Léon XIV dans les pas de Bergoglio. Quand le Pape suit l’agenda de l’ONU

17 Sep 2026 | Actualités

Pas besoin de comparer Léon XIV à François pour constater les continuités. Il suffit d’observer les signes concrets.
Dernier en date, le 13 octobre prochain, à Castel Gandolfo, Léon XIV enverra un signal fort de proximité avec l’agenda mondial du développement durable en remettant la nouvelle Pope Leo XIV Sustainability Medal au cardinal Michael Czerny SJ, créé cardinal lors du consistoire d’octobre 2019, véritable homme-lige de Bergoglio dans le domaine de la politique migratoire du Vatican, également parmi les représentants les plus en vue de l’agenda du développement durable et du climat.
Posant à nouveau la question cruciale: l’Eglise doit-elle accompagner, voire bénir la « morale » du monde, ou doit-elle au contraire continuer à accomplir sa mission universelle et être « signe de contradiction », s’opposant à des programmes politiques qui contredisent Ses enseignements.

Qui détermine ce qu’il faut entendre par « développement durable », « justice », « migration » et « responsabilité mondiale » ?
.
Si la réponse est de plus en plus recherchée auprès de l’ONU et de ses agendas mondiaux, alors l’Église doit se demander si elle souhaite encore être la référence du monde – ou si, au contraire, elle adopte de plus en plus les normes du monde.

C’est le jésuite Michael Czerny qui a commandé à un artiste canadien, Timothy Schmalz, la sculpture géante en bronze Angels Unawares (cf. Le Michel-Ange de François et l’inquiétant cadeau aux indiens du Canada) qui défigure la Place St-Pierre, inaugurée par François le 29 septembre 2019 à l’occasion de la 105e Journée mondiale des migrants et des réfugiés.

Le pape sur les traces de François

Léon XIV et le programme de développement durable

Giuseppe Nardi

.

Un nouveau prix, porteur d’un programme politique, a été créé et porte le nom du pape Léon XIV. Ce dernier l’a accepté. Le premier lauréat est un proche collaborateur du pape François.

Le 13 octobre, à Castel Gandolfo, Léon XIV remettra pour la première fois en personne la Pope Leo XIV. Sustainability Medal qui porte son nom. Le premier lauréat est le cardinal Michael Czerny SJ, ce jésuite qui, sous le pape François, s’est imposé comme l’un des protagonistes majeurs de la politique migratoire du Vatican et compte également parmi les représentants les plus en vue de l’agenda du développement durable et du climat.

La médaille n’a certes pas été instituée par le pape lui-même, mais par l’université de Villanova, où Léon XIV a étudié les mathématiques dans les années 1970 et qui lui a décerné un doctorat honoris causa en 2014. Cependant, comme elle porte son nom et qu’elle est remise personnellement par le pape, son message symbolique est difficile à ignorer. Et le choix du premier lauréat n’est pas non plus le fruit du hasard. Le cardinal Czerny est un homme dont l’ensemble de l’action publique incarne de manière exemplaire ce lien entre « migration, écologie et responsabilité mondiale » qui a marqué le pontificat de François.

Cela soulève la question de la continuité ou de la discontinuité tant évoquée entre François et Léon XIV. Dans ce domaine au moins, la réponse est sans équivoque : Il ne saurait être question d’un éloignement par rapport aux orientations de son prédécesseur.

Le cardinal Czerny, un signal programmatique

Le cardinal Michael Czerny a été, de 2022 au 1er septembre 2026, préfet du Dicastère pour le développement humain intégral du Vatican. Auparavant déjà, en tant que responsable de la section chargée des migrants et des réfugiés, il occupait une place prépondérante dans la politique migratoire du Saint-Siège. François avait accordé une importance particulière à ce domaine et, fort de son autorité religieuse, était le principal défenseur mondial de l’agenda migratoire mondialiste.

Czerny a fait de la migration une véritable marque de fabrique de son action au sein de l’Église. Il a fait représenter des migrants dans ses armoiries cardinalices. Sa justification était la suivante : « Jésus est présent dans les migrants. »

Cela peut tout à fait s’interpréter d’un point de vue théologique. Cela devient problématique lorsque le devoir chrétien de venir en aide aux personnes en détresse se transforme en un programme politique qui ne considère plus la migration avant tout comme un défi humain et politique concret, mais comme un élément d’un ordre mondial, qu’il va même jusqu’à promouvoir.

