A un mois de l’élection les commentaires commencent à s’épuiser, et c’est normal, surtout en ces temps d’information instantanée où une nouvelle chasse l’autre. Ils sont d’intérêt varié, souvent répétitifs, et si l’on veut citer les blogs étrangers, cela devient très compliqué car, sauf à faire du copié-collé de la traduction automatique, ils nécessitent en général de décrypter les expressions idiomatiques (pas toujours évident!, l’IA ne connaît pas), et aussi de « remonter » à d’autres articles dont ils s’inspirent, souvent sans renvoi à un lien (ce qui peut nous mener très loin), faute de quoi ils n’ont pas beaucoup d’intérêt, voire pas grand sens (je ne cite personne, évidemment, mais j’ai des exemples).
Tel n’est pas le cas évidemment de l’incroyable blog du Wanderer, traditionaliste totalement atypique, qui nous éclaire une fois de plus de sa vaste culture et de sa grande connaissance du monde de l’Eglise.
Le problème que je constate, c’est que beaucoup d’entre nous souffrent du syndrome du « chien errant » : nous avons été tellement battus pendant douze ans que nous ne faisons plus confiance à personne et que nous grognons contre tous ceux qui s’approchent de nous pour nous caresser le dos. Ainsi, nous risquons de devenir incapables de reconnaître ce qui est bon et précieux.
Léon XIV, deux semaines plus tard
Il y a quelques jours, j’ai dit que j’avais l’intention et l’espoir que ce blog redevienne ce qu’il était, et non un simple chasseur d’actualités pontificales comme il a été contraint de l’être pendant la saison bergoglienne.
Cependant, je pense qu’il vaut la peine de consacrer quelques commentaires aux paroles et aux actes du pape Léon XIV au cours de ces deux semaines de pontificat, car nous sommes tous dans l’expectative, et c’est naturel.
Il est toujours prudent de se fier davantage aux actes qu’aux paroles, et jusqu’à présent, il a fait très peu de choses; de plus, une grande partie de ses « décisions » n’ont fait que finaliser des processus déjà engagés par son prédécesseur, ou qui relèvent de ses fonctions. Par exemple, la retraite de Vincenzo Paglia à la tête de l’Institut théologique pour la famille, où il a fait des ravages, avec l’accord et les applaudissements de François, a été une bonne nouvelle. Et la nomination à sa place du cardinal Baldassere Reina n’est rien d’autre qu’un retour à ce qui a toujours été : le vicaire du pape pour Rome est le grand chancelier de l’Université du Latran et de l’Institut.
Beaucoup ont déploré cette nomination, mais nous savons tous que Reina est le typique évêque nommé par Bergoglio, qui recherchait comme principale qualité chez un candidat l’obéissance et la servilité. Le cardinal Reina était bergoglien à l’époque, il sera désormais léonien et si, par miracle de la Providence, Mgr Lefebvre ressuscitait et était élu pape, Reina, comme beaucoup de ses collègues, deviendrait rapidement un lefebvriste rigide et semi-pélagien.
Un autre fait notable est qu’hier, il a nommé comme secrétaire du Dicastère des Religieux une religieuse, ou un bipède indéfinissable qui se perçoit comme une religieuse, ce qui fait que dans ce dicastère, tant la « préfète » que la secrétaire sont des femmes (où est passée la parité des genres ?).

Je n’aime pas cette nomination, non pas par misogynie, mais parce qu’il y aurait derrière cela un problème théologique : la nécessité du sacrement de l’ordre pour exercer certaines fonctions. Je ne m’immisce pas dans ces questions parce que je les ignore, mais ce que je sais, c’est que tout au long de l’histoire de l’Église, y compris au Moyen Âge, les femmes assumaient des fonctions qui nous sembleraient aujourd’hui absurdes et propres aux modernistes.
Par exemple, le cas de l’ordre de Fontevrault, un ordre monastique double — c’est-à-dire composé de communautés masculines et féminines — fondé en 1101 par le prédicateur et réformateur Robert d’Arbrissel, qui a eu une influence considérable dans toute l’Europe, et dont les monastères étaient gouvernés par une abbesse et non par un abbé. Et toujours au Moyen Âge, les abbesses et les religieuses de certains monastères bénédictins et chartreux utilisaient pour les cérémonies liturgiques, à certaines occasions, des ornements cléricaux et épiscopaux : rochet, mitre, crosse, anneau, étole (parfois diaconale, parfois épiscopale) et manipule, et pour comble, elles lisaient l’épître pendant la messe.
Oui, une femme lisant les lectures ! Quelle barbarie ! Où est passée la tradition ?
Comme le dit Regine Pernoud, la marginalisation des femmes dans de nombreux aspects de la vie sociale, mais aussi ecclésiale, est le fruit de la Renaissance qui, reprenant les idéaux grecs, les a confinées dans le gynécée. La pratique de l’Église pendant mille cinq cents ans a été différente.
