Dans sa première chronique du lundi consacré au pontificat de Léon XIV, Andrea Gagliarducci souligne d’emblée ce qui est sous tous les yeux: la rupture stylistique avec François, en renouant avec certaines traditions, la plus visible étant le port de la mozette rouge.
Ceci, c’est pour l’apparence. Pour le fond, nous sommes devant une page blanche.
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Andrea Gagliarducci note cependant que , sans rejeter l’héritage de son (encombrant) prédécesseur (dont il reprend le funeste concept de synodalité… mais il reste à voir ce qu’il met dans ce mot) Léon XIV s’en distingue par le retour du thème de la vérité dans les discours. Alors que François prétendait parler le langage du monde moderne pour se faire comprendre, Léon XIV insiste sur une vérité fondée sur la foi chrétienne, même si cela provoque l’incompréhension du monde.
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Bref, avec Léon XIV, c’est plus qu’un changement de paradigme. C’est l’arrivée d’une nouvelle génération, comme l’a déjà souligné le Wanderer. C’est un changement d’époque, et il faut faire l’effort de le comprendre.
Le Pape Léon XIV est le premier Pape qui n’a pas été formé dans les débats du Concile Vatican II, mais après. C’est un pape d’une nouvelle génération. Le langage doit changer et les anciennes catégories n’aideront plus à comprendre le pontificat. Bref, nous sommes face à un changement d’époque qui reste à décrypter.
Le retour du thème de la vérité

Andrea Gagliarducci
Monday Vatican
19 mai 2025
Paix, justice et vérité. C’est avec ces trois mots que le Pape Léon XIV a indiqué les lignes directrices de l’activité diplomatique lors de la réunion des ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège, qui s’est tenue vendredi dernier. Elles seront également les lignes directrices de la doctrine diplomatique de ce pontificat.
Il est trop tôt pour porter un jugement sur le pape Léon XIV, son œuvre et l’orientation qu’il veut donner à l’Église. Cependant, il n’est pas trop tôt pour observer un changement substantiel de direction, qui s’est opéré depuis que le pape est apparu sur la loggia de bénédiction en soutane blanche et mozzette rouge, comme tous les papes avant lui, à l’exception du pape François.
Un signe de discontinuité assez évident, qui a été suivi par d’autres. De l’utilisation des croix pectorales – la simple en argent pour les événements privés et la plus précieuse, avec les reliques des saints augustins, pour les événements publics – à celle de la férule ayant appartenu au pape Benoît XVI lors de la première messe avec les cardinaux dans la chapelle Sixtine, tout chez le pape Léon XIV indique qu’il cherche à reconnecter l’Église à son histoire.
Jamais auparavant le pontificat du pape François n’était apparu autant comme une histoire interrompue, une parenthèse (pour certains belle, pour d’autres moins) dans l’histoire de l’Église qui n’a peut-être pas rompu avec la doctrine, mais avec la manière d’être du Saint-Siège. Le pape François n’a pas été une révolution. Il s’est agi plutôt de l’irruption d’un nouveau point de vue, aimé par certains, mal toléré par d’autres, en tout cas dérangeant au sein de l’Église catholique.
Le pape Léon XIV est appelé à rétablir l’harmonie, ce qu’il a fait jusqu’à présent en procédant dans deux directions. D’une part, il a essayé de préserver tout ce qui était bon dans le pontificat de son prédécesseur. Il a relancé la synodalité, cité le pape François au sujet de la Troisième Guerre mondiale par bribes et du changement d’époque, et n’a pas manqué de lancer ses appels à la paix dans le monde, en ramenant l’attention sur l’Ukraine et la Terre sainte.
En même temps, cependant, il a indiqué sa direction. Pas d’appels improvisés ni de personnalisme. Le pape Léon XIV prépare ses discours, étudie les dossiers, demande des conseils et (jusqu’à présent) les écoute. Son appel à une paix juste et durable en Ukraine lors du Regina Caeli du 11 mai en est un bon exemple.
