Une interview du cardinal Duka.

24 Mai 2025 | Nouveau pape

Nous avons déjà rencontré l’archevêque émérite de Prague dans ces pages (voir ICI) comme un défenseur infatigable de Benoît XVI, auquel il avait encore rendu visite dans les derniers mois de sa vie terrestre, en mars 2022 (L’archevêque de Prague, le cardinal Dominik Duka, en visite chez Benoît XVI).
Ayant dépassé les 80 ans canoniques, il n’a pas participé au conclave, mais il est venu à Rome pour rencontrer le nouveau Pape avec le collège des cardinaux.
Répondant ici aux questions de Nico Spuntoni, il esquisse à grands traits les défis qui attendent le Pape – gender, liberté religieuse, la Chine, la nouvelle administration américaine -, et il dit (et je pense que ce n’est pas par simple courtoisie) tout le bien qu’il en pense.

Duka : Lutter contre le gender, une priorité pour le nouveau pape

Nico Spuntoni
lanuovabq.it/it/duka-contrastare-il-gender-una-priorita-per-il-nuovo-papa

L’archevêque émérite de Prague parle d’évangélisation et de renaissance de la catéchèse mais ne cache pas les dossiers chauds qui attendent Léon XIV, du dossier chinois aux dérives synodales allemandes en passant par les idéologies arc-en-ciel, dans lesquelles il voit une continuation du communisme

Le cardinal Dominik Jaroslav Duka est un dominicain qui aime parler clairement et sans trop de fioritures. Archevêque émérite de Prague depuis 2022, il n’a pas participé au dernier conclave mais est venu à Rome pour la première rencontre de Léon XIV avec le sacré collège. Duka ne s’est pas dérobé aux questions de la Nuova Bussola Quotidiana sur les dossiers les plus chauds du nouveau pontificat. 

Eminence, êtes-vous satisfaite du nouveau pape ?

Oui, je pense qu’un homme compétent a été élu, et qu’il vient du continent où vit aujourd’hui la majorité des catholiques. Nous, Européens, ne représentons que 10 % de la population mondiale ! En outre, en tant que prieur général des Augustins, il a eu l’occasion de visiter des couvents dans le monde entier et de connaître à fond l’Église universelle. Ici, en République tchèque, par exemple, il est venu au moins dix fois.

Avez-vous appris à le connaître ?

Bien sûr. Nous avons concélébré une messe le 30 juin 2012 au monastère de St Dobrotivá pour les victimes de la dictature communiste. Ce monastère augustinien a été liquidé dans le cadre de l’opération K, par laquelle les communistes ont fermé les couvents de Tchécoslovaquie en 1950 et interné les religieux. 

Quelles devraient être les priorités de son pontificat ?

En premier lieu, l’évangélisation. Ensuite, je pense qu’il faut relancer la catéchèse. Dans les paroisses comme dans les écoles, la situation est catastrophique et il y a de grandes différences d’un continent à l’autre. En République tchèque, il y a un énorme problème dans les écoles et c’est l’idéologie du gender. Cette idéologie n’est rien d’autre qu’une conséquence et une continuation du jacobinisme et de l’idéologie communiste. Il n’y a aucune possibilité de coopération avec ceux qui la soutiennent.

En tant que personne ayant connu les souffrances du communisme, pensez-vous qu’il s’agit d’une menace dépassée ?

La vision du communisme en tant que religion est morte. Il y a plutôt le problème de son évolution vers le progressisme moderne. Après Hegel et Marx vient Freud, le temps des grandes utopies qui voudraient tout changer et faire de l’homme une machine sans connaissance.

Regardons à l’intérieur de l’Eglise : le résultat du progressisme extrémiste, ce sont des processus comme le synode en Allemagne. Quelle idée vous faites-vous de la voie synodale et de ses ramifications?

Le Comité synodal allemand ressemble à une continuation du Kulturkampf du chancelier Bismarck. Dans ce Comité synodal avec un président laïc et des évêques et des membres laïcs en nombre égal, je vois une forme de dictature contre l’Église. Et j’espère que Léon XIV interviendra. Je pense qu’il dira non au processus allemand.

D’autre part, en ce qui concerne l’accord sur la nomination des évêques avec Pékin, comment le nouveau pape devrait-il agir ?

Je pense qu’il est nécessaire de changer la situation sur ce point également. Ce qui se passe en Chine me rappelle ce qui se passait en Europe de l’Est à l’époque du communisme. L’Ostpolitik de Casaroli n’était pas positive, tout au plus a-t-elle pu freiner la grande persécution, mais en même temps elle a empêché l’Eglise de se développer au-delà du rideau. En fin de compte, ce qui compte, c’est l’expérience réelle : celle que nous, catholiques d’Europe de l’Est, avons vécue à l’époque et celle que les catholiques chinois vivent aujourd’hui. Je dois dire que même sur ce sujet, l’atmosphère était bonne lors de notre première rencontre avec Léon XIV. Et le cardinal Fernando Filoni a fait un très, très bon discours sur la question de l’accord Saint-Siège-Chine.

Pensez-vous que l’administration Trump pourrait se révéler être un allié du Saint-Siège dans la défense de la liberté religieuse dans le monde ?

Il y a quelques mois, lors de la conférence de Munich, le vice-président J.D. Vance a prononcé un discours plein d’espoir, traçant une perspective pour la défense de la liberté réelle et des vertus humaines et chrétiennes. En ces termes, il existe une possibilité de coopération, comme à l’époque de Jean-Paul II.

Le conclave a été de courte durée….

Vous voyez ? La réalité est que l’Église est unité dans la vérité du Christ, et non pas comme le disent les médias.

… pourtant, lors du pré-conclave, le Sacré collège n’a pas caché les difficultés dues à la méconnaissance mutuelle. Y a-t-il une suggestion que vous auriez envie de faire à Léon XIV concernant la composition du Collège des cardinaux ?

La mondialisation du Collège des Cardinaux était une nécessité et c’est très bien. Mais il est également nécessaire de réaliser qu’il existe des sièges épiscopaux très importants et de donner le poids nécessaire à la position de chaque Église. Par exemple, je crois que la présence de représentants des Églises orientales dans le Sacré collège est fondamentale. Il serait juste, pour n’en citer qu’un, que le grand chef de l’Église gréco-catholique ukrainienne, Sviatoslav Shevchuk, devienne cardinal.

Il semble que Léon XIV retournera vivre dans le palais apostolique. En seriez-vous heureux ?

Oui. La tradition est très importante, non seulement pour l’Eglise, mais aussi dans la vie courante. En République tchèque, les progressistes disent que le Château de Prague ne devrait plus être le siège du président. Mais ces bâtiments ne sont pas seulement des symboles, ils représentent la continuité.

Je dois dire que j’aime beaucoup le début de Léon XIV, mais je ne suis pas surpris, après tout il est un ancien élève de « notre » université (dominicaine, ndlr), l’Angelicum !

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