Gaza, reconnaissance de la Palestine: le cardinal Pizzaballa parle

22 Sep 2025 | Actualités

Le Patriarche Latin de Jérusalem, comme nous l’avons souvent répété ici, est une voix autorisée dans l’Eglise, et dans le monde en général, par sa position dans la hiérarchie, son aura personnelle, et son statut de témoin direct et d’acteur de premier plan en tant que représentant des Eglises chrétiennes au Moyen-Orient.
Il a accordé récemment deux interviews à des médias italiens, où il dénonce ce qui se passe à Gaza comme des faits « d’une gravité inouïe ».
Riccardo Cascioli résume dans son éditorial de la NBQ les passages les plus importants (les articles cités sont en lien plus bas)
Le Patriarche juge « disproportionnée » la réaction d’Israël, il n’est guère optimiste quant à la possibilité d’une paix (trop de haine s’est accumulée) et selon lui, c’est la société civile et non la politique qui peuvent arriver à une solution. Raison pour laquelle, tout en estimant utile la reconnaissance de l’État palestinien, il est très sceptique quant au fait que « deux peuples, deux États » soit une solution réaliste.

« Israël vit dans sa bulle (…), où il se sent comme la seule et unique victime de tout ce qui se passe. Ce qui ne permet pas d’avoir une vision lucide, claire et libre non seulement du présent, mais aussi des perspectives d’avenir ».

Le cardinal Pizzaballa en visite à Gaza en juillet dernier

Les raisons d’Israël ne justifient pas Gaza

Extraits de l’éditorial de Riccardo Cascioli

La NBQ
22 septembre 2025

(…)

Le cardinal Pizzaballa a accordé ces jours-ci deux interviews: l’une pour le festival Open et l’autre à l’hebdomadaire du diocèse de Vittorio Veneto, L’Azione,

Sur ce qui se passe à Gaza, il a déclaré à L’Azione :

« C’est d’une gravité énorme et (…) je ne comprends pas comment on peut tolérer une telle chose ».

Le patriarche reconnaît qu’il y a « des instrumentalisation » de la part du Hamas et qu’« Israël a des raisons », mais « elles ne peuvent en aucun cas justifier ce qui se passe à Gaza. Il faut le dire ».

La gravité du comportement israélien à Gaza se situe également dans une perspective d’avenir :

« Je suis bouleversé par toute la haine que cette situation engendre, éloignant de plus en plus toute perspective d’avenir de réconciliation et de guérison de ces blessures ».

Un concept réitéré dans Open :

« Même si cela s’arrêtait aujourd’hui, ce ne serait pas la fin. Nous en paierons les conséquences pendant très longtemps : les blessures, la méfiance, la rancœur et la haine resteront longtemps ».

Pour comprendre cet aspect, il est intéressant de noter ce que Pizzaballa dit à propos du sentiment de la population israélienne :

« Le désir de voir la guerre prendre fin est présent ; je pense qu’aujourd’hui, la majorité de la population est lasse de la guerre. Mais ceux qui veulent la fin de la guerre ne veulent pas nécessairement la paix avec les Palestiniens ; ce sont deux choses assez différentes » .

Ce qui vaut d’ailleurs tout autant pour les Palestiniens.

Mais un autre aspect souligné par le cardinal aide à comprendre d’où viennent certaines réactions, au minimum « la disproportion entre ce qui s’est passé le 7 octobre et la réponse d’Israël » :

« Israël vit dans sa bulle (…), où il se sent comme la seule et unique victime de tout ce qui se passe. Ce qui ne permet pas d’avoir une vision lucide, claire et libre non seulement du présent, mais aussi des perspectives d’avenir ».

Et à propos de l’avenir, le cardinal Pizzaballa soulève un deuxième point : tout en estimant utile la reconnaissance de l’État palestinien parce que « les Palestiniens ont besoin, certes, d’un soutien humain, mais ils ont aussi besoin d’être reconnus dans leur dignité en tant que peuple », il est très sceptique quant au fait que « deux peuples, deux États » soit une solution réaliste :

« La solution à deux États reste idéalement une perspective qui risque toutefois de devenir une simple déclaration, certes nécessaire. Il faudra faire preuve d’une grande créativité pour l’avenir, car toute solution devra prévoir des périodes très longues et un contexte d’opinion publique et culturel qui la comprenne. Il faudra travailler dur pour créer les conditions de toute perspective d’avenir. La solution « deux peuples et deux États » est de plus en plus éloignée en tant que possibilité ».

Un troisième point concerne les racines proches de ce qui s’est passé le 7 octobre et de tout ce qui a suivi, à savoir l’assassinat en 1995 du Premier ministre israélien de l’époque, Yitzhak Rabin, protagoniste des accords d’Oslo de 1993 avec le leader palestinien Yasser Arafat.

Son assassinat par un colon israélien, qui considérait l’accord avec les Palestiniens comme une trahison, a en effet fermé une fenêtre d’opportunité pour une solution négociée du conflit. Et, selon le cardinal, cela a déclenché un processus qui a conduit aux violences actuelles :

« Le 7 octobre est le résultat d’années de polarisation qui se sont accrues au fil du temps. L’assassinat d’Yitzhak Rabin en 1995 était déjà le signe d’une pensée radicalisée qui s’est ensuite développée, jusqu’à pénétrer les institutions. De l’autre côté, il en a été de même. L’incapacité à instaurer la confiance et à développer un langage inclusif nous a conduits au désastre actuel ».

Un dernier point doit être souligné dans la recherche d’une solution : le patriarche de Jérusalem montre une totale méfiance envers la politique et mise plutôt sur la société civile.

« Je ne perdrais pas trop de temps avec la politique. Ce qui est évident en cette période, c’est la faiblesse, voire la paralysie, des institutions politiques locales, internationales, multipolaires… je dirais même des institutions religieuses. C’est le moment de la société civile : c’est surtout là que nous devons agir et c’est à elle que nous devons nous adresser »

Et dans Open, il a encore expliqué la tâche à accomplir :

« Reconstruire un tissu social sur le territoire, créer des alliances au sein de la société civile qui maintiennent l’humanité en vie ».

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