A propos de Léon XIV, certains (me too!!!) ont tendance à voir un peu trop souvent le verre à moitié vide. Certes, tout n’est pas parfait, il reste la pilule amère de Tucho, des gestes et des rencontres qui auraient peut-être pu être évités… mais après le quasi-sans faute du voyage en Turquie et au Liban (les subtilités théologiques potentiellement polémiques n’intéressent qu’une minorité. Et quelle différence avec François!), on pourrait quand même lui accorder le crédit de voir le verre à moitié plein (et même plus qu’à moitié!).
C’est en tout cas ce que pense notre blogueur argentin: il a été conquis, et il s’appuie sur les discours ET les gestes du pape durant ces trois jours intenses pour justifier sa satisfaction. Et, cerise sur le gâteau: les médias n’ont pas été intéressés. Ce qui est un très bon point.
Ceci n’est pas un mea culpa, mais la simple honnêteté.
Le temps dira s’il a raison…

Le voyage du pape Léon XIV au Levant.

Impressions

Au début du pontificat de François, j’avais l’habitude d’écrire quelques articles commentant ses pérégrinations à travers le monde. Puis j’ai eu honte pour lui. Mais il me semble opportun de reprendre ces habitudes et d’exprimer quelques impressions sur le voyage récemment achevé du pape Léon au Proche-Orient, que de nombreux lecteurs pourront compléter et enrichir.

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J’ai été agréablement surpris de constater l’affection avec laquelle il a été accueilli, surtout au Liban, et la déférence dont ont fait preuve à son égard non seulement les fidèles, mais aussi les autorités. Un autre signe encourageant du voyage pontifical a été la froideur avec laquelle la presse l’a traité, ne le mentionnant que très peu dans ses actualités, très loin de l’enthousiasme suspect qui entourait les voyages de François. Mais au-delà de l’euphorie des masses, dont il vaut toujours mieux se méfier, il convient de se concentrer sur les paroles et les gestes du pontife.

Tout d’abord, la décision d’effectuer son premier voyage en Orient. Il est vrai qu’il s’agissait du 1700e anniversaire du concile de Nicée, mais le fait est que l’Orient revêt une signification profonde pour notre foi, ce que nous, Latins, avons tendance à oublier facilement. Notre foi vient d’Orient : notre père dans la foi, Abraham, était oriental, tout comme les prophètes qui ont vu de loin l’arrivée du Rédempteur. La Sainte Vierge était orientale et a donné une chair orientale au Verbe de Dieu. Les apôtres étaient également orientaux, tout comme la plupart des Pères de l’Église, ceux qui ont tissé et établi les fondements de la foi catholique et apostolique. C’est pourquoi voyager en Orient, c’est revenir aux origines de la foi et reconnaître nos frères de cette partie du globe, ceux qui sont vivants et ceux qui sont morts, ainsi que leur témoignage de tout ce qu’ils ont dû endurer à partir du VIIe siècle, lorsque les musulmans ont commencé à conquérir les terres chrétiennes.

C’est pourquoi j’ai trouvé très important et émouvant la rencontre et la prière du pape avec les patriarches des Églises catholiques, orthodoxes et pré-chalcédoniennes d’Orient. Je pense que c’est précisément cela, le véritable œcuménisme. Le fait qu’ils aient tous récité ensemble le Symbole de Nicée est profondément significatif. Et les paroles de Léon XIV ont été révélatrices à cet égard :

« Le Symbole de la foi, professé de manière unanime et commune, devient ainsi un critère de discernement, une boussole orientale, un axe autour duquel doivent tourner notre croyance et notre action ».

On ne discerne pas, comme le disait son prédécesseur, sur la base de critères temporels, politiques ou émotionnels. On discerne sur la base de ce que nous enseigne la foi que nous ont laissée nos Pères, parmi lesquels ceux de Nicée. Et lorsque l’on a des principes de base aussi clairs, comme semble les avoir le pape Léon, il est plus qu’encourageant qu’il ait déclaré lors de la Divine Liturgie célébrée par le patriarche œcuménique de Constantinople et les patriarches orthodoxes d’Alexandrie et d’Antioche :

« Pour ma part, je tiens à confirmer que la recherche de la pleine communion entre tous ceux qui sont baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dans le respect des différences légitimes, est l’une des priorités de l’Église catholique et, en particulier, de mon ministère d’évêque de Rome, dont le rôle spécifique au niveau de l’Église universelle est d’être au service de tous pour construire et préserver la communion et l’unité ».

