Des vacances studieuses pour Léon XIV

8 Juil 2025 | Actualités

Dimanche, après l’Angelus, le Pape a quitté la touffeur estivale romaine pour se rendre à Castelgandolfo, où il séjournera pendant deux semaines. Une décision très attendue, qui n’est pas que de pure forme, et qui prouve que, même sans renverser la table, Léon XIV n’a pas l’intention de se comporter comme un clone de son prédécesseur (n’en déplaise aux grincheux, jusqu’ici, il fait un sans -faute) .
Outre l’aspect symbolique, ce sera plus un dépaysement que des vacances au sens strict, une montagne de travail attend le Pape, très « guetté » de toutes parts sur les nombreux chantiers ouverts par ce début de pontificat après le chamboulement bergoglien.
Premier de ces chantiers, en attendant les nominations cruciales à la Curie, une encyclique « sur les pauvres » (selon les rumeurs) complétant une ébauche de François, censée marquer (ma non troppo) une continuité entre les deux pontificats (à l’instar de la première encyclique de ce dernier, Lumen Fidei, en 2013, qui mettait un point final à un texte de Benoît XVI…)

Leone XIV à Castel Gandolfo avec une encyclique dans ses bagages

Nico Spuntoni
La NBQ
8 juillet 2025

La Presse (AP Photo/Andrew Medichini)

12 ans après, le pape revient séjourner parmi les Castellani [habitants de Castel Gandolfo], rétablissant ainsi la coutume interrompue par François. Deux semaines de repos, mais aussi de réflexion et de décisions pour prendre les mesures et tracer la voie de son pontificat.

Les grilles des villas pontificales de Castel Gandolfo se sont à nouveau ouvertes pour l’arrivée du pape. François avait décidé de les snober et, à ceux qui lui demandaient des explications, il répondait en privé qu’il n’était pas « un prince de la Renaissance ». Prevost, qui avait été séduit par la beauté et la tranquillité de ces lieux lors d’une visite quelques mois avant son élection, n’a pas hésité à rétablir la tradition des vacances d’été au lac Albano.

La résidence papale aux Castelli a connu sous le pontificat de Bergoglio un déclin comparable à celui de la période entre la prise de Rome [1870] et la signature des accords du Latran [1929]. À l’époque, des motivations politiques avaient été déterminantes, tandis que ces douze dernières années, les raisons étaient purement personnelles.

Léon XIV, comme Pie XI dans les années 1930, s’est rendu en personne sur place pour suivre les travaux de restauration rendus nécessaires par la période d’abandon. Il a choisi la Villa Barberini comme résidence, tandis que le Palais apostolique restera pour l’instant un musée ouvert au public. Dans les villas pontificales situées à 20 km de Rome, le pape pourra à nouveau jouer au tennis et nager dans la piscine (rénovée) où Jean-Paul II avait été photographié.

Prevost se confirme comme un pape déterminé à rester avant tout un homme. Dans le même temps, pourtant, Léon XIV prend les mesures, pour tracer la voie de son pontificat. Il a en tête la première encyclique qu’il aimerait publier à la fin de l’été. Selon nos informations, un projet sur lequel travailler a déjà été identifié. Il s’agit d’un texte sur les pauvres qui avait été préparé sous le pontificat précédent.

C’est un sujet qui lui tient à cœur et qui pourrait être la solution la plus simple pour offrir aux fidèles une encyclique en septembre, mais il n’est pas exclu qu’il y ait des changements pendant le buen retiro de Castel Gandolfo.

Une préoccupation qui accompagne Léon XIV après douze ans d’un pontificat si polarisant est justement celle de ne pas apparaître comme un clone de son prédécesseur. Et le souci des pauvres, à l’origine même du nom pontifical de François, rappellerait inévitablement le pape défunt.

Prevost respecte sa mémoire, mais il est conscient qu’il y a plus d’une chose à corriger. Dans le toto-nomine [jeu de pari sur les nominations], l’absence de nomination de son successeur à la tête du dicastère pour les évêques continue de susciter l’intérêt. Mais ceux qui pensent que cette attente équivaut au maintien du statu quo se trompent : Léon a en effet déjà remédié à une anomalie héritée de son prédécesseur, qui s’était attribué le choix des évêques d’Italie et d’Argentine. L’Augustinien de Chicago avait fait l’expérience directe de cette méthode de travail qui conduisait François à prendre ses décisions principalement par l’intermédiaire de son secrétaire, Mgr Ilson de Jesus Montanari. Devenu pape, Prevost a rétabli la normalité en ramenant la juridiction des dossiers italiens et argentins à la plénière compétente du dicastère.

Souriant mais imperturbable, Léon n’a fait aucune promesse car, bien qu’il fût parmi les papabili, il ne s’attendait pas à être élu. Il a donc désormais les mains libres pour révolutionner la Curie ou bien se limiter à un léger « rafraîchissement ». Pau probable, toutefois, qu’il maintienne tout en l’état, compte tenu du nombre important de préfets ayant atteint l’âge de la retraite.

L’Augustinien est un matheux et tient à ne pas faire de mauvais calculs. C’est pourquoi le poste de son successeur au dicastère des évêques reste vacant.

Parmi les suggestions qui circulent, il y a celle de la nomination du Philippin Luis Antonio Tagle, avec l’ex-Propaganda Fide [Tagle est actuellement Préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples] à offrir à Pietro Parolin comme cadeau d’adieu de la Secrétairerie d’État. Mais ce ne sont que des hypothèses pour l’instant, car en deux mois, aucun nom n’a filtré de l’Appartement ni du complexe du Saint-Office.

À la Villa Barberini, entre les jardins verdoyants et la vue sur le lac, le Souverain Pontife aura l’occasion de prendre une décision définitive sur sa première encyclique et de commencer à réfléchir aux nominations les plus attendues. En attendant, son retour dans la petite bourgade et le transfert de la communauté vaticane qui l’accompagne entre la Villa Barberini et la Villa Cybo ont déjà suffi à remplir de joie le cœur des Castellani.

0 commentaires

Vous aimerez aussi

Quand Trump s’en prend aux « communistes » (Veneziani)

Une trumpade de plus, diront ses détracteurs. Et que Trump soit un anti-communiste "primaire" n'étonnera personne.Le 3 juillet dernier, à l'occasion des célébrations pour le 250ème anniversaire de l'indépendance des Etats-Unis, Donald Trump a lancé, depuis le cadre...

L’archipel de la foi (Veneziani)

Lorsque l’unité d’un monde vole en éclats, il faut accepter l’idée que ses îles, ses fragments, forment comme un archipel. Il existe, certes, une île mère qui les gouverne, mais il faut accueillir les diversités au sein d’un archipel de la foi, entre des îles plus...

Share This