Je me fie cette fois encore au blog Silere non possum, qui est l’un des rares à vivre vraiment les choses de l’intérieur (les partis pris sont inévitables, mais ils n’enlèvent rien au caractère irremplaçable du témoignage direct). L’un des derniers problèmes émergés est la nécessité, imposée par le choix de l’humble François d’établir sa résidence à Sainte Marthe, de répartir les cardinaux électeurs dans deux bâtiments séparées. Or, les cardinaux, pour la plupart, ne se connaissent pas entre eux, et l’hébergement dans un lieu unique était l’opportunité (indispensable dans ce cas) de prendre contact et discuter du choix du futur Pape. « Nous ne voulons pas reproduire l’erreur de 2013 », confie l’un d’eux. Aveu qu’alors, beaucoup avaient voté « les yeux fermés ».

Conclave.
Surbooking à Sainte Marthe: recours au double hébergement
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Avec le transfert du corps du pape François dans la basilique Saint-Pierre ce matin, l’Église entre officiellement dans une nouvelle phase de transition : celle qui prépare le conclave. Un moment d’une grande importance non seulement d’un point de vue liturgique et symbolique, mais aussi d’un point de vue pratique et organisationnel.
L’entourage [en français dans le texte] peut en effet commencer à aménager la Domus Sanctae Marthae pour l’accueil des cardinaux électeurs. Mais le chemin n’est pas sans embûches. Dans la soirée du lundi 21 avril, les scellés ont été posés sur les appartements pontificaux, tant au Palais apostolique qu’à Sainte Marthe. En particulier, dans la Domus, les scellés ont été posés exclusivement sur les chambres réservées au pape François, empêchant l’utilisation de ces chambres pour accueillir des cardinaux. Ce n’est que le successeur qui enlèvera cette cire laquée portant la mention « Cardinal Camerlingue de la S.R.C. » [Sainte Eglise Romaine]
Un prélat explique:
« Cette situation conduira à la décision de répartir les cardinaux dans deux structures : la Casa Santa Marta nuova et la Casa Santa Marta vecchia, placées l’une en face de l’autre »
Une solution rendue nécessaire non seulement par les contraintes logistiques imposées par les choix de Jorge Mario Bergoglio, mais aussi par le fait que le nombre de cardinaux électeurs dépasse désormais celui envisagé par Jean-Paul II lorsqu’il avait voulu que cette résidence soit un espace qui leur soit précisément dédié. Auparavant, en effet, les cardinaux étaient logés dans des situations inconfortables autour de la chapelle Sixtine, sans installations sanitaires.
D’autres possibilités ont été envisagées, mais celle-ci semble être la seule réellement viable à l’heure actuelle.
Un cardinal, arrivé ce matin dans l’Urbe, confie:
« J’espère qu’il y aura de nombreuses occasions de se rencontrer, même au cours des déjeuners et des dîners, pendant ces jours où nous sommes convoqués aux Congrégations générales. J’ai déjà prévu plusieurs rencontres avec certains de mes confrères et j’espère en rencontrer d’autres que je connaîtrai peut-être au cours de ces journées dans la salle du Synode ».
Ce qui caractérisera particulièrement ce Conclave, c’est que les cardinaux ne se connaissent souvent pas entre eux. Les jours qui précèdent l’entrée dans la Chapelle Sixtine sont décisifs à cet égard : il s’agit d’un temps précieux, au cours duquel des conversations informelles, des rencontres personnelles et des dialogues spontanés peuvent contribuer à créer la connaissance mutuelle nécessaire pour affronter un choix aussi grave que décisif pour l’avenir de l’Église.
Un cardinal explique:
« Nous ne pouvons pas faire l’erreur que nous avons faite en 2013. L’archevêque de Buenos Aires était inconnu de la plupart des gens, en particulier on ne connaissait ni son histoire ni tous les scandales qui ont émergé plus tard après son élection. Son caractère, son passé dans la Compagnie de Jésus, sa vision fortement idéologique de l’Église et de la Curie. Certes, lorsqu’il a prononcé son discours lors des Congrégations, on pouvait deviner quelque chose, mais l’activité d’Óscar Andrés Rodríguez Maradiaga a été de minimiser toutes ces perplexités et de faire en sorte que tout le monde les digère ».