C’est précisément ce glissement que l’on observe sans cesse chez Czerny.

À cela s’ajoute son engagement marqué en faveur de ce qu’on appelle la « durabilité ». En tant que préfet du dicastère, il a notamment encouragé la diffusion de documents sur le changement climatique, la biodiversité, l’eau, la production alimentaire, la pollution atmosphérique et la « consommation durable ». Dans un discours prononcé lors du Congrès international sur la sauvegarde de la création à Lisbonne en 2023, Czerny a notamment appelé à une réduction du nombre de voitures particulières et à une transition rapide vers une politique dite du « zéro net ». La thèse, scientifiquement très contestable, selon laquelle le CO2 serait responsable du réchauffement climatique, en particulier les émissions d’origine humaine, a été reprise sans esprit critique par le Vatican sous le pontificat de François. Dans ce cas également, le Saint-Siège est devenu une tribune pour sa propagation.

Il ne s’agit plus depuis longtemps uniquement de la mission chrétienne traditionnelle de sauvegarde de la création. Il s’agit d’une transformation sociétale globale.

Et c’est précisément là que la boucle se referme sur l’agenda de développement durable mondial.

François et l’Agenda 2030 de l’ONU

L’année 2015 constitue le point de référence décisif. Le 25 septembre de cette année-là, le pape François a été le seul orateur à prendre la parole devant l’Assemblée générale des Nations unies à New York et a donné sa bénédiction à l’« Agenda 2030 pour le développement durable », adopté immédiatement après.

Pour les décideurs en coulisses, il lui incombait de s’exprimer au nom des religions du monde et, à ce titre, mais aussi en tant que chef de l’Église, de faire valoir son poids moral en faveur de l’Agenda de l’ONU.

Cet agenda comprend 17 « objectifs de développement durable » et couvre des domaines allant de la lutte contre la pauvreté et de l’éducation au climat, en passant par la consommation, le développement économique et les structures sociales mondiales. Les observateurs ont remarqué la proximité remarquable entre le langage papal et les objectifs des Nations unies, ce qui n’avait jamais été entendu de la part des papes jusqu’alors. Jean-Paul II et Benoît XVI avaient plutôt gardé leurs distances, conscients des forces contraires à l’œuvre au sein de l’ONU. Sous François, ces réserves semblaient s’être évaporées et, dans un optimisme insouciant, il a conduit l’Église à marcher au pas avec les institutions internationales. Son conseiller politique le plus proche à l’époque, l’Argentin Marcelo Sanchez Sorondo, a évoqué en 2017 un «moment magique» que «l’humanité» vivait, car «pour la première fois, le magistère du pape et celui de l’ONU concordaient».

À New York, François ne s’est pas présenté comme un observateur critique de ces programmes mondiaux. Il n’a ainsi pas dit un mot pour défendre le droit à la vie des enfants à naître, bien que l’ONU soit depuis des décennies un instrument déterminant dans la généralisation mondiale de l’avortement. Son discours était bien plus animé par la conviction que la communauté internationale devait résoudre ensemble les problèmes mondiaux et, pour ce faire, s’appuyer sur des institutions supranationales. Les Nations Unies n’apparaissaient pas ici comme une institution politique parmi d’autres, mais carrément comme une référence morale d’un nouvel ordre mondial.

Cela est significatif, car on voyait se dessiner ici une évolution qui s’est poursuivie tout au long du pontificat de François : l’Église a de plus en plus adopté la terminologie des organisations internationales. « Durabilité », « justice mondiale », « migration », « développement inclusif » et « conversion écologique » sont devenus des concepts centraux de la prédication ecclésiale. Avec François, le Vatican s’est vu confier une nouvelle mission, dont avions rendu compte en 2019 dans l’article suivant : Il parle comme l’ONU, poursuit les mêmes objectifs que l’ONU, mais n’a rien à voir avec l’ONU. Ou bien si ?