Certains diront à juste titre, comme on me l’a dit : « Le problème avec la religieuse secrétaire, ce n’est pas qu’elle soit une femme, mais qu’elle ne soit pas orthodoxe puisqu’elle pratique et donne des cours sur l’ennéagramme ». Ce n’est pas quelque chose qui me plaît, bien sûr, mais je réponds : «Sainte Hildegarde de Bingen, docteur de l’Église, pratiquait et écrivait des livres sur la gemmothérapie (le De lapidibus), je ne vois donc pas beaucoup de différence ».
Si l’on se réfère aux propos de Léon XIV, plusieurs de mes amis et lecteurs du blog ont été attristés de lire, par exemple, son message sur X à l’occasion du premier mois de la mort de François, similaire à ce qu’il a dit dans le Regina Coeli de dimanche dernier. Je suis sûr que ce n’est pas lui qui gère ses réseaux sociaux, mais ce n’est pas une excuse.
Aujourd’hui, nous nous souvenons tout particulièrement et avec beaucoup de gratitude de notre bien-aimé #PapeFrançois, qui, il y a tout juste un mois, est retourné dans la maison du Père. Il nous accompagne et prie pour l’Église depuis le Ciel. @Pontifex266_fr
— Pape Léon XIV (@Pontifex_fr) May 21, 2025
Cependant, je pense qu’il y a des hommages qu’il faut rendre, et il continuera à le faire pendant un certain temps. Je ne prêterais pas trop attention à ces quelques mots qui peuvent très bien être de circonstance. Donnons-lui le bénéfice du doute, au moins pendant les cent premiers jours.
Certains diront : pourquoi accorder le bénéfice du doute à Léon, alors que nous ne l’avons pas accordé à François, que nous avons commencé à critiquer sur ce blog deux ou trois semaines après son élection ?
Pour une raison simple : nous connaissions Bergoglio depuis longtemps et nous lui avions déjà consacré de nombreux articles lorsqu’il était archevêque de Buenos Aires. Le charisme pétrinien peut être très puissant, mais il ne suffit pas à changer la nature de celui qui est élu.
Prevost, en revanche, nous ne le connaissons pas, et très peu de gens le connaissent et peuvent en témoigner de manière fiable et désintéressée.
(…) J’ai trouvé très intéressant ce qu’a dit le père Jorge Millán, curé de la cathédrale de Chiclayo, qui a vécu avec l’évêque Robert Prevost, dans la même maison avec d’autres prêtres, pendant près de neuf ans. Dans un article d’Edgar Beltrán publié dans The Pillar, il s’étend sur la personnalité du nouveau pape, et tout ce qu’il dit de lui est vraiment très encourageant [ndt: cf. Mgr Prevost, évêque au Pérou: un beau portrait].
Mais nous pouvons commenter quelques paragraphes de l’homélie de la messe d’inauguration et ce qu’il a dit aux représentants des différentes religions lundi.
Avec une intensité variable, ces discours ont causé une certaine déception à beaucoup de mes amis et à moi-même, surtout parce que nous attendions davantage, mais on ne peut pas demander des miracles.
Je pense qu’il convient de souligner les aspects positifs de ces deux textes, qui sont nombreux et très précieux. Le problème que je constate, c’est que beaucoup d’entre nous souffrent du syndrome du « chien errant » : nous avons été tellement battus pendant douze ans que nous ne faisons plus confiance à personne et que nous grognons contre tous ceux qui s’approchent de nous pour nous caresser le dos. Ainsi, nous risquons de devenir incapables de reconnaître ce qui est bon et précieux.
Commençons par l’homélie.
J’ai été très frappé par la façon dont l’agence Reuters, qui n’est pas franchement catholique, a titré son article : «
Le pape Léon XIV a commencé son règne en tendant la main aux conservateurs qui se sentaient orphelins sous son prédécesseur, en appelant à l’unité, en promettant de préserver le patrimoine de l’Église catholique et en s’engageant à ne pas gouverner comme un « autocrate ».
Et je dis que cela m’a frappé parce que c’est exactement l’impression que j’ai eue en lisant le sermon : dans l’ensemble, c’était un clin d’œil aux conservateurs et, à mon avis, cela laisse entrevoir une vision de la papauté romaine plus proche de celle de Benoît XVI et du premier millénaire que de l’ultramontanisme si cher aux traditionalistes récalcitrants et aux bergogliens.
