Le gâchis de la LGBT Pride: que savait le Pape?

9 Sep 2025 | Actualités

Le reportage-commentaire de Nico Spuntoni pour la NBQ. En gros, tout aurait pu être évité si les responsables de la communication du Saint-Siège, habitués aux ruses et aux non-dits de l’ère bergoglienne, avaient fait leur travail, puisqu’ils avaient été informés à l’avance (ou avertis avec insistance) de ce qui risquait d’arriver… et qui est bel et rien arrivé.
Il n’empêche: le Pape était forcément au courant, et ne pouvait ignorer le danger d’instrumentalisation. C’est délibérément qu’il a choisi de ne pas opposer son veto – même si, clairement, il n’a pas non plus donné son appui

(…) le signal « politique » que certains voulaient attribuer au « oui » du pape au pèlerinage arc-en-ciel n’a pas eu lieu. Ceux qui ne raisonnent pas en termes partisans peuvent percevoir dans l’attitude du pape une volonté de relativiser le tapage médiatique autour de ce dossier

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Léon, dans la mesure de ses moyens, tente d’échapper à un certain discours qui voudrait le tirer par la soutane pour le conduire vers des positions plus médiatiques qu’ecclésiastiques.

Gay pride à Saint-Pierre, ce gâchis aurait pu être évité

Nico Spuntoni
La NBQ
9 septembre 2025

Une croix arc-en-ciel pour franchir la Porte Sainte, un sac à dos proclamant « fuck the rules », un exhibitionnisme prévisible par tous, sauf par ceux qui auraient dû veiller à éviter toute instrumentalisation. Pas de coup de pouce papal, mais la machine vaticane semble ancrée dans les vieux mots d’ordre et les silences équivoques.

Dans le calendrier des événements du Jubilé, il a été inscrit comme « pèlerinage de l’association La Tenda di Gionata [La Tente de Jonathan] et d’autres associations », mais derrière ce nom qui ne dit pas grand-chose au lecteur se cache l’un des thèmes les plus controversés du débat ecclésial contemporain. Dans le jargon journalistique, il a en effet été immédiatement rebaptisé « Jubilé LGBT » et on en a parlé dans les médias du monde entier pendant au moins deux semaines.

Mais manifestement, le très coûteux Dicastère pour la communication ne doit pas s’en être aperçu, puisqu’il persiste à garder un silence de plomb sur cet événement. Et ce, malgré la polémique suscitée par les images de l’entrée d’un millier de pèlerins dans la basilique Saint-Pierre le 6 décembre dernier.

foto Mauro Scrobogna / LaPresse

On savait depuis longtemps que cet événement jubilaire serait plutôt controversé, à tel point qu’après avoir été initialement inscrit au calendrier officiel, il en avait été retiré avant d’être finalement rétabli.

Au bout du compte, ce qui était largement prévisible en l’absence de tout contrôle s’est produit : les participants au pèlerinage, au lieu de suivre la croix du Jubilé 2025 réalisée par Riccardo Izzi et mise à la disposition de tous les groupes, ont franchi la Porte Sainte de la basilique derrière une croix arc-en-ciel.

Dans ce lieu de culte où le code vestimentaire des dizaines de milliers de visiteurs quotidiens est strictement contrôlé, un couple masculin participant au pèlerinage a été photographié avec un sac à dos proclamant « au ch.. les règles ». Ces images, qui ont fini sur les réseaux sociaux, ont provoqué l’indignation de nombreux fidèles à travers le monde et ravivé la polémique sur l’opportunité de cet événement jubilaire controversé.

Bref, un scénario trop prévisible qui a « terni » l’image du pontificat de Léon XIV.

Il est triste de penser que tout cela aurait pu être facilement évité si les responsables avaient fait preuve d’intelligence et de prudence. Et dire que la vaticaniste Diane Montagna avait même tiré la sonnette d’alarme à l’avance, en écrivant au directeur de la salle de presse Matteo Bruni pour l’avertir que l’éventuelle exposition de matériel arc-en-ciel à cette occasion pourrait « dominer le cycle de l’actualité plutôt que les canonisations ».

Bruni, comme il le fait très souvent face aux sollicitations des journalistes qui lui écrivent, a répondu qu’il vérifierait la chose, mais il a ensuite disparu. Même après avoir été interrogé par la journaliste américaine spécialisée dans les affaires vaticanes sur la possibilité de faire une déclaration au sujet de l’incident, il n’a pas répondu.

