Le conclave, le vrai, pas celui de cinéma, semble se rapprocher inéluctablement, et c’est juste le moment où le film, dont nous avons parlé à plusieurs reprises, risque de revenir cette semaine sous les feux des projecteurs – malgré un succès modeste en salle – à l’occasion de la grand’messe du cinéma américain, puisqu’il a reçu de multiples nominations aux oscars. C’est un film de propagande, évidemment, même si les critiques laïcs n’y ont apparemment vu que du feu (mais l’histoire risque d’avoir « imprimé » chez le spectateur lambda, ce qui est le but).
Voici une critique issue du blog conservateur The Catholic Thing, datant d’octobre dernier, au moment où le film est sorti en salle.
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Une critique de ‘Conclave’
www.thecatholicthing.org
Brad Miner
25 octobre 2024

Conclave, le nouveau film d’Edward Berger, est basé sur le roman du même titre de Robert Harris, que le film suit en grande partie. Le livre commence curieusement par la mort du pape François. La note de l’auteur se termine par cet avertissement : « malgré certaines ressemblances superficielles. le défunt Saint-Père dépeint dans Conclave [n’est pas] censé être un portrait du pape actuel ».
Oui, mais le livre s’ouvre sur la mort du Souverain Pontife dans son appartement de la Domus Sanctae Marthae, la maison d’hôtes du Vatican, dans laquelle aucun autre pape n’a vécu. Aucun ne le fera probablement à l’avenir, même si Mr. [sic!] Harris, un liberal britannique notoire peut espérer que les futurs papes adopteront la libéralité de Papa Bergoglio à cet égard.
Mais même François ne possède pas la particulière… libéralité du cardinal Vincente Benitez de Conclave.
Ils viennent de loin, ces cardinaux au chapeau rouge : jeunes et vieux. La tradition leur interdit de faire de la politique, alors, bien sûr, lors des réunions pré-conclaves, les intrigues et les complots commencent.
Mais il y a une surprise : un cardinal se présente sans les attributs d’un prince de l’Église – sans les atours cramoisis qui symbolisent sa volonté d’être martyrisé pour le Christ. Personne ne le connaît vraiment, la plupart n’ont jamais entendu parler de lui.
Il explique que le pape défunt l’a élevé au cardinalat in pectore. Dans le cœur : en secret. Il s’agit du cardinal Benitez (interprété par Carlos Diehz). Le cardinal Benitez est un Mexicain qui a servi au Congo et en Afghanistan.
Mr. Diehz sera le moins connu des cardinaux-acteurs de Conclave, qui comprennent notamment Ralph Fiennes, Stanley Tucci et John Lithgow.
Le cardinal Lawrence (Mr. Fiennes dans une belle performance) est le doyen du conclave. Dans le livre, le doyen s’appelle Jacopo Baldassare Lomeli. Les réalisateurs ont peut-être décidé qu’un changement de nom et de nationalité éloignerait le personnage du véritable doyen du Collège des cardinaux, Giovanni Battista Re. Le fait d’avoir choisi Mr. Fiennes plutôt qu’un acteur italien dissipe toute ressemblance entre le doyen du film et le cardinal Re, bientôt âgé de 91 ans, qui, de toute façon, ressemble davantage au cardinal Tedesco (Sergio Castellitto), archi-conservateur, du film.
Le cardinal Lawrence décide que le petit et frêle cardinal Benitez doit être considéré comme disant la vérité sur sa nomination secrète, et Benitez est précipité chez Gammarelli ou ailleurs pour être mesuré et équipé des accessoires de sa fonction. Benitez préférerait ne pas faire tout cela parce qu’il est un humble serviteur de Dieu.
Humble mais pas honnête.
Il omet de partager un secret avec Lawrence et le Collège des Cardinaux.