Voyons ce paragraphe :
À Pierre, donc, est confiée la tâche « d’aimer encore plus » et de donner sa vie pour le troupeau. Le ministère de Pierre est précisément marqué par cet amour oblatif, car l’Église de Rome préside dans la charité et sa véritable autorité est la charité du Christ. Il ne s’agit jamais d’attraper les autres par la soumission, par la propagande religieuse ou par les moyens du pouvoir, mais il s’agit toujours et uniquement d’aimer comme Jésus l’a fait. Lui, affirme l’apôtre Pierre lui-même, « est la pierre que vous, les bâtisseurs, avez rejetée, et qui est devenue la pierre angulaire » (Ac 4, 11). Et si la pierre est le Christ, Pierre doit paître le troupeau sans jamais céder à la tentation d’être un leader solitaire ou un chef qui se place au-dessus des autres, s’appropriant les personnes qui lui ont été confiées (cf. 1 P 5,3) ; au contraire, il lui est demandé de servir la foi de ses frères, en marchant avec eux ».
.
https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/homilies/2025/documents/20250518-inizio-pontificato.html
Si nous prêtons attention à ce que j’ai souligné en gras, nous voyons que le pape dit : « Je ne serai pas un autre François », car la caractéristique du pontificat précédent était justement celle d’un chef placé au-dessus de tous, qui n’écoutait personne et ne consultait personne – même s’il nommait une commission par semaine – et se constituait en maître de l’Église. Il suffit de rappeler les exemples de ce qui est arrivé à tant de cardinaux, d’évêques et de prêtres qu’il a dépossédés de leurs sièges et relégués au grenier des objets inutiles simplement parce qu’ils ne lui plaisaient pas.
Mais, à mon avis, cela va beaucoup plus loin, car il affirme que le pape de Rome préside « dans la charité » les Églises, et qu’il n’est pas un despote. En d’autres termes, il est le garant de l’unité, mais il n’est pas le propriétaire de l’Église ni des Églises locales. Dans ce blog, nous nous sommes consacrés pendant des années à discuter de la nécessité d’une reformulation de la papauté qui, à mon avis, a subi une atrophie pendant le pontificat de Pie IX, qui a atteint son paroxysme avec Bergoglio. Les papes postérieurs au Concile Vatican I ont créé le laboratoire du docteur Frankenstein, l’ont équipé et peint ; il ne manquait plus que le monstre naisse, ce qui s’est produit le 13 mars 2013.
Cette refonte de la papauté romaine, qui a plus à voir avec la doctrine et la pratique du premier millénaire qu’avec les déformations survenues au cours du second, lorsque l’équilibre fourni par l’Église orientale avait déjà été perdu, est liée à ce que Léon XIV a dit lundi aux représentants des différentes religions qui avaient assisté à son intronisation:
Alors que nous marchons vers le rétablissement de la pleine communion entre tous les chrétiens, nous reconnaissons que cette unité doit être une unité dans la foi.
.
En tant qu’évêque de Rome, je considère comme l’un de mes devoirs prioritaires la recherche du rétablissement de la pleine et visible communion entre tous ceux qui professent la même foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
.
https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/speeches/2025/may/documents/20250519-altre-religioni.html
Un point qui peut passer inaperçu et que François n’aurait jamais dit : l’unité doit se faire dans la foi. Pour que les Églises chrétiennes s’unissent, elles doivent professer la même foi. Et cela, qui semble évident pour la plupart d’entre nous, ne l’est pas pour les œcuménistes des dernières décennies, pour qui l’unité repose sur une sorte de fraternité diffuse et indéfinie. Cela n’implique pas, bien sûr, qu’on ne puisse pas parler de fraternité universelle (en italien, il y a une différence entre fraternità et fratellanza), même si je n’aime pas cela, mais le pape Léon ne suggère nulle part que cette fraternità implique une unité religieuse, ce qui était le cas avec François.
D’autre part, je trouve encourageant que le pape soit pleinement conscient de son devoir en tant qu’évêque de Rome : faire en sorte qu’il soit le lieu de communion de tous ceux qui professent la foi trinitaire. Qui sont-ils ? Pour être honnête, seuls les orthodoxes et les autres Églises orientales. Les protestants continuent peut-être à dire qu’ils croient en un Dieu trinitaire, mais tout le monde sait que dans la pratique, ils ont cessé de le faire depuis longtemps. Que le pape s’occupe et s’efforce de faire en sorte que les deux Églises apostoliques, occidentale et orientale, retrouvent l’unité perdue il y a près de mille ans, me semble une nouvelle formidable et porteuse d’espoir, surtout quand on sait que, comme il le dit lui-même, cette unité dans la foi se réalisera dans la reconnaissance du pape de Rome comme celui qui préside dans la charité – et non comme le maître – de toutes les Églises.
En résumé, ne nous précipitons pas, ne demandons pas l’impossible, prêtons davantage attention à ce qu’il fait qu’à ce qu’il dit et soyons patients.

0 commentaires