Loin des « hommages unanimes » (et d’autant plus suspects) que les médias déversent à profusion, Luisella Scrosatti fait un bilan réaliste d’un pontificat marqué par des changements qui ont bouleversé l’Eglise. Il n’est pas « trop tôt » pour un bilan, contrairement à ce qu’on entend, car les jalons du pontificat, tous soigneusement documentés ici , ont durant ces douze années convergé dans la même direction: changer en profondeur la nature de la papauté:
Le successeur de l’apôtre Pierre, qui est là pour confirmer la foi de ses frères par sa parole franche et réfléchie, est devenu omniprésent dans les médias : interviews « officielles » données dans l’avion au retour des voyages apostoliques et d’autres moins officielles, apparitions régulières dans des émissions télévisées, des docufilms et même messages sur Tik Tok.
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Le salut éternel, la vie morale et sacramentelle, la personne de Jésus-Christ jetés sur la place publique avec des expressions bâclées, des enseignements incomplets, des déclarations trompeuses.
Fin d’un pontificat marqué par un « changement de paradigme »
Luisella Scrosatti
22 avril 2025
lanuovabq.it/it/fine-di-un-pontificato-allinsegna-del-cambio-di-paradigma
En douze ans, François a donné à l’Église une impulsion décisive vers l’autosécularisation, qui a eu raison de la figure papale elle-même, réduite à une voix parmi d’autres dans le débat sur les questions d’actualité
Le pontificat du premier pape jésuite de l’histoire est arrivé à son terme : les prières de tous les chrétiens offriront leur suffrage à l’âme du pontife défunt lors des traditionnels Novendiali [période de neuf jours qui suit la mort d’un pape, ndt]. Plus de douze années se sont écoulées depuis la fin de l’après-midi de ce 13 mars 2013, lorsque François s’est présenté sur la place bondée en saluant tout le monde d’un simple « buonasera ». Des années au cours desquelles le « changement de paradigme » a commencé avec l’accélérateur à fond, mais aussi avec le frein à main tiré, étant donné la présence d’un Benoît XVI silencieux mais vigilant.
Ce jeu de forces opposées, on l’a très bien compris lors du Synode sur la famille, qui a donné naissance à la fameuse exhortation post-synodale Amoris Lætitia, dans laquelle ceux qui voulaient introduire des éléments clairs de rupture ont dû se contenter de les détourner dans les notes [de bas de page].
Puis vint les Dubia de quatre cardinaux – Caffarra, Burke, Brandmüller, Meisner – qui ne reçut jamais de réponse, signe que le pape voulait suivre sa propre voie, sans rendre compte de ses actions, pas même à ceux qui, en raison de leur nomination comme cardinaux, sont plus étroitement unis au pape dans le gouvernement de l’Église universelle.
La ligne initiale, cependant, a été la tentative désespérée de montrer une prétendue « continuité » entre les papes allemand et argentin, qui a conduit au cas embarrassant de Mgr Dario Edoardo Viganò, qui a été contraint de manipuler la réponse de Benoît XVI à la demande d’un texte d’approbation à la théologie du pape François, présentée dans une collection de onze petits volumes publiés par la Libreria Editrice Vaticana [cf. dossier « Lettergate »].
Puis ce fut le tour du Synode sur l’Amazonie [cf. dossier « Synode Amazonie »], avec la tentative très claire de rendre le célibat des prêtres optionnel, qui a sombré en raison de la publication opportune du livre Des profondeurs de nos cœurs [cf dossier], par Benoît XVI et le cardinal Robert Sarah ; ensuite, les encycliques sociales Laudato si’ et Fratelli Tutti, un fardeau dont il ne sera pas facile de se défaire, divergeant sur de nombreux points de l’enseignement de la doctrine sociale catholique.
Un nouveau Synode sur la synodalité devait sceller la « conversion synodale » de l’Église , avec des positions ouvertes sur des sujets brûlants comme la bénédiction des couples de même sexe, le diaconat féminin et l’exercice de l’autorité dans l’Église ; des aspects qui ont provoqué une nouvelle série de Dubia par cinq cardinaux – Burke, Brandmüller, Sarah, Zen, Sandoval.
L’année 2021 a été l’année de Traditionis custodes, qui a effacé l’autre motu proprio du pape Benoît, Summorum Pontificum, et a manifesté un aveuglement plein d’animosité à l’égard des cellules vivantes de l’Église et du rite le plus répandu, jusqu’à une poignée d’années auparavant, et parmi les plus anciens de l’Église latine. Ce fut un coup au cœur pour beaucoup de catholiques, qu’ils pratiquent ou non le rite ancien, mais aussi pour Ratzinger lui-même, qui avait consacré sa vie à cette laborieuse et indispensable réconciliation interne de l’Église.
