… ou la fin de la saison bergoglienne des petits arrangements entre amis et des vannes de bistrot du coin.
Depuis l’avènement de Léon XIV, les rédacteurs du blog italien Silere non possum, qui avaient été des critiques impitoyables du pape argentin, se sont rangés avec armes et bagages du côté du nouveau pape.. et pour être honnête, c’est partiellement justifié quand on compare à ce que nous avons connu. En tout cas, leur qualité d’ « insider » rend leurs contributions fiables, et un instrument indispensable pour comprendre ce qui se passe oltretevere
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Ces jours-ci, ils nous proposent le récit, vécu à la première personne, du voyage du Pape en Turquie et au Liban. Très favorable, mais ils rapportent des faits, et ils nous aident à comprendre un peu mieux la personnalité d’un homme prudent, courtois mais qui refuse de se laisser manipuler, et qui n’est pas disposé à faire des concessions aux médias au prix de se renier.
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On retrouve le ton polémique qui fait leur charme dans leur critique, savoureuse mais acerbe du comportement de la suite (on devrait dire « du cirque ») journalistique qui accompagne les voyages du pape. Léon XIV les a, gentiment mais fermement, remis à leur place, rétablissant la nécessaire distance et reléguant au rayon des vieilleries les familiarités douteuses encouragées par l’Argentin.
Premier voyage apostolique de Léon. La presse ? circulez, il n’y a rien à voir.

silerenonpossum.com/it/primo-viaggio-apostolico-di-leone-la-stampa-non-pervenuta/
« Je préfère ne pas faire d’autres commentaires », « En Afrique pour confirmer la foi et visiter les lieux de saint Augustin », « Je crois beaucoup au secret du conclave ».
La première conférence de presse de Léon XIV dans l’avion est un manifeste pour la presse qui s’est habituée ces dernières années à des déclarations telles que “Frociaggine”, « Ils aboient aux portes de la Russie », « Si tu insultes ma mère, tu peux t’attendre à un coup de poing », « Au Conclave, il est arrivé que… ». Le pontife américain change de registre et ramène la papauté dans un espace de prudence, de spiritualité et de courtoisie.
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Le premier voyage apostolique international de Léon XIV vient de s’achever, avec le décollage du Liban, dernière étape d’une visite marquée par des gestes publics de sollicitude et un message d’espoir adressé aux fidèles libanais. Entre Beyrouth, Annaya et Harissa, le pape a rencontré des communautés meurtries – priant également devant le mémorial de la grande explosion d’août 2020 – et a couronné son parcours en célébrant la messe et en invitant le peuple à la fraternité possible, au-delà de toute frontière nationale et confessionnelle.
En Turquie, l’accueil des Églises a donné au voyage une dimension œcuménique concrète, tandis qu’au Liban, surtout parmi les jeunes, l’enthousiasme était physique, choral, impossible à contenir : des milliers de jeunes ont entouré le Souverain Pontife comme on le fait avec celui qui rouvre l’avenir, non seulement par la parole, mais aussi par sa présence. Le pape Léon XIV a traversé ces journées visiblement ému, non pas par un triomphe personnel, mais par l’évidence d’une appartenance : un peuple qui ne demande pas un symbole, mais qui se reconnaît dans un père.
Le comportement de la presse
La presse internationale a accueilli l’événement avec une attention étonnamment froide, parfois distraite, loin de l’engagement qui accompagnait habituellement les sorties publiques du pape au cours des treize dernières années. Même le passage du pape à la mosquée a été marqué par un comportement médiatique typique de ces chroniqueurs qui sont plus enclins à la manipulation qu’au reportage.
D’un côté, certains ont tenté de déformer les propos du souverain pontife dans un sens anti-islamique ; de l’autre, d’autres ont préféré se taire, voire remettre en question la véracité des déclarations rapportées par l’imam.
Mais Silere non possum confirme sans aucune approximation que la seule réponse du pape à l’invitation de l’imam à se joindre à une prière a été un « Non, merci » : une réponse directe, sans sous-entendus polémiques, suivie du choix explicite de poursuivre la visite dans le lieu de culte musulman.
Ce refus calme, replacé dans son contexte, n’indique pas une fermeture, mais une cohérence ecclésiologique et un respect interreligieux. Dans la tradition islamique, en effet, la prière d’un non-musulman dans une mosquée peut être perçue comme un geste inapproprié ou instrumental, voire comme une parodie involontaire du sacré.
Léon XIV, en tant que chef de l’Église catholique, a donc choisi une posture sans mimétisme, évitant les gestes qui pourraient paraître inauthentiques, mais accomplissant en même temps un acte de présence dialogante réelle, poursuivant la rencontre avec les fidèles musulmans comme un signe non négociable de considération, et non de confusion religieuse.
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Pourtant, la presse internationale a largement choisi de lui accorder une couverture médiatique minimale, nettement inférieure à celle réservée aux sorties du pape François, avec lequel de nombreux envoyés avaient construit une relation économiquement rentable et émotionnellement gratifiante.
Dans le vol apostolique, à la suite du Souverain Pontife, ont pris place de nombreux vaticanistes embedded [« embarqués »; en anglais dans le texte], dont la présence semble souvent déterminée non pas par leur compétence professionnelle, mais par les liens consolidés – personnels ou rédactionnels – que leurs journaux respectifs entretiennent depuis des années avec la Salle de presse du Vatican.
