Et comme d’habitude le pugnace et talentueux polémiste espagnol, souvent croisé dans ces pages, ne mâche pas ses mots. Selon Prada (que les critiques ne manqueront évidemment pas de taxer de conspirationisme), Trump a fait ce que les américains ont toujours fait avec leurs laquais ceux qui les gênaient et qu’ils voulaient dépouiller. La seule différence avec ses prédécesseurs, c’est que (toujours selon Prada) lui, au moins, n’est pas hypocrite, et son avidité de requin d’affaires, ses manières grossières, sa franchise crue rendraient plus évidentes les intentions prédatrices des États-Unis.
Cette tribune a été publiée dans ABC, un journal espagnol mainstream réputé conservateur modéré, un peu comme le Figaro, et elle m’a été transmise par Carlota, qui a rédigé les notes explicatives
Au Venezuela, comme en Espagne
Trump ne fait rien d’autre qu’appliquer au Venezuela le modèle que Kissinger a appliqué en son temps à l’Espagne.
Juan Manuel de Prada
4 janvier 2026
www.abc.es/opinion/juan-manuel-de-prada

Il est écœurant de voir ces condamnations par les progressistes de l’agression des États-Unis au Venezuela qui commencent par souligner l’autoritarisme de Maduro, ou ses violations des « droits de l’homme », ou je ne sais quelles autres balivernes.
Même si Maduro avait été saint François d’Assise réincarné, les États-Unis auraient commis la même infamie ; car ils se fichent complètement que les régimes politiques des nations qu’ils souhaitent soumettre et dépouiller soient autoritaires, pourvu qu’ils acceptent le rôle de laquais qui leur a été assigné. Ainsi, ces progressistes qui lâchent le petit sermon réprobateur préalable sur Maduro sont des agents infiltrés au service de l’impérialisme yankee, bien plus perfides que les bavards de droite qui applaudissent l’agression.
Il faudrait commencer par rappeler que le droit international, dans un monde dominé par l’anglo-sionisme [ndt: je sais, on va m’accuser d’anti***…, mais je cite encore Prada!!], est une branche de la fantasy littéraire.
De plus, contrairement à ses prédécesseurs (qui enveloppaient leurs agressions dans des fioritures rhétoriques apparemment respectueuses du droit international), Trump ne prend pas de gants et déclare sans ambages qu’il souhaite s’approprier le pétrole et les ressources naturelles vénézuéliens.
Certes, pour justifier l’enlèvement de Maduro, les Yankees ont monté le « récit » du « narcoterrorisme », comme une autre fois ils ont monté le « récit » des « armes de destruction massive » ; car, comme nous l’enseigne un certain maître de la propagande, toute intoxication qui se respecte doit adapter son niveau à ses destinataires les plus imbéciles. Mais, en dehors de ces concessions aux imbéciles, nous devons remercier Trump pour son avidité de requin d’affaires, ses manières grossières, sa franchise crue, qui rendent plus évidentes les intentions rapaces des États-Unis.
Les gens de droite qui applaudissent une action aussi vile que l’ont été en leur temps l’explosion du Maine (1) ou l’attaque de Dewey (2) contre la flotte espagnole à Cavite ont été déconcertés que Trump s’adresse avec des mots respectueux à Delcy (3) et que, en revanche, il se réfère avec dédain à cette dame qui lui a ravi le prix institué par l’inventeur de la dynamite (4).
Mais Trump ne fait rien d’autre qu’appliquer au Venezuela le modèle que Kissinger a appliqué en son temps à l’Espagne.
D’abord, on se débarrasse du dirigeant qui empêche ou complique la « transition » qu’ils ont conçue (Carrero Blanco en Espagne (5), Maduro au Venezuela) ; et ensuite, on promeut une « transition » encadrée en comptant sur les traîtres de l’ancien régime, auxquels on ajoute en collusion ou en mélange une « opposition » composée de gens au service de l’oncle Sam qui offrent une image fraîche et renouvelée. En Espagne, cela s’est fait en condamnant à l’insignifiance des reliques comme Carrillo, voire Nicolás Redondo (6), et en propulsant Felipe González, qui était le jeune homme préféré de la CIA.
Et maintenant au Venezuela, Trump écarte la relique nobélisée, pour favoriser un arrangement entre traîtres de l’ancien régime et candidats serviles qui ne soient pas discrédités et puissent tromper aussi bien les progressistes que les gens de droite naïfs.
NDT
(Carlota)
1 – Le 15 février 1898 : explosion à bord du navire de guerre US Maine qui se trouvait dans le port de la Havane (260 marins morts). Les EU déclarèrent avoir été touché par une mine espagnole (Cuba était alors espagnol). Cela n’a jamais été prouvé et il se serait agi en fait d’un explosion accidentelle à l’intérieur même du navire sans aucune intervention extérieur. Ce terrible accident servit pour envenimer encore les relations et les EU s’emparèrent de Cuba …
2 – Le 1er mai 1898 : bataille de Cavite (Manille/Philippines). La flotte US envoya par le fond tous les navires espagnols qui se trouvaient au mouillage. 1 seul marin mort coté EU (crise cardiaque). L’amiral George Dewey commandait la force navale étatsunienne.
3 – Delcy Eloína Rodríguez Gómez dite Delcy Rodríguez, vice-présidente du Venezuela et depuis le 3 janvier presidente par intérim.
4 – María Corina Machado Parisca, dernière lauréat du prix Nobel de la paix, elle aussi vénézuélienne. Nobel était un chimiste et industriel ayant fait fortune dans la fabrication des armes, de la poudre et de la dynamite.
5 – Amiral Carrero Blanco était le chef du gouvernement du général Franco (1892-1975) lorsqu’il fut assassiné le 20 décembre 1973
6 – Nicolás Redondo, syndicaliste du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), il laissa sa place (1973) à Felipe González alors âgé de 34 ans qui devint secrétaire général du PSOE pendant 23 ans, et député de 1977 à 2004 et président du gouvernement pendant 13 ans entre 1982 et 1996.