Il s’est également offert un voyage inattendu au sanctuaire de Notre-Dame du Bon Conseil à Genazzano. Il a ensuite déjeuné à la Curie des Augustins, comme il le faisait déjà lorsqu’il était cardinal. Mais il ne l’a pas fait de manière impromptue. Il l’a fait dans une voiture de représentation et sans grande hystérie ni désir de se faire voir.
Tout le monde remarque que le pape Léon XIV ne veut pas qu’on prenne de selfies – il n’en a accepté qu’un seul lors de son premier retour chez lui, au palais du Saint-Office, après son élection – et qu’il veille plutôt à maintenir la bonne distance institutionnelle. Il fait des plaisanteries et se fait connaître, mais n’exagère pas et ne cherche pas les applaudissements faciles. Ce n’est pas un personnaliste.
Parmi les signes de discontinuité, le retour du thème de la vérité dans les discours est particulièrement significatif.
Le pape Benoît XVI avait centré sa doctrine diplomatique sur la vérité, au point que son premier message pour la Journée mondiale de la paix était Dans la vérité, la paix.
Le pape François a opéré un changement de perspective. Il a demandé qu’on se concentre sur des situations concrètes plutôt que sur de grands concepts. Il a utilisé une méthode inductive plutôt que déductive, et a cherché des questions pratiques plutôt que théoriques.
Laudato sì, la première grande encyclique sociale du pape François, est consacrée à un thème spécifique, l’écologie (le soin de la maison, au sens catholique), et est pleine de données sur la pollution qui n’auraient jamais été présentes dans une encyclique parce qu’il s’agit de données variables. Ensuite, il a dû mettre à jour cette encyclique, et il l’a fait avec une exhortation, Laudate Deum, qui a été écrite pour la COP21 à Paris, et qui a été prononcée lors de la COP28 à Dubaï. Ces deux documents ont un objectif spécifique et semblent davantage être des documents de travail pour les institutions internationales, bien qu’ils aient des connotations claires de l’enseignement social catholique.
Il est peu probable que cela se produise avec le pape Léon XIV. Non seulement il a relancé le thème de la diplomatie de la vérité, mais il a aussi opéré une inversion copernicienne par rapport à ce qui avait été le diktat général jusqu’à présent. Le pape Léon XIV affirme que cette vérité concerne la foi des chrétiens en une Personne et que l’Église ne se lassera jamais de dire la vérité sur Dieu et sur l’homme, même si cette franchise peut être mal comprise.
Il s’agit d’un changement de paradigme substantiel, qui fait suite à la tentative de changement de paradigme sous le pape François et sous sa direction. Le pape François a demandé qu’on parle aux hommes de notre temps, dans la langue de notre temps. Même la réforme de l’Académie pontificale de théologie ou des programmes d’études des universités catholiques était basée sur ce principe. Elle appelait à un langage transdisciplinaire, ce qui signifiait avant tout abandonner le langage de l’identité, mais chercher à s’ouvrir au monde afin d’être compris par le monde.
Léon XIV appelle à prêcher la vérité et à accepter que le monde ne comprenne pas. En bref, il décrit un monde dans lequel la présence chrétienne doit émerger de la proclamation de la vérité. Il ne s’agit pas de trouver une langue pour parler à tous. Il s’agit de s’expliquer à tout le monde pour que tout le monde comprenne la langue. Cela semble abstrait, mais ça ne l’est pas.
Ce changement de paradigme modifiera également la manière dont les discours sont rédigés, qui est encore très liée au style du pape François et à sa philosophie « voir, juger et agir ».
Le Pape Léon XIV est le premier Pape qui n’a pas été formé dans les débats du Concile Vatican II, mais après. C’est un pape d’une nouvelle génération. Le langage doit changer et les anciennes catégories n’aideront plus à comprendre le pontificat. Bref, nous sommes face à un changement d’époque qui reste à décrypter.

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