A ceux qui avaient des cailloux (et même des rochers) dans leurs chaussures.

27 Mai 2025 | Nouveau pape

François est mort, place à Léon XIV.
Il est évident qu’une page se tourne. Espérons que c’est pour le meilleur, ce n’est en tout cas pas pour le pire! C’est plutôt un soulagement pour beaucoup.
L’écrivain catholique Rino Cammilleri, (dont j’ai connu et apprécié la plume acérée grâce à la NBQ et que je suis encore sur son blog « Antidoti », recueil de très brèves réflexions savoureuses sur l’actualité), n’avait jusqu’à présent, à ma connaissance, rien dit sur François.
C’est chose faite et ça fait du bien.

AVEC LEON XIV, L’ÉGLISE TOURNE LA PAGE

Ils sont nombreux les cailloux (ou les rochers ?) qui sortent de pas mal de chaussures avec l’arrivée du nouveau pape.

Rino Cammilleri

www.bastabugie.it
(Messa in latino)

Après avoir enterré Bergoglio et élu le nouveau Pape, petit à petit, les cailloux commencent à sortir des chaussures. Dès le début (signe qu’on n’en pouvait plus), le cardinal doyen a réglé le problème de Sainte Marthe, que l’ancien pape avait élevée au rang de résidence papale sur un coup de tête purement personnel. En mettant dans le pétrin ceux qui y étaient et qui devront désormais y retourner en dépensant pour des rénovations.

Les appartements papaux historiques avaient été aménagés au fil des siècles dans un but précis et étaient donc, par définition, beaucoup mieux adaptés à cet objectif. Le doyen l’a joué romantique en rappelant que les fidèles, voyant la lumière allumée à la fenêtre du pape, étaient réconfortés par le fait que le père commun travaillait et veillait sur eux.

Interrogé sur le choix révolutionnaire de sa résidence, Bergoglio avait expliqué qu’il n’aimait pas être seul. Comme s’il ne pouvait pas avoir toute la compagnie qu’il voulait dans les antiques locaux.

Mais le clergé, comme les carabiniers, a l’habitude d’obéir en silence, or qui sait quels grincements de dents les coups de tête du pape argentin auront suscités.

Peu ont osé protester contre les nouveautés (même doctrinales), certains à voix basse, d’autres à voix haute. Mais il n’a pas répondu aux premiers et a repoussé les autres.

Les chaussures noires, a-t-il dit, c’est parce qu’il avait mal aux pieds. Comme si le cordonnier du Vatican n’avait pas pu lui fabriquer des chaussures rouges orthopédiques. La papamobile, il l’a donnée aux gazaouis, et Prevost doit maintenant en acheter une autre. En fait, Léon XIV a remisé au garage les camionnettes bergogliennes et, pour l’instant, repris le SUV.

François I [sic!] s’est présenté lors de son élection sans les parements et avec un «buona sera» inédit. Le nouveau pape a endossé l’antique mise et, pour ne pas que son prédécesseur fasse mauvaise figure, il a opté pour un liturgique «La paix soit avec vous» au lieu du classique « Loué soit Jésus-Christ ». Il a ajouté que c’est ce que le Christ ressuscité a dit aux apôtres.

Interrogé (il adorait les interviews) sur le programme de son pontificat naissant, François déclara textuellement : « Je rêve d’une Église pauvre pour les pauvres ».

Quelqu’un a fait remarquer à juste titre que le pire malheur pour les pauvres serait précisément une église pauvre, puisque seul le Christ a pu multiplier les pains.

Mais il y a beaucoup de cailloux qui sortent de pas mal de chaussures, dont certains sont aussi gros que des rochers. Comme celui-ci : Bergoglio a beaucoup voyagé mais n’a jamais voulu se rendre dans son Argentine natale, contrairement à ses deux prédécesseurs non italiens. Pourquoi ? Eh bien… attendons les cailloux.

Et aussi sa prédilection, quasi obsessionnelle, pour les « migrants » : quelque mauvaise langue insinue que, le déficit financier du Vatican étant grave, l’« accueil » servait au moins d’amortisseur. Les plus grosses offrandes, en effet, viennent des USA et de l’Allemagne, mais dans ce dernier pays, la fuite continuelle des fidèles taxés (en Allemagne, luthériens et catholiques paient un impôt à leurs confessions respectives), et la dérive pro-Woke de l’épiscopat ont mis le Vatican dans un dilemme inextricable ; les catholiques américains sont changeants, ils votaient à gauche mais votent maintenant à droite, donc insister encore sur l’« accueil » risque de contrarier Trump et Vance, que Prévost avait déjà critiqué à ce sujet.

Mais ça, c’est l’avenir.

Le passé, c’est au contraire, pour ceux qui ont des cailloux dans leurs chaussures, un pape populiste à l’extérieur et despotique à la maison, qui s’est entouré de bénis-oui-oui et a forcé les cardinaux à porter la Pachamama sur leurs épaules, travaillant à façonner une Église à son image et à sa ressemblance ; un « hôpital de campagne », en fait une ONG plus grande que les autres et avec de l’argent même de la part de ceux qui étaient d’un autre avis.

Le Pape Prevost, d’après ses premiers gestes, semble vouloir réparer (c’est-à-dire restaurer la beauté, comme disait Ratzinger) mais sans bousculer les choses pour ne pas paraître « conservateur ».

Certes, la situation générale n’est pas des meilleures, mais, comme le disait un Ratzinger souriant interrogé par un Messori inquiet, « l’Eglise n’est pas à moi, elle est à Jésus-Christ, il s’en occupera ».

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