La papesse Jeanne par un artiste inconnu, manuscrit du XVe-XVIe siècle [Bibliothèque nationale de France, Paris]. La légende médiévale veut qu’une femme talentueuse et érudite, déguisée en homme, ait gravi les échelons de l’Église pour devenir pape (855-857). Il s’agit bien sûr d’un bobard
Et maintenant, alerte spoiler!
Alors que les intrigants politiques tombent un à un, le charmant homme mystérieux remporte la victoire lors du vote du conclave pour devenir le pape Innocent, quatrième du nom. Ce jeune liberal des périphéries pourrait sembler la personne idéale pour remplacer le pape François s’il n’y avait pas un petit problème : Benitez n’est pas qualifié pour être pape.
Tout simplement parce qu’il est une femme.
Notre mystérieux « homme » est une personne « intersexuée » sexuellement confuse, née avec des organes génitaux ambigus mais génétiquement XX (femelle) et non XY (mâle), et qui était sur le point de se rendre dans une clinique suisse de réassignation sexuelle lorsque le pape mourant l’a sélectionné pour le cardinalat.
Notre nouveau pape Innocent IV n’est donc pas… innocent.
Comment une femme catholique a-t-elle pu se livrer à une telle supercherie ? Comment une telle personne pourrait-elle être appelée « Votre Sainteté » ? Pourquoi n’en a-t-elle parlé à personne ?
Au tout dernier moment, alors qu’Innocent est prête à être investie pour son discours Urbi et Orbi depuis le balcon surplombant la place Saint-Pierre, le cardinal Lawrence, perplexe, vient d’être informé par un assistant de la découverte de la visite planifiée de Benitez à la clinique, et demande à Innocent IV quel traitement est recherché. Dans le livre, Innocent soupire : « Je crois que les termes cliniques sont chirurgie pour corriger une fusion des grandes et petites lèvres, et clitoropexie ». Dans le film, le terme est simplifié en « hystérectomie ».
Le doyen est à juste titre vexé. Mais il est aussi suffisamment crédule pour accepter Benitez quand elle dit que ses parents, alarmés par ses anomalies génitales, ont insisté sur le fait qu’elle était un garçon. Et les séminaires, dit-elle, sont pudiques, « comme vous le savez bien, avec une aversion pour le dévoilement du corps ». Elle dit qu’elle n’a su qu’elle était une fille que lorsqu’elle a été blessée dans une explosion à Bagdad, examinée par un médecin, et que « les faits médicaux m’ont été expliqués ». C’est le livre. Dans le film, il s’agit d’une appendicectomie.
Elle raconte au cardinal Lawrence qu’elle s’est même faufilée à Rome pour voir le pape qui allait bientôt disparaître, qu’elle a confessé sa situation et qu’elle a demandé au Saint-Père de la guider pour qu’elle continue à exercer son sacerdoce. Le pape lui a dit, en fait, « Eh bien, c’est vous qui décidez, lady… ».
Et que décident de faire le doyen et notre papesse? Garder cela pour eux, bien sûr.
C’est ce qu’on appelle un péché d’omission. Leur conversation dans le livre est d’une duplicité monumentale : « Voici comment nous pouvons y arriver… ». Après tout, seules cinq personnes connaissent le secret, et deux d’entre elles (le pape et le médecin de Bagdad) sont aujourd’hui mortes. Le troisième, le secrétaire du Vatican qui venait de parler à Lawrence de la clinique suisse, peut être réduit au silence grâce à un emploi confortable.
Innocent IV dit même, en écho à un message du pape François à un homosexuel, « Je suis ce que Dieu a fait de moi ». C’est vrai. Mais il ne t’a pas fait pape.
Les synodaux veulent des diaconesses, non? Pourquoi s’arrêter là?
Au moins, Innocent ne demande pas : « Est-ce que ces vêtements papaux blancs me grossissent ? »
Bien sûr, je sais ce que certains diront : « Allons, Brad, ce n’est qu’un film ! » C’est vrai. Et Dieu merci.

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