Il est également particulièrement significatif que, pendant cette liturgie divine, dans toutes les litanies où l’on prie pour les autorités de l’Église, l’on ait d’abord prié pour : « Le saint évêque et pape de Rome Léon ».

(…)

Un autre aspect qui a profondément attiré mon attention, compte tenu du contexte dans lequel nous venions, est que le pape nous a confirmés dans la foi, car il a insisté à plusieurs reprises sur le fait que la rédemption nous vient par Jésus-Christ, qui est le Fils de Dieu incarné, et que c’est en Lui, et en Lui seul, que se trouve la source du salut. De plus, il a mis en garde à deux reprises contre les dangers de l’arianisme contemporain. Dans son discours au clergé à Istanbul, il a déclaré :

« Il existe cependant un autre défi, que je définirais comme un « retour de l’arianisme », présent dans la culture actuelle et parfois même chez les croyants eux-mêmes, lorsque Jésus est considéré avec une admiration humaine, voire avec un esprit religieux, mais sans être réellement considéré comme le Dieu vivant et véritable présent parmi nous. Son être divin, Seigneur de l’histoire, est ainsi obscurci et nous nous limitons à le considérer comme un personnage historique, un maître sage, un prophète qui a lutté pour la justice, mais rien de plus. Nicée nous le rappelle : Jésus-Christ n’est pas un personnage du passé, il est le Fils de Dieu présent parmi nous qui guide l’histoire vers l’avenir que Dieu nous a promis ».

Et lors de la rencontre œcuménique de Nicée, il a déclaré :

« Cette question interpelle particulièrement les chrétiens, qui courent le risque de réduire Jésus-Christ à une sorte de leader charismatique ou de surhomme, une déformation qui conduit finalement à la tristesse et à la confusion. En niant la divinité du Christ, Arius l’a réduit à un simple intermédiaire entre Dieu et les êtres humains, ignorant la réalité de l’Incarnation, de sorte que le divin et l’humain sont restés irrémédiablement séparés. Mais si Dieu ne s’est pas fait homme, comment les mortels peuvent-ils participer à sa vie immortelle ? C’était l’enjeu à Nicée et c’est l’enjeu aujourd’hui : la foi en Dieu qui, en Jésus-Christ, s’est fait comme nous pour nous faire « participer à la nature divine ».

On peut dire que ce sont des évidences, et à juste titre, mais vu d’où nous venons, cela semble presque miraculeux. Rappelons-nous que François, au cours de ses voyages, se consacrait à dire d’innombrables sottises qui devaient ensuite être démêlées par ses linguistes [correcteurs/nègres]. Et je n’aurais pas été surpris que, s’il avait dû faire ce voyage, comme il l’avait prévu, il ait réconcilié Arius, ou fait une autre absurdité du même genre, comme il l’a fait avec Luther.

Le fait que León souligne ce nouvel arianisme est très significatif. Je ne mentionnerai que deux aspects : les théologiens catholiques, qui pullulent dans les universités catholiques, sont clairement pointés du doigt, enseignant que Jésus-Christ n’est pas Dieu, mais que cette attribution est le fruit des premières communautés chrétiennes. Et les patrologues qui se sont consacrés ces dernières années à la réhabilitation d’Arius, insistant sur le fait qu’il était un homme pauvre et saint qui a dû subir la colère du redoutable saint Athanase, sont également pointés du doigt.

Cette confession christologique du pape Léon est complétée par sa référence aux derniers jours qu’il a faite dans l’homélie de la messe à Istanbul :

« Le Seigneur, que nous attendons glorieux à la fin des temps, vient chaque jour frapper à notre porte. Soyons prêts (cf. Mt 24, 44) avec l’engagement sincère d’une vie bonne, comme nous l’enseignent les nombreux modèles de sainteté dont l’histoire de cette terre est riche ».

Depuis combien de temps n’avions-nous pas entendu un pape parler de la fin des temps ? [ndt: tout simplement depuis 13 ans!!]