Avec la mort de Ratzinger, c’est l’effondrement : Après avoir renvoyé le cardinal Ladaria, la nomination de Fernández au Dicastère pour la doctrine de la foi a accéléré la dissolution interne du catholicisme, qui a atteint une crise sans précédent avec la publication de la déclaration Fiducia supplicans. Cette nomination et d’autres nominations d’hommes n’ayant aucun sens de l’Église, largement idéologisés et caractérisés jusqu’à la moelle par ce que le pape Benoît avait baptisé « l’herméneutique de la rupture ». Et, dans plus d’un cas, aussi par une conduite morale qui se révélera tout sauf intègre.
Comme si cela ne suffisait pas, c’est la figure même du pape qui sort en morceaux de ces années de pontificat. Depuis le premier entretien ‘timide’ avec Eugenio Scalfari, c’st le début d’un pontificat qui s’est déroulé sur la place médiatique, se pliant à ses canons et à ses attentes, jusqu’au sceau médiatique d’un pontificat, qui s’est achevé avec les deux dernières apparitions publiques de François (si l’on exclut les apparitions fugaces et ‘muettes’ en fauteuil roulant de ces derniers jours), respectivement au spectacle de Fabio Fazio et au Festival de Sanremo. Pauca intelligente.
Le successeur de l’apôtre Pierre, qui est là pour confirmer la foi de ses frères par sa parole franche et réfléchie, est devenu omniprésent dans les médias : interviews « officielles » données dans l’avion au retour des voyages apostoliques et d’autres moins officielles, apparitions régulières dans des émissions télévisées, des docufilms et même des messages sur Tik Tok. Le salut éternel, la vie morale et sacramentelle, la personne de Jésus-Christ jetés sur la place publique avec des expressions bâclées, des enseignements incomplets, des déclarations trompeuses. Comme lorsque le pape François a inventé que » toutes les religions sont un chemin vers Dieu « , sans autre précision, réduisant à néant par ces quelques mots la vérité qu’il n’y a de salut qu’en Jésus-Christ.
Cette « omniprésence » médiatique a entraîné la conséquence inévitable de toute surexposition : la parole du pape est devenue une parole parmi d’autres, peut-être un peu plus autorisée du fait de son ancienneté et de son prestige moral, mais rien de plus. Ce que le public lit ou écoute n’est plus considéré comme la parole du successeur de Pierre, qui fait toujours résonner la puissance de la parole du Seigneur, mais comme l’opinion d’un homme mêlée à la cacophonie de nombreuses autres voix.
Si le pape ne parle plus pour enseigner la vérité de Jésus-Christ, mais pour s’exprimer à bâtons rompus sur les sujets les plus variés du moment, alors, aux yeux des hommes, le sens de la charge que Dieu lui a confiée au moment de son acceptation se dilue au point de se cacher derrière le simple homme qui occupe cette fonction.
« Le pape ne doit pas proclamer ses propres idées, mais doit constamment s’astreindre et astreindre l’Église à l’obéissance à la Parole de Dieu, face à toute tentative d’adaptation et d’édulcoration, comme face à tout opportunisme ».
Ainsi parlait Benoît XVI dans son homélie inaugurale sur la Cathedra romaine : François a fait exactement le contraire. Le juste deuil de la mort du pape ne doit pas effacer hypocritement cette amère réalité. Pour le bien de l’Église.
L’Église, avec cette surexposition médiatique de François, serait-elle désormais perçue comme plus proche de l’homme d’aujourd’hui ?
La vérité, dramatiquement, est autre et il faut avoir le courage de la reconnaître : ce qui a atteint l’homme moderne, ce n’est pas » l’Église du Dieu vivant, colonne et appui de la vérité » (1Tm 3,15), mais cette image de l’Église qui reste après le » lifting » des critères médiatiques de masse, plus comme une modeste organisation spirituelle et humanitaire, utile au système en place tant qu’elle lui est docilement fonctionnelle.
Le pontificat de François, qui a fait de la dénonciation de la mondanité son cheval de bataille, a en fait donné une accélération sans précédent à l’auto-sécularisation de l’Église.
Prions pour que le nouveau pontife ait la force de la vérité pour un changement de cap décisif.

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