La Russie interdite de Biennale

15 Mar 2026 | Actualités

Le directeur de la biennale de Venise, nommé par le gouvernement Meloni, avait « restitué » le pavillon russe à ses propriétaires légitimes. Apriti Cielo !!! La foudre lui est tombée dessus sous la forme d’une fatwa issu de 22 ministres de l’UE (dont la France, en la personne de Mme Pégard, ministre de la culture) plus le ministre fantôme Zelenski [1]. Dénonçant une censure idéologique doublée d’un chantage financier, Marcello Veneziani s’insurge contre l’hypocrisie de l’UE (moins regardante du temps de l’URSS) qui tolère que la Biennale insulte l’Europe et l’Occident, mais ne supporte pas qu’elle ouvre ses portes aux artistes russes,

Le chantage de l’Union européenne pour tenir la Biennale en laisse

Depuis des années, la Biennale de Venise véhicule un message tiers-mondiste, animaliste et transhumain, féministe et LGBTQ, antichrétien, anti-européen et anti-occidental. Et l’Union européenne n’a jamais osé émettre la moindre critique ; aucun commissaire ne s’est jamais, à tout le moins, dissocié, ni n’a tenté de défendre, ne serait-ce qu’en paroles, la civilisation et la tradition européennes, sa culture, son histoire, son identité plurielle, fondement de la liberté et de la qualité. Et encore moins n’a-t-elle jamais songé à réduire les subventions accordées à la Biennale. Elle s’est toujours tue ; d’ailleurs, cela aurait été considéré comme une ingérence indue dans l’art, une pression odieuse sur les artistes et sur les choix de l’institution culturelle, dont l’autonomie devait être reconnue.

Puis le président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco, nommé par ce gouvernement, annonce une décision de pur bon sens et de sain réalisme, en parfaite cohérence avec la liberté et l’universalité de l’art : il laisse la Biennale rester un lieu de trêve et de dialogue sur le plan artistique, au-delà des scénarios de guerre et des clivages. Et il restitue le pavillon de la Biennale à ses propriétaires légitimes russes, afin qu’un art véritablement inclusif, sans frontières, accueille également les artistes russes, indépendamment des régimes.

C’est le tollé général. Vingt-deux ministres de l’Union européenne, plus le ministre fantôme Zelensky, s’attaquent à la réadmission de la Russie dans les lieux de l’art et en exigent la censure ; un couvre-feu est imposé à Venise ; et dire que la Russie exposait à la Biennale dans son pavillon même lorsqu’elle était l’URSS et s’adressait au monde avec un empire, le goulag et les chars d’assaut (bien plus qu’aujourd’hui).

Et les ministres de l’UE ne se contentent pas de se dissocier, ils n’expriment pas civilement leur divergence argumentée, mais exercent le pouvoir de chantage le plus mesquin, ils retirent les financements accordés à la Biennale ; c’est-à-dire qu’ils imposent des sanctions, ces sanctions odieuses et liberticides à l’art sans frontières et sans murs pour le contraindre à un repentir obséquieux.

Notre ministre est également d’accord, et par ricochet notre gouvernement, qui se sont dissociés du choix de Buttafuoco. L’art à la Biennale est libre de mépriser l’Europe, de piétiner et de salir sa civilisation, mais il ne peut se dissocier des directives de l’Union européenne et de ses choix tactiques du moment. Aujourd’hui, l’Union européenne retirerait même son passeport à Marco Polo pour son ouverture vers l’Orient…

Mais comment, vous acceptez une Biennale profondément anti-européenne dans ses messages, anti-occidentale, tiers-mondiste, animaliste, transgenre, qui accuse la civilisation européenne d’être raciste, esclavagiste, homophobe et machiste ; mais une Biennale ouverte à tous, qui ne prend pas position politiquement mais se présente, en tant que lieu d’expression de l’art, comme une zone franche, un espace de trêve et de dialogue, où tout le monde est accueilli, Israéliens et Iraniens, Russes et Ukrainiens, Nord-Américains et Sud-Américains, évangéliques et musulmans, c’est-à-dire pays belligérants et pays bombardés, envahisseurs, envahis et possédés, ça ne vous convient pas ?

Comment cela se fait-il qu’il faille être inclusif envers les migrants, les queers et les gays, mais pas envers les peuples, les civilisations et les nations du monde, indépendamment de leurs gouvernements et quoi que nous en pensions ?

