Le prélat chinois, adversaire inlassable de l’accord Chine-Vatican a été condamné à l’issue d’un procès-farce à une peine légère, sinon symbolique, d’un montant correspondant à peu près à 500 euros. L’Eglise fait triste figure, pas un mot de protestation, donnant littéralement l’impression de se coucher devant le pouvoir chinois avec l’espoir que le silence est son meilleur allié; et de la part de cardinaux, pratiquement pas une parole de soutien, un appel à la prière, en faveur de leur malheureux confrère. Dans l’attente d’un nouveau procès, cette fois pour une accusation plus grave de collusion avec l’ennemi. Si l’Eglise continue à garder le silence, elle aura définitivement perdu la face devant les Chinois… et les fidèles catholiques, si tant est qu’ils soient informés. L’éditorial de Riccardo Cascioli fait le point.

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Le cardinal Zen condamné, une honte pour le Saint-Siège

Riccardo Cascioli
lanuovabq.it/it/cardinale-zen-condannato-una-vergogna-per-la-santa-sede

La première condamnation infligée au cardinal Zen par le tribunal de Hong Kong est légère mais d’une grande portée politique et religieuse. Et bientôt, il y aura un deuxième procès pour « conspiration » qui mettra encore plus dans l’embarras un Saint-Siège qui continue à maintenir un silence injustifiable pour sauver l’Accord avec Pékin.

Comme prévu, le cardinal Joseph Zen, ainsi que cinq autres accusés, a été condamné par le tribunal de Hong Kong à payer une amende pour avoir omis d’enregistrer correctement un fonds humanitaire qui a aidé les protagonistes des manifestations pro-démocratiques de 2019. La sanction est somme toute légère, 4 000 dollars de Hong Kong (un peu moins de 500 euros), alors que la peine maximale aurait été quatre fois plus lourde, mais elle a évidemment une forte portée symbolique.

Et ce n’est que le hors-d’œuvre, car le cardinal Zen devra bientôt faire face à un procès beaucoup plus lourd, celui de « collusion » avec des forces étrangères, toujours en relation avec le soutien de manifestations pro-démocratiques, que la loi contestée sur la sécurité 2020 considère comme un crime très grave. Même ici, bien qu’il soit hautement improbable que le cardinal Zen soit emprisonné étant donné son âge avancé (presque 91 ans), une éventuelle condamnation aurait néanmoins une énorme signification politique et religieuse.

On connaît l’histoire : le cardinal Zen, avec les autres accusés, avait créé le Fonds humanitaire 612 en juin 2019 pour fournir une assistance économique, psychologique et médicale aux personnes arrêtées ou blessées lors de manifestations pro-démocratiques. Les autorités de Hong Kong, par le biais de la loi sur la sécurité, ont jugé que ce Fonds était de nature politique et non humanitaire, remettant ainsi en cause le mode d’enregistrement.

Le procès et la condamnation du cardinal Zen seraient déjà un geste grave en temps normal, mais le fait que ce procès se déroule dans le cadre de l’accord secret entre la Chine et le Saint-Siège pour la nomination des évêques, renouvelé il y a à peine un mois, fait de cette histoire un scandale énorme. Tout d’abord pour l’Eglise, qui apparaît comme inféodée au régime chinois, une Eglise qui est prête à troquer sa liberté contre le classique plat de lentilles des nominations promises d’évêques, de surcroît au compte-gouttes et fidèles au parti communiste chinois. Et en effet, même face à un procès clivant et inique d’un cardinal, la Secrétairerie d’État du Vatican continue à garder un silence injustifiable. En plus de donner raison à ceux qui pensent qu’à Rome, ils ne sont pas si mécontents que cela, étant donné que le cardinal Zen – qui est très critique à l’égard de l’accord Chine-Saint-Siège – est un personnage indigeste tant à Pékin qu’au Vatican.

Du reste, l’augmentation des persécutions à l’encontre des catholiques en Chine n’entrave en rien le processus d’ouverture du Saint-Siège à Pékin (une ouverture qui semble n’aller que dans un sens) et il est difficile d’accorder du crédit à la Secrétairerie d’État du Vatican lorsqu’elle continue à affirmer qu’il s’agit uniquement d’un accord religieux : « Nous avons été rassurés, et rassurés que le dialogue entre le Vatican et la Chine ne concerne que les questions de type religieux, et pas politiques », a dit ces derniers jours à La Bussola le ministre taïwanais des Affaires étrangères, Jaushie Joseph Wu.

Mais malgré la bonne volonté de Taipei [la capitale de Taiwan, ndt] – avec qui le Saint-Siège entretient des relations diplomatiques – qui souhaite collaborer avec le Vatican pour promouvoir la liberté religieuse en Chine, il semble assez clair que la question de la liberté religieuse est passée au second plan à Rome, et il est inévitable que l’accord avec Pékin ait des répercussions politiques immédiates. Si, en juillet, le Saint-Siège a nommé un nouveau chargé d’affaires ad interim à Taipei (il n’y a pas eu de nonce sur l’île depuis 1972) en la personne de Monseigneur Stefano Mazzotti, ce geste a été contrebalancé par le renforcement de la « mission d’étude » à Hong Kong, qui est devenue le véritable point d’observation et de conseil sur la Chine.
Et d’autres signaux ont montré la distance progressive du Saint-Siège vis-à-vis de Taïwan, notamment la présence embarrassée et maladroite de Mgr Paul Richard Gallagher (numéro 2 de la Secrétairerie d’État) à la célébration à Rome du 80e anniversaire des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la République de Chine (Taïwan).

Autant de signaux envoyés à Pékin pour montrer que le Saint-Siège est prêt à transférer sa représentation diplomatique dès que le régime communiste le souhaitera. Et peut-être qu’au Vatican on espère que le silence auquel est contraint le cardinal Zen facilitera l’opération, probablement que la pierre d’achoppement de cette première condamnation, légère dans sa sanction, pourra être surmontée sans trop de dommages, étant donné que les voix de protestation dans l’Église ne sont pas trop fortes ; mais une nouvelle condamnation prévisible pour « conspiration » avec des forces étrangères serait beaucoup plus difficile à expliquer au monde catholique, aussi endormi soit-il.

Le cardinal Zen est une figure limpide, un pasteur qui n’a pas une approche politique, mais qui a toujours lutté pour la liberté de l’Église et pour aider les catholiques persécutés ; un pasteur qui donne sa vie pour l’Église chinoise comme tant de ses saints prédécesseurs en Chine. Le faire passer pour un vieil enquiquineur qui ne comprend pas les besoins des catholiques chinois n’est que la dernière ignominie d’un Dôme vatican dont la pourriture apparaît, et ce n’est peut-être pas par hasard, dans un procès intenté à l’intérieur même du Vatican [le procès Becciu, ndt].

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