Léon XIV et l’environnement. En attendant l’encyclique…

14 Juil 2025 | Actualités

Le 9 juillet, Léon XIV a célébré en forme privée (ce qu’on peut éventuellement considérer comme un « service minimum ») la première Messe pour la sauvegarde de la Création dans le Borgo Laudato si’ (une initiative de François, saluée par son successeur), à Castelgandolfo.
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Dans son homélie, parmi de très belles pensées, le pape a invité à prier « pour la conversion de nombreuses personnes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église, qui ne reconnaissent toujours pas l’urgence de prendre soin de notre maison commune ».
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De quoi faire « tiquer » ceux qui regrettent que l’Eglise interfère dans un domaine qui ne concerne pas directement la foi, et sur un sujet qui n’est à ce jour pas une certitude établie scientifiquement comme absolue (voir par exemple, l’article de Phil Lawler, qui pose de bonnes questions).
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Pour Andrea Gagliarducci, cette célébration montre que Léon XIV n’a pas l’intention d’ « archiver » l’ère bergoglienne, mais au contraire d’en recueillir l’héritage, au moins en ce qui concerne l’écologisme -peut-être pour en corriger les excès et redresser les interprétations déviantes?
On l’espère. L’Encyclique annoncée nous en dira certainement plus.

Au début de la Messe, nous avons prié pour la conversion, pour notre conversion. Je voudrais ajouter que nous devons prier pour la conversion de nombreuses personnes, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Eglise, qui ne reconnaissent pas encore l’urgence de sauvegarder la maison commune.

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Un grand nombre des catastrophes naturelles auxquelles nous assistons dans le monde, presque tous les jours dans de nombreux lieux, sont causées en partie également par les excès de l’être humain, avec son mode de vie. C’est pourquoi nous devons nous demander si nous-mêmes vivons ou non cette conversion: il y en a tant besoin!

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Ayant dit cela, j’ai également une homélie que j’avais préparée et que je partagerai avec vous, je vous demande un peu de patience: il y a certains éléments qui aident vraiment à poursuivre la réflexion ce matin, en partageant ce moment familial et serein, dans un monde qui brûle, tant en raison du réchauffement terrestre qu’en raison des conflits armés, qui rendent le message du Pape François dans ses Encycliques Laudato si’ et Fratelli tutti très actuel.

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Nous pouvons nous retrouver précisément dans l’Evangile que nous avons écouté, en observant la peur des disciples dans la tempête, une peur qui est celle d’une grande partie de l’humanité.

Mais au cœur de l’année jubilaire nous confessons — et nous pouvons le dire plusieurs fois: il y a de l’espérance! Nous l’avons rencontrée en Jésus. Il calme encore la tempête. Son pouvoir ne perturbe pas, mais crée; il ne détruit pas, mais fait exister en donnant une nouvelle vie. Et nous aussi, nous nous demandons: «Quel est celui-ci, que même les vents et la mer lui obéissent?» (Mt 8, 27).

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Léon XIV, 9 juillet 2025
https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/homilies/2025/documents/20250709-omelia-custodia-creazione.html

Léon XIV et l’encyclique à venir

Les deux premiers mois du pontificat de Léon XIV nous ont appris que certains des processus engagés par le pape François sont irréversibles.

Ils peuvent être redessinés, mais pas inversés.

Et l’un de ces processus est l’accent qu’il met sur les questions environnementales.

Andrea Gagliarducci
Monday Vatican
14 juillet 2025 ·

Le père Alejandro Moral, supérieur des Augustins, a révélé la semaine dernière dans une interview accordée à Il Messaggero que Léon XIV travaillait à la structure de sa première encyclique.

La grande question est de savoir si le pape suivra l’inspiration qui vient de son nom et consacrera donc la première encyclique de son pontificat aux questions sociales, ou s’il suivra la ligne de ses premiers mots au début de son pontificat, lorsqu’il a fermement établi la nécessité de disparaître pour laisser place au Christ.

Bref : s’agira-t-il d’une encyclique sociale ou spirituelle ? Les deux ne s’excluent pas mutuellement et peuvent être liées l’une à l’autre. Beaucoup dépendra toutefois de la structure précise que Léon donnera au document et de la manière dont il présentera ses priorités.

Les deux premiers mois du pontificat de Léon XIV nous ont appris que certains des processus engagés par le pape François sont irréversibles. Ils peuvent être redessinés, mais pas inversés. Et l’un de ces processus est l’accent qu’il met sur les questions environnementales.

Or, le pape François n’a rien inventé de nouveau en mettant l’accent sur la gestion responsable de la création. L’Église s’est toujours préoccupée de cette question. Benoît XVI, d’ailleurs, a été surnommé « le pape vert » par les médias catholiques et laïques en raison de l’attention qu’il portait aux questions écologiques. Le travail théologique était déjà fait lorsque François a donné une impulsion pastorale à cette question.