Il va sans dire qu’il n’y a rien à redire au souci de la création ou à l’aide apportée aux pauvres. La question est autre : l’Église doit-elle pour autant adopter les concepts politiques directeurs des Nations Unies et s’y rallier apparemment sans réserve, alors que les papes qui l’ont précédée ont mené de rudes combats concernant l’orientation de ces mêmes institutions sur des questions éthiques centrales, notamment le droit à la vie ?

François n’a pas perdu cette lutte parce qu’il l’a abandonnée et s’est au contraire rangé dans le chœur (voir également à ce sujet : L’ONU veut placer l’Église catholique sous son contrôle.

De la responsabilité envers la création à la transformation sociale

La doctrine sociale chrétienne reconnaît la responsabilité de l’homme envers la création. Elle reconnaît également le devoir de solidarité envers les pauvres et d’aide aux personnes dans le besoin. Il n’en découle toutefois nullement que tout programme politique international qui utilise ces concepts soit automatiquement assimilable à la doctrine chrétienne.

C’est précisément cette distinction qui semble s’estomper de plus en plus dans le langage ecclésiastique actuel.

Lorsque le cardinal Czerny évoque la réduction du nombre de voitures particulières, lorsqu’il réclame le « zéro net » et lorsque la politique environnementale est associée à la « justice sociale » mondiale et à la migration pour former un programme global, il ne s’agit plus simplement d’amour du prochain chrétien ou d’une gestion responsable de la création. Il s’agit de modeler l’ensemble de la vie sociale selon un agenda politique bien précis, un agenda qui n’a pas été formulé par l’Église et qui ne correspond pas à sa propre mission.

Le terme de « durabilité » devient alors une sorte de formule universelle laïque. Il peut englober presque tout : l’énergie, les transports, l’alimentation, la consommation, l’économie, la finance, les migrations et l’ordre social. Or, sans illusion, cela ne renvoie ni au droit naturel ni à la loi divine.

Une Église qui reprend ces concepts sans les remettre en question court le risque de ne plus porter l’Évangile dans le monde, mais de donner une dimension religieuse exagérée aux programmes politiques internationaux du moment.

La migration, partie intégrante de ce même programme

Cela apparaît particulièrement clairement dans le cas de la migration. Le cardinal Czerny fait partie de ces ecclésiastiques qui ne considèrent pas seulement la migration comme un défi humanitaire, mais qui la replacent dans un contexte mondial global. Cela correspond largement à la vision défendue dans les cercles mondialistes et les organisations internationales : les frontières doivent perdre leur fonction, la mobilité est jugée fondamentalement positive, et les intérêts nationaux doivent s’effacer face à une solidarité comprise à l’échelle mondiale. Mais alors, entre quelles mains reposent les décisions, qui exerce un contrôle, tandis que le pouvoir d’influence est retiré aux individus ? Plus les institutions sont éloignées de l’individu, plus son influence est faible et plus son impuissance est grande. Or, c’est précisément cette distance qui est systématiquement recherchée, ce qui revient à un transfert délibéré du pouvoir.

C’est là que réside l’un des points de discorde décisifs.

La charité chrétienne est individuelle et elle reconnaît tout à fait la responsabilité politique envers des communautés concrètes. Un État porte la responsabilité envers ses citoyens, son ordre juridique, sa stabilité sociale et les conditions de la vie en communauté. Cela n’implique pas pour autant le refus de l’aide aux réfugiés ou de l’accueil humanitaire. Il en découle toutefois très clairement que la migration ne peut être considérée exclusivement sous l’angle d’appels moraux. Ce serait s’exposer soi-même, ainsi que sa propre communauté, aux intérêts incontrôlables d’autrui.

Celui qui occulte cette dimension politique transforme une question politique complexe en une voie à sens unique morale.

C’est précisément le lien entre migration et durabilité mondiale qui doit donc nous mettre en garde. Car il en résulte une vision de l’homme dans laquelle l’individu apparaît de plus en plus comme un élément constitutif des processus mondiaux de mobilité, d’économie et de développement. Le lien concret avec le peuple, la nation, la patrie et les communautés politiques historiquement constituées passe alors au second plan, est sapé et, en partie, ouvertement sapé, voire anéanti.