Un détail significatif : de plus en plus de journalistes choisissent de ne plus monter à bord du vol, non seulement en raison d’un climat interne étouffant, mais aussi d’un modèle opérationnel qui a peu à voir avec le journalisme et beaucoup avec une logistique préétablie [ndt: l’autre raison évidente est que le prix demandé pour obtenir le privilège de monter dans « l’avion du pape » est exorbitant, et que seuls les grands titres internationaux sont disposés à le payer]. Les déplacements [pour ceux qui choisissent la formule « clés en main » proposée par le Saint-Siège, ndt] pendant les voyages apostoliques se font en groupe, dans des minibus organisés par le Saint-Siège, et les nuitées sont passées dans des hôtels de luxe conventionnés, choisis selon des critères de confort et d’intégration systémique, plutôt que d’autonomie professionnelle.
Bien que les envoyés aient accès aux événements papaux depuis des points privilégiés, dans les articles publiés, le regard autonome reste une exception. La couverture se réduit souvent à un calque rédactionnel – un copier-coller des informations diffusées par la Salle de presse du Vatican – produisant un récit dépourvu d’émotions et incapable de restituer une lecture authentique des faits.
La comparaison avec le passé est frappante : si autrefois chaque éternuement du pape François faisait l’objet d’une amplification médiatique, aujourd’hui, même une note de service ne trouve plus sa place.
Ce modèle, commode pour ceux qui le pratiquent, peu utile pour ceux qui le lisent, produit un effet secondaire connu de toutes les salles de rédaction : l’accoutumance au privilège logistique génère un langage défensif et parfois un ressentiment narratif lorsque le protagoniste [le Pape] cesse d’alimenter ce besoin d’exclusivité.
Le problème n’est donc pas la critique du pontificat, qui est au contraire légitime et nécessaire si elle découle des faits, mais le ton réactif qui émerge lorsque le récit ne naît plus d’une relation fonctionnelle, mais d’une perte de rente symbolique.
Reste le nœud le plus profond : si le récit du pape devient « ennuyeux », ce n’est pas par absence de contenu, mais par appauvrissement du regard journalistique, qui préfère la fonction au phénomène, le positionnement à la rencontre, la commodité du format à la complexité de la réalité. Mais le journalisme, lorsqu’il cesse de témoigner et se limite à répliquer, ne devient pas plus rigoureux : il devient seulement l’écho du pouvoir.
En vol vers Rome : les points sur les i
Même sur le vol de retour vers Rome, comme nous le disions au début, Léon XIV a fait sauter les références consolidées des vaticanistes, habitués depuis des années aux sorties gossip du pape François : des confidences improvisées sur la politique à la validation de phrases de comptoir, du passage controversé sur les homosexuels lors du vol apostolique au célèbre « si tu insulte ma mère, je te frappe ».
À la question de la vaticaniste Cindy Wooden [ndt: rédactrice en chef de CNS, contributrice du très progressiste National Catholic Reporter] – heureusement proche de la retraite, alors que l’on espère déjà l’arrivée d’un jeune vaticaniste américain et surtout catholique – qui demandait des détails sur le conclave, Léon XIV a répondu en ramenant tout à un autre niveau:
« Concernant le conclave, je crois absolument au secret du conclave, même si je sais qu’il y a eu des interviews publiques dans lesquelles certaines choses ont été révélées ».
Ce n’était pas le clin d’oeil espéré, ni l’indiscrétion, mais un rappel des limites, des barrières, du sens d’une institution qui ne se dissèque pas pour en faire un divertissement.
Plus qu’une réponse : une rupture délibérée avec le schéma mental de ceux qui, ces dernières années, ont spéculé sur chaque syllabe papale.
Léon XIV a renversé la posture du pontificat face aux « prédateurs de microphones », la horde de charognards de l’information qui, prêts à écraser les personnes et le bien ecclésial pour mettre en avant une impression, se sont retrouvés déconcertés par un pape qui ne suit pas leur scénario.
Quand on lui demande quel sera son prochain voyage apostolique, Léon ne fait aucune hypothèse géopolitique et ne laisse entrevoir aucune théorie du complot : il dit « l’Afrique ».
Mais surtout, il en explique la raison, qui a échappé aux radars des vaticanologues : « pour confirmer dans la foi ». Non pour satisfaire les fantaisies des journalistes athées qui peuplent la salle de presse du Saint-Siège, mais pour réaffirmer la seule mission d’un pape : être le gardien de la foi, et non le combustible d’une chronique impressionniste. Et il ajoute, avec la précision de celui qui a vraiment sa propre spiritualité :
« Je voudrais aller en Algérie, partir de l’Algérie pour visiter les lieux de saint Augustin ».
Prevost reste attaché à Augustin, un homme qu’il suit depuis le début de sa vocation. Même l’ironie devient tranchante lorsqu’elle rencontre le journalisme autoréférentiel. Le pape explique :
Je ne sais pas si j’ai dit « wow » hier soir. Mon visage est très expressif, et je m’amuse souvent à voir comment les journalistes interprètent mon visage. Parfois, je tire de grandes idées de vous, parce que vous croyez lire dans mes pensées ou sur mon visage. Mais vous n’avez pas toujours raison. Vous n’avez pas toujours raison ».
Une claire pique à l’encontre de ces journalistes qui, depuis son élection, ont joué à le classer dans leurs catégories en fonction de sa façon de s’habiller, de parler, de s’exprimer. Prevost se révèle être un homme spirituel fort, qui refuse de se laisser manipuler. Le pape met fin aux ragots et rouvre la scène sur ce qu’a toujours été le successeur de Pierre – et que de nombreux chroniqueurs avaient intérêt à faire oublier – un homme de prière, de paternité spirituelle, de confirmation dans la foi. Un pape, pas un commentateur en marge.