Le pape François a porté l’attention de l’Église sur l’écologie à un autre niveau. L’encyclique Laudato Si’ [2015] et l’exhortation Laudate Deum [2023] s’appuient toutes deux sur une série de données, de chiffres et de statistiques provenant d’agences des Nations unies. Dans la pratique, le pape François a lié la préoccupation écologique à des questions politiques et multilatérales.

Laudato Si’, en tant qu’encyclique, comprend un cadre nécessaire de doctrine sociale. Cependant, les passages les plus cités dans les forums internationaux sont précisément ceux qui confirment les positions mainstreaml, tandis que les positions de l’écologie intégrale sont minimisées.

Par exemple, peu rappellent que Laudato Si’ comprend une défense de la vie depuis la conception jusqu’à la mort naturelle, qu’elle attaque la culture du rejet, y compris en termes de rejet des vies humaines, et qu’elle adopte une approche d’écologie intégrale qui place l’être humain au centre.

Laudate Deum, en tant qu’exhortation, a plutôt été présentée comme une mise à jour des données scientifiques, ce qui était normal, car les Nations Unies mettent leurs données à jour en permanence. Mais c’était précisément là le problème : un document papal pouvait-il être lié uniquement à des données contingentes ?

Du reste, il ne s’agissait pas d’un document répondant à une situation grave avec une structure théorique solide (pensons à l’encyclique de Pie XI contre le nazisme, Mit Brennender Sorge, ou aux messages radio de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale). Il s’agissait plutôt d’un document qui reprenait le point de vue des organisations internationales, qui relient rarement le problème écologique à l’être humain. En fait, l’être humain est souvent considéré comme le problème.

Cependant, douze ans de pontificat ont donné naissance à un mouvement écologique qui semble parfois adopter un environnementalisme sans nuances, et détaché du fond bien humain que François cherchait en fin de compte à lui donner, en ne traitant que les questions les plus politiques et les plus médiatiques.

Et parmi les initiatives liées à cet environnementalisme figure une messe spéciale pour la protection de la création.

Léon XIV a maintenu ce processus, l’a approuvé et a célébré la première messe avec cette formulation spéciale en privé au Borgo Laudato Si à Castel Gandolfo. Dans son homélie, il a déclaré que

« Dieu nous a donné la création comme un don à protéger, et non comme une proie à exploiter ».

Il a ensuite demandé à Dieu d’accorder la conversion de ceux qui ne voient pas le problème écologique.

Le Pape a également évoqué l’appel des chrétiens à prendre soin de la création, déclarant:

« Quand nous regardons la beauté de la terre, nous comprenons que Dieu ne l’a pas créée par nécessité, mais par amour. La création est née de sa bonté débordante, et chaque créature porte en elle un reflet de sa gloire »

Et il a ajouté :

« Aujourd’hui, cependant, cette gloire est blessée par nos choix irresponsables. La création souffre et gémit, comme le dit saint Paul, et les personnes en situation de pauvreté souffrent avec elle. Nous ne pouvons plus ignorer le cri de la terre et le cri des pauvres, car ils sont un seul cri qui monte vers Dieu ».

L’homélie du pape, en somme, n’a pas mis le pape François de côté, et les références à Laudato Si’ ont été nombreuses à l’occasion de son dixième anniversaire.

Cependant, [l’homélie] a également mis un accent particulier sur la question de la création, plutôt que sur l’acte de création lui-même [??].

Sur ces questions, Léon XIV a adopté une approche prudente: il n’a pas rompu avec le pontificat de François, mais il s’est reconnecté à un courant profond de la pensée catholique. Il a rompu avec l’idée que le pontificat du pape François était une rupture.

La question est donc la suivante : la révolution écologique du pape François est-elle un processus irréversible ? Léon XIV ne semble pas prêt à faire marche arrière sur cette question, mais il a également cherché à renouveler son orientation spécifiquement catholique et anthropologique.

Il convient également de noter que le formulaire de la messe a été utilisé lors d’une célébration privée, et on ne sait pas si cette célébration sera répétée en public.

La manière dont Léon XIV structurera sa première encyclique sera donc très révélatrice. Après deux mois, son pontificat reste un équilibre entre éléments de continuité et de discontinuité. Ce n’est pas un pontificat de restauration, mais il restaure beaucoup de choses. Ce n’est pas un pontificat de rupture avec son prédécesseur, mais il renoue avec la tradition.

Certains processus déjà engagés resteront inchangés, mais il reste à voir comment ils seront redéfinis, redessinés et réinterprétés par Léon XIV. Sa première encyclique sera un signal clair à cet égard.

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