Il n’y a pratiquement plus aucune grande ville dans l’espace germanophone où les enfants allemands de souche soient encore majoritaires.

Il n’est pas nécessaire d’assimiler Léon XIV à François pour constater des continuités. Il suffit d’observer les signaux concrets. Le nouveau pape ne se distancie pas, dans ce domaine, du discours de son prédécesseur. Au contraire : avec la médaille du développement durable qui porte son nom et la nomination du cardinal Czerny comme premier lauréat, c’est un homme qui incarne, comme presque aucun autre, la liaison bergoglienne avec l’agenda mondialiste qui est mis à l’honneur.

Léon XIV s’inscrit dans cette lignée

C’est dans ce contexte que la distinction décernée à Czerny par Léon XIV prend tout son sens.

Il n’est pas nécessaire d’assimiler Léon XIV à François pour constater des continuités. Il suffit d’observer les signaux concrets. Le nouveau pape ne se distancie pas, dans ce domaine, du discours de son prédécesseur. Au contraire : avec la médaille du développement durable qui porte son nom et la nomination du cardinal Czerny comme premier lauréat, c’est un homme qui incarne, comme presque aucun autre, la liaison bergoglienne avec l’agenda mondialiste qui est mis à l’honneur.

Le nom de la médaille est d’ailleurs révélateur. Elle ne s’appelle pas « Médaille du pape Léon XIV pour la charité chrétienne » ou « Médaille pour la défense de la dignité humaine », mais « Médaille du développement durable ».

Depuis 2015, le mot « durabilité » désigne le programme politique mondial de l’ONU. Et ce programme n’est en aucun cas neutre sur le plan des valeurs. Il contient des idées concrètes sur la manière dont les hommes doivent gérer leur économie, consommer, avancer, et vivre ensemble.

L’Église doit-elle reprendre à son compte les programmes politiques des organisations internationales, au motif que celles-ci invoquent des notions telles que la paix, la justice, la durabilité et la dignité humaine ? Ou ne doit-elle pas au contraire rester critique précisément là où de telles notions sont utilisées pour légitimer des changements politiques et sociaux de grande envergure ?

L’Église, accompagnatrice morale de la politique mondiale ?

Cela soulève une question fondamentale quant à la conception que l’Église a d’elle-même.

L’Église doit-elle reprendre à son compte les programmes politiques des organisations internationales, au motif que celles-ci invoquent des notions telles que la paix, la justice, la durabilité et la dignité humaine ? Ou ne doit-elle pas au contraire rester critique précisément là où de telles notions sont utilisées pour légitimer des changements politiques et sociaux de grande envergure ?

L’Église a une mission qui dépasse la politique quotidienne. Elle doit rappeler à l’homme qu’il est une créature de Dieu et non pas simplement un élément d’un bilan démographique, économique ou climatique mondial. Elle doit défendre la dignité de l’homme, mais aussi celle de communautés concrètes, de la famille, de la patrie, du peuple et des ordres culturels établis de longue date.

Cela n’exclut en aucun cas la coopération internationale. Cela n’exclut pas non plus l’aide aux migrants, aux réfugiés ou aux personnes en situation de pauvreté. Cela exige plutôt une distinction claire entre la charité chrétienne et les programmes politiques.

En 2015, à New York, François a envoyé un signal fort de proximité avec l’agenda mondial du développement durable. Léon XIV en envoie désormais un autre. C’est le symbole d’une Église qui s’inscrit de plus en plus dans le langage et les programmes d’un monde globalisé.

La question décisive est plutôt la suivante : qui détermine ce qu’il faut entendre par « développement durable », « justice », « migration » et « responsabilité mondiale » ?

Si la réponse est de plus en plus recherchée auprès de l’ONU et de ses agendas mondiaux, alors l’Église doit se demander si elle souhaite encore être la référence du monde – ou si, au contraire, elle adopte de plus en plus les normes du monde.

La remise de la première «Pope Leo XIV. Sustainability Medal» au cardinal Czerny apporte en tout cas une réponse remarquablement claire à cette question.

Léon XIV continue de marcher sur les traces de François.

0 commentaires

Vous aimerez aussi
Share This