Ces réflexions émergent dans de nombreuses confrontations. Un autre prélat explique:
« Il y a des hommes qui ont été aux côtés de François au cours de ces années et dont on parle souvent, mais on ne sait pas vraiment ce qu’ils pensent. On ne peut pas faire l’erreur de faire confiance les yeux fermés et de tout miser sur un seul nom ».
Le sujet le plus brûlant : les profils inconnus
Au-delà de quelques choix ambitieux de blogs américains, qui tentent de réduire des questions complexes à des « QCM », la question sérieuse est la suivante : en ce moment, les cardinaux essaient d’en savoir le plus possible sur leurs frères et ne se fient évidemment pas à la presse sectaire, mais s’intéressent aux faits, aux paroles effectivement prononcées, aux relations avec leurs prêtres (pour ceux qui dirigent des diocèses), etc.
Pour cette raison, le choix logistique (nécessaire) de répartir les cardinaux entre deux structures est clairement un problème. Même « isolés du monde », les cardinaux doivent pouvoir se parler, se comprendre, discuter, avant même d’être appelés à la responsabilité du vote. Interrogé sur le Conclave, le cardinal Joseph Ratzinger avait répondu :
« Je ne dirais pas que c’est l’Esprit Saint qui choisit [le Pape]. Je dirais que l’Esprit Saint ne prend pas exactement le contrôle de la situation, mais qu’en bon éducateur qu’il est, il nous laisse beaucoup d’espace, beaucoup de liberté, sans nous abandonner complètement. Le rôle de l’Esprit doit donc être compris dans un sens beaucoup plus élastique, et non pas comme s’il nous dictait le candidat pour lequel nous devrions voter. La seule sécurité qu’il offre est probablement que la chose ne peut pas être totalement ruinée. Il y a trop d’exemples de papes que l’Esprit Saint n’aurait manifestement pas choisis ».
Et peut-être que certains exemples sont effectivement récents.
Mais il y a aussi un malaise latent dans les couloirs de la Curie. De nombreux cardinaux, et même des curiaux, sont irrités par la direction prise par l’Église sous le pontificat de François. Nous l’avons vu ce matin [lors de la cérémonie de translation de la dépouille].
Le nœud du problème est la structure de la Curie romaine elle-même – un problème de longue date qui s’est également présenté en 2013, bien que sous des formes différentes – avec ces dernières années l’arrivée à son sommet des personnalités profondément critiques, voire hostiles, au fonctionnement de la machine ecclésiastique. Un préfet de dicastère, connu pour sa proximité avec le pape François, a exprimé à plusieurs reprises son mépris pour certains organismes économiques du Saint-Siège, coupables – selon lui – de n’avoir pas répondu à ses requêtes.
Il s’agit là d’un signal fort et éloquent. Si même les « bergogliens » manifestent ce malaise, le problème est profond : on ne peut pas penser une Église sans Curie, et on ne peut pas la diriger avec ceux qui en rejettent l’existence ou la structure.
C’est pourquoi, de toutes parts, les cardinaux réclament un homme qui connaisse bien la Curie, qui n’ait pas peur de mettre de l’ordre dans les choix qui ont marqué ces dernières années, avec compétence et sans idéologie. Un homme capable d’affronter les attaques de la presse et de ceux qui l’accuseront chaque fois qu’il voudra changer de cap par rapport au passé récent. « Le souci doit être le bien de l’Église, pas autre chose », explique un cardinal.
Enfin, il y a la question brûlante du Synode, qui a déjà généré des tensions et des dérives dans certaines Églises locales. Dans l’Église italienne aussi, on en voit les effets néfastes, malgré les assurances stériles de certains vicaires pour la pastorale des laïcs. Quand on leur fait remarquer que la reconstruction proposée ne correspond pas à ce qui s’est réellement passé dans la Salle Paul VI [la salle où se sont déroulés les débats synodaux], la réponse est désarmante et « très synodale » :
« Ce n’est pas ce que nous avons vécu. Salutations ».
Et tous ceux qui ont osé exprimer des opinions divergentes ont été très vite qualifiés de « diaboliques ».
Le Synode représente un problème sérieux: le successeur de François devra s’y attaquer avec détermination, en le clôturant clairement et rapidement, pour éviter qu’il ne devienne un laboratoire permanent d’instabilité doctrinale.
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