L’art, répète-t-on depuis des années jusqu’à la nausée, ne doit pas avoir de frontières, il doit être un lieu de paix et de fraternité. Si l’on applique la logique selon laquelle on n’accueille pas les artistes des pays envahis ou agresseurs, sauf si ces artistes sont des dissidents de leurs propres États, alors nous devrions également exclure des forums artistiques et des salons les artistes et les pavillons entiers des États-Unis et d’Israël, car ils proviennent d’États qui ont déclenché une guerre et violé le droit international, sans parler de tous leurs antécédents. Ne vous semble-t-il pas insensé de faire rejaillir la politique des États sur les artistes ou, dans d’autres domaines, sur les athlètes ? Où sont passés l’esprit olympique dans le sport et la valeur universelle de l’art ?

Mais cela soulève une question encore plus brûlante : dans la société permissive où nous vivons, dans cette société nihiliste qui ne croit pas aux principes fondateurs dont nous sommes issus, aux traditions et à son histoire, la culture et l’art ne sont pas du tout libres de s’exprimer, mais sont subordonnés aux directives du pouvoir ; ils doivent se conformer à ce que disent les gouvernements ou leurs serviteurs et délégués, leurs fonctionnaires et leurs émissaires. Curieux, ce mélange de nihilisme permissif et de dirigisme répressif…

Buttafuoco a raison de ne pas se prêter à des instrumentalisation, de ne pas se laisser utiliser contre le gouvernement par le biais d’interviews et de déclarations (…). Et nous continuons à dire, malgré tout, que nous préférons Meloni au gouvernement plutôt que ses adversaires ; mieux encore, que nous trouvons indécent de lui faire porter le chapeau d’une guerre voulue par Trump et Netanyahu. Elle ne se dissocie pas avec force, c’est vrai, elle est trop prudente, mais ce serait risqué pour son gouvernement ; il serait juste de le faire, mais aux fins de la guerre, cela ne servirait à rien, si ce n’est à rompre avec Trump et ses alliés. Il n’est pas honnête de l’accuser de choix qu’elle subit manifestement, même si elle n’a pas la force d’en tirer les conséquences. Presque tous les gouvernements précédents le confirment : les formes changent, mais pas la substance de la soumission.

Mais cette affaire vous fait comprendre pourquoi il est de plus en plus difficile, voire impossible, d’assumer un rôle public, que ce soit dans les gouvernements de droite ou de gauche. Soit on devient des serviteurs zélés en livrée – fût-ce en frac, gilet et nœud papillon – aboyant sur commande contre ceux qui dérangent, soit on est abandonné, désavoué et boycotté, contraint de revenir sur ses choix. C’est nous qui l’avons mis là, c’est à nous qu’il doit rendre des comptes ; et qu’importe ses convictions et la liberté de l’art et de la culture. Nous défendons les dissidents lointains, mais chez nous, le dissident est un salaud… Il fait le jeu de l’ennemi. En fait, il n’a même pas besoin d’être dissident, il suffit qu’il pense par lui-même, avec bon sens, ou qu’il se sente fils d’une civilisation et non d’un gouvernement, légitimé par une vie d’œuvres et de pensées et non par une nomination et un pouvoir. En attendant, crachez donc et laissez cracher sur notre civilisation, car nous sommes libres, modernes et tolérants ; mais gare à vous si vous crachez dans l’assiette où vous mangez et que nous vous fournissons généreusement.

Si c’est ça, la culture du gouvernement, vive la barbarie à ciel ouvert. Mieux vaut partir dans les bois, comme l’anarque de Jünger [allusion à l’ouvrage de Ernst Jünger Der Waldgang (1951), traduit en français par Traité du rebelle ou Le Recours aux forêts] [2]

NDT

[1] J’ai interrogé GROK, qui me précise

La France fait partie des 22 pays dont les ministres (Culture et/ou Affaires étrangères) ont signé la lettre commune protestant contre la participation russe et appelant à reconsidérer cette décision (confirmé par plusieurs sources dont Le Monde, La Croix et des communiqués officiels ukrainiens/européens datant de mars 2026). L’Italie, en revanche, n’apparaît pas parmi les signataires — son ministre s’est même démarqué en défendant l’autonomie de la Biennale, tout en restant prudent face à la pression européenne.

Texte de la lettre ici: La France est représentée par sa ministre de la culture de fraîche date, l’irréprochable et très compétente Catherine Pégard (récemment associée, sans doute par erreur, aux Epstein Files, cf. yvesdaoudal.fr)

[2] Der Waldgang décrit la figure du Waldgänger (litt. « celui qui va dans la forêt » ou « le promeneur dans le bois »), un individu qui, face à la domination totale de l’État technicien, de la société de contrôle et du nihilisme moderne, choisit le retrait intérieur et la résistance souveraine sans engagement partisan ni lutte ouverte.

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