La Nuova Bussola Quotidiana lui a également écrit hier pour connaître les intentions de la communication du Vatican face au tollé suscité après le pèlerinage. Au moment où nous écrivons ces lignes, aucune réponse n’a été reçue.

Au final, Diane Montagna s’est révélé tristement prophétique car, même si cela n’a pas éclipsé la nouvelle de la canonisation de Carlo Acutis et Pier Giorgio Frassati, les événements du 6 septembre dans la basilique continuent d’être au centre de l’attention de l’opinion publique intéressée.

Au-delà des intentions réelles du pèlerinage, le message qui a été transmis en raison de la manière dont il s’est déroulé sème la confusion et jette de l’huile sur le feu. Le Iene [émission d’actualité satirique très populaire de la télévision italienne – ndt] en procession et les articles enthousiastes de Repubblica ont trahi l’espoir de Prevost de pouvoir adopter une approche plus discrète dans la gestion de la question arc-en-ciel. Ceux qui connaissent le pape depuis longtemps racontent qu’en privé, il a l’habitude de manifester sa proximité pastorale envers les personnes homosexuelles qui cherchent à suivre le Seigneur, mais qu’il n’est pas en phase avec les excès observés ces dernières années de la part de certains prélats.

En ce qui concerne le soi-disant pèlerinage LGBT, il est évident que Léon XIV en a été informé et qu’il ne s’est pas opposé à son déroulement. Cependant, à l’exception de l’audience accordée au père James Martin, il faut reconnaître qu’il a pris soin de ne pas donner d’illusions d’assist [/soutien] à ceux qui auraient probablement espéré des gestes ou des paroles pour déclencher les instrumentalisation habituelles.

La preuve en est que le pèlerinage arc-en-ciel a coïncidé avec la tenue d’une audience jubilaire sur la place Saint-Pierre. Généralement, pour ces événements qui figurent dans le calendrier officiel du Jubilé, des rencontres « baciamano » sont accordées à une délégation de pèlerins. Dans ce cas, il ne semble pas que cela ait été le cas, sinon il aurait été très difficile de garder cela secret. De plus, l’audience jubilaire coïncidait avec la messe du pèlerinage dans l’église du Saint Nom de Jésus, présidée par Mgr Francesco Savino. L’évêque de Cassano All’Jonio a pompeusement révélé que sa présence avait été autorisée par Léon lui-même et cette nouvelle a été célébrée par certains médias comme une sorte d’approbation papale. Il est vrai que le vice-président de la CEI (il y en a trois) semble avoir une très haute opinion de lui-même, mais il n’est certainement pas un préfet de Curie.

Bref, le signal « politique » que certains voulaient attribuer au « oui » du pape au pèlerinage arc-en-ciel n’a pas eu lieu. Ceux qui ne raisonnent pas en termes partisans peuvent percevoir dans l’attitude du pape une volonté de relativiser le tapage médiatique autour de ce dossier : par exemple, les chroniques « partisanes », ont fait référence aux personnes transgenres de Torvajanica qu’une religieuse (présente samedi dernier) amenait presque chaque semaine à François.

Si l’on avait retiré l’écusson d’appartenance, on aurait toutefois remarqué que ces personnes transgenres, bien que bénéficiant du soutien d’une paroisse du diocèse d’Albano, n’ont pas rencontré Léon le 17 août dernier lors du déjeuner au Borgo Laudato si’, réservé précisément aux plus démunis aidés par la Caritas diocésaine.

Auraient-elles été absentes avec François ? Difficile à croire. Léon, dans la mesure de ses moyens, tente d’échapper à un certain discours qui voudrait le tirer par la soutane pour le conduire vers des positions plus médiatiques qu’ecclésiastiques.

Le problème est que la vieille machine vaticane, habituée aux silences « sournois » de la gestion Bergoglio, semble convaincue que le pontificat de Prevost est une solution gattopardesque [il faut que tout change pour que tout reste comme avant »] dans laquelle, à part la mozzetta, tout restera comme avant.

Nous verrons si, après les quatre mois de rodage qui se sont achevés hier, Léon ressentira le besoin de démentir ces certitudes désormais bien ancrées chez certains et donc de révolutionner les secteurs les plus stratégiques de la Curie pour éviter de se retrouver à nouveau dans le broyeur des polémiques et des instrumentalisation pour des fautes qui ne sont pas les siennes.

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