Mais il n’y a pas eu seulement une revendication de la divinité de Notre Seigneur, mais aussi de la figure de sa Sainte Mère. J’ai été très frappé par le fait que, lors de la rencontre œcuménique à Beyrouth, et non seulement devant des représentants des Églises orthodoxes, mais aussi devant des juifs et des musulmans, il ait dit :

« […] ce sanctuaire de Harissa, qui est orné d’une imposante statue de la Vierge aux bras ouverts, pour embrasser tout le peuple libanais. Que cette étreinte aimante et maternelle de la Vierge Marie, Mère de Jésus et Reine de la paix, guide chacun d’entre vous… ».

Et peu après, dans son discours aux jeunes :

« Mes chers amis, parmi tous les saints et toutes les saintes, resplendit la Très Sainte Marie, Mère de Dieu et notre Mère. Beaucoup de jeunes portent toujours le chapelet avec eux dans leurs poches, à leurs poignets ou autour du cou. Comme il est beau de regarder Jésus avec les yeux du Cœur de Marie ».

Ces textes, glanés ici et là dans ses discours, ne sont ni plus ni moins que la confirmation dans la foi. Et c’est là la fonction principale du successeur de Pierre. « Confirme tes frères dans la foi », lui a commandé le Seigneur.

Et nous pouvons également observer certains signes. J’ai trouvé significatif qu’à plusieurs reprises, il ait chanté ou récité le Notre Père en latin. Par exemple, à Istanbul, devant le clergé et les fidèles catholiques, bien qu’il ait prononcé son discours en anglais, il a fait sa prière en latin, et il en a été de même lors de la doxologie célébrée avec le patriarche Bartholomée. C’est peut-être un geste minime, mais à l’heure actuelle, il est très significatif.

Plus significatif encore fut son refus de prier dans la Mosquée bleue d’Istanbul. Même si la salle de presse du Saint-Siège avait prévu qu’il y fasse une prière silencieuse et que le muezzin de la mosquée, selon ce qu’il a rapporté aux journalistes : « Je lui ai demandé s’il voulait s’arrêter pour louer Allah et il m’a répondu que non, qu’il préférait poursuivre la visite », León a refusé.

Ce geste est profondément significatif ; au fond, il dit qu’il préfère continuer à faire du tourisme plutôt que de prier un dieu qui n’est ni le sien ni celui de son Église ; au fond, il s’agit de démanteler le refrain bergoglien selon lequel peu importe d’être d’une religion ou d’une autre, ou d’aucune.

Que nous sommes loin des scandales auxquels nous avait habitués le pape François, qui non seulement affirmait en 2019 que « le pluralisme et la diversité religieuse… sont l’expression d’une sage volonté divine », mais qui vénérait la Pachamama au Vatican même !

Et continuons avec les comparaisons toujours odieuses, mais nécessaires. Plus haut, nous avons souligné la proclamation christologique du pape Léon : Jésus est le Fils de Dieu incarné dans le sein de la Vierge Marie pour la rédemption de l’humanité. François, en revanche, déclarait en 2018 que « lorsqu’il a été crucifié, Jésus a cessé d’être Dieu et est devenu l’homme Jésus… ressentant, à ce moment-là, le doute d’avoir été trompé ». Confirmation dans la foi versus confusion des fidèles.

Enfin, je ne peux m’empêcher de remarquer une autre différence notable avec son défunt prédécesseur. Tout le monde se souviendra que lors de ses voyages, François montait l’escalier de l’avion avec une mallette noire, comme un voyageur de commerce prêt à offrir des bas de soie ou d’autres babioles à ses clients. Ou bien, au milieu d’impressionnantes opérations de sécurité avec des voitures et des motos, il arrivait dans sa Fiat 600 blanche, car il était très humble… On avait honte pour lui quand il se ridiculisait en essayant de montrer, avec l’assurance et la vulgarité qui le caractérisaient, son humilité autoproclamée. León, en revanche, même s’il n’est pas un homme particulièrement charismatique, a montré qu’il connaissait son rôle et s’est comporté dignement en l’occupant. De plus, on a remarqué qu’il aimait être pape, et c’est très important.

(…)

Et encore une très brève remarque : le visage empreint d’une joie profonde et d’une joie intérieure que le vénérable cardinal Kurt Koch, l’un des rares saints hommes qui restent dans l’Église, affichait à tout moment était très émouvant.

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