  • Par exemple, en matière de défense face aux accusations d’abus. Lorsque des procès portant sur plusieurs millions de dollars aux États-Unis ont commencé à demander au Saint-Siège de citer le pape à témoigner, ou de l’inculper comme s’il était le PDG d’une entreprise qu’il n’avait en réalité pas supervisée, le Saint-Siège a toujours souligné, d’une part, qu’il s’agissait d’un souverain, et d’autre part, que le Saint-Siège n’était pas une organisation de type commercial, et que par conséquent la relation du pape avec les évêques ne pouvait être comparée à celle d’un PDG avec ses collaborateurs. En réalité, pourtant, cette protection dont bénéficiait le pape découlait précisément du fait que celui-ci constituait une entité internationale à part entière. Mais maintenant que le pape vote comme un citoyen ordinaire, le risque est que ce précédent soit utilisé pour considérer son rôle et sa personne comme ceux de n’importe quel autre évêque.

  • La liberté du pape – la liberté de la fonction papale – s’est construite au fil du temps.
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    Les États pontificaux accordaient au pape un territoire et une souveraineté, mais il a fallu des siècles aux papes pour se libérer complètement de l’influence de l’État.
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    Même lors du conclave qui a élu Pie X, au début du siècle dernier, les souverains catholiques conservaient encore le droit d’opposer leur veto à certains candidats potentiels. Jusqu’à Benoît XV, les missions étrangères, notamment en Asie, fonctionnaient comme des protectorats d’autres nations, qui exerçaient ainsi leur influence sur l’Église en contrôlant le financement de ces missions.
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    Ce n’est pas un hasard si, lorsque l’Italie s’empara de Rome en 1870, elle refusa de céder au pape ne serait-ce qu’une petite partie de son territoire. Même dépourvu de territoire, le Saint-Siège vit toutefois ses relations diplomatiques se développer, car le pape et l’Église disposaient d’un pouvoir diplomatique considérable et d’un immense poids en termes de réputation.
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    Léon XIII, bien que dépourvu d’État, fut invité à la Conférence de paix de La Haye en 1899. Le Saint-Siège fut invité en 1975 à participer à la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe à Helsinki, directement par l’Union soviétique, précisément en raison de cette indépendance.
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    C’est grâce à cette autonomie et à cette indépendance que le Saint-Siège exerce son influence internationale.

  • Mais si le pape continue à se comporter comme un simple citoyen, alors son rôle s’en trouve également affaibli et subordonné à celui de ceux qui gouvernent sa nation d’origine.

Il est frappant de constater que les deux derniers papes de l’Église sont tous deux originaires des Amériques, et qu’aucun d’eux n’a pleinement saisi la signification profonde de la fonction papale: François s’est permis de faire renouveler son passeport argentin – alors que le pape est son propre passeport, et non celui d’un pays quelconque ; Léon a décidé de voter, accordant laissant une marge de manoeuvre à ceux qui affirmaient que le pape devait payer des impôts aux États-Unis – il y avait même un projet de loi visant à lui accorder une exonération, aujourd’hui bloqué en commission.

Le pape n’est donc plus un simple citoyen et ne peut se comporter comme tel, même avec les meilleures intentions du monde. Lorsqu’il le fait, il affaiblit l’institution qu’il dirige.

Évidemment, ce raisonnement est difficile à accepter, car les gens aiment un pape qui se comporte comme tout le monde ou qui se soumet à la démocratie.

Mais ce faisant, il ne défend tout simplement pas le Saint-Siège. Au minimum, il a traité la question à la légère. Le droit canonique n’empêche pas le pape de voter, mais de nombreuses raisons pratiques le déconseillent.

Tout d’abord, un fait : le pape est le souverain d’un autre État et n’est plus, à proprement parler, citoyen d’aucun État.

La décision de Léon XIV de voter constitue un précédent très dangereux. Il n’y aura peut-être pas de conséquences à court terme. À long terme, cette décision pourrait se retourner contre le Saint-Siège.

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