La légende court (je n’y crois pas trop) que l’assassin de Charlie Kirk avait fait graver sur la balle qui a atteint sa cible à près de 200 mètres les mots « Bella ciao ». Allusion au chant révolutionnaire italien (1944), hymne des partisans en lutte contre le régime fasciste de Mussolini. Devenue populaire il n’y a pas si longtemps, on ne sait trop pourquoi, la chanson, qui a franchi toutes les frontières, a été promue tube planétaire, hymne des antifas, reprise par la génération décérébrée des révoltés en peau de lapin, qui seraient bien incapables d’en situer géographiquement et même chronologiquement l’origine et qui ne connaissent des paroles que le titre.
Occasion pour Miguel Cuartero, rédacteur du très beau blog « La testa del Serpente », de réfléchir sur la curieuse conception du dialogue (!!!) des vertueux combattants pour la liberté (!!!) d’aujourd’hui: la musique est un prétexte, elle ne leur sert qu’à couvrir la voix de l’ennemi haï.
Un an s’est écoulé depuis que le Parlement européen s’est élevé d’une seule voix contre le nouveau président hongrois Viktor Orban, démocratiquement élu par ses compatriotes. À la fin de son discours, dans lequel il proposait la défense des frontières européennes et le dégel démographique, les parlementaires de gauche ont entonné, en signe de protestation, « Bella ciao », un hymne partisan de la résistance contre le fascisme qui a désormais dépassé les frontières nationales.
La chanson italienne, qui évoque la chasse à l’ennemi sur son propre territoire, a traversé l’océan pour s’installer dans le cœur des plus nobles esprits démocratiques américains, mais aussi dans l’esprit des combattants fanatiques de l’extrême gauche illibérale, bras armé des bien-pensants de salon.
« Bella ciao » est entré non seulement dans le cœur et le cerveau, mais aussi dans les armes des âmes en peine préoccupées par l’avancée de l’ennemi, désigné chaque jour par les médias comme le mal absolu et le malheur universel.
Selon certaines sources, l’esprit malade de l’assassin de Charlie Kirk aurait soigneusement gravé (certainement avec l’aide d’un professionnel) sur l’une des balles l’expression « Bella ciao » ainsi que la phrase « Hey fascist, catch ! » (Hé fasciste, prends ça !).
Peu importent les idées que Kirk diffusait, tout comme peu importent les propositions d’Orban ou le contenu des discours de Trump, les projets d’Uribe, ou les actions politiques de Meloni ou Bolsonaro. Ce qui importe, ce ne sont pas les idées mais l’idéologie ; ce n’est pas l’action politique mais l’appartenance, ce n’est pas ce que l’on pense mais la pensée. Dans une synthèse enfantine et naïve (en soi très raciste), les chantres de Bella Ciao ne font pas dans la subtilité ; ils ne sont pas là pour écouter, évaluer les propositions, examiner les solutions, répliquer, raisonner ou dialoguer. Les défenseurs de la démocratie chantent « Bella Ciao » pour couvrir de leur musique la voix de l’ennemi haï.
Que Kirk ait été un « extrémiste de droite », comme les journaux se sont empressés de le résumer, ou un « chrétien fervent », comme l’affirment son entourage et les sites catholiques américains, cela n’a plus aucune importance, car le chant des bons couvre toute discussion à ce sujet.
Kirk est mort alors qu’il dialoguait avec des jeunes, et cela ne peut être un détail. Il n’a pas été tué non pas parce qu’il parlait de l’importance du dialogue avec les jeunes ou qu’il promettait de dialoguer avec les nouvelles générations, mais alors qu’il le faisait, en y mettant son visage, son corps, son cou.
Les discours politiques sont remplis de « dialogue » et de « jeunes ». Mais on trouve difficilement quelqu’un qui descende dans l’arène (ou dans l’agora pour rappeler le rôle social et politique dont Socrate s’est senti investi) pour réfléchir avec les autres aux questions urgentes et nécessaires, au-delà des appartenances et des idéologies.
Et j’en arrive ici à mon dernier point. Kirk a défendu la vie avec détermination et conviction. Il a défendu la valeur de l’enfant à naître dans le pays qui a fait de l’utérus l’endroit le plus dangereux pour ses citoyens. Il a défendu le caractère sacré de la vie sans craindre de nommer Dieu dans ces temples du laïcisme athée et woke que sont les universités nord-américaines, où Dieu est l’innommable et où la vie n’a de sens et de signification que si elle remplit certaines conditions, qu’elle mérite d’être vécue, qu’elle répond à certaines normes.
Si la valeur de la vie humaine n’est pas inviolable, si elle n’est pas supérieure à celle du cerf du Colorado ou de l’opossum de Virginie, s’il est possible d’y mettre fin avec des gants et de rester sans scrupules, autant tirer une belle balle dans le cou et courir aussi vite que possible.
En Europe, la minute de silence en mémoire de Kirk a été refusée. La gauche (agenouillée pour George Floyd) a applaudi cette décision. Il y en a même qui, à la télévision italienne de l’opposition [au gouvernement Melloni, mais parler d’opposition dans ce cas est un pléonasme – ndt], ont déclaré sans sourciller que « qui sème le vent récolte la tempête », ou qui affirment tranquillement attendre que l’on tire (à nouveau ?) sur Trump. On a publié la photo de Kirk à l’envers (pour rappeler la fin de Mussolini, pendu la tête en bas) pour dire « Si tu es fasciste, tu dois mourir dans la souffrance ». Ils se disent antifascistes et si tu juges leurs pensées ou leurs actions, tu es fasciste et tu dois mourir dans la souffrance (c’est ce qu’on appelle « l’intimidation »). Ils affirment, avec une rhétorique élémentaire, que la mort de l’ennemi a illuminé leur journée.
Au fond, Kirk avait une jupe très courte, trop courte, le ventre à l’air et le sourire de quelqu’un qui se le cherchait un peu. À cette heure de la nuit… Alors ne te plains pas si ça arrive…
Non, il n’est pas vrai que la haine est le dernier mot. Il n’est pas vrai qu’elle est inévitable. Il n’est pas vrai qu’elle est imparable. La haine est une spirale qui s’autoalimente. L’hitlérisation des ennemis politiques ne peut que renforcer la haine et la violence. La caricaturisation de l’adversaire empêche le dialogue tant vanté. L’incapacité d’écouter, de réfléchir et de répliquer est l’un des maux de notre époque (ce n’est pas un hasard si la philosophie est désormais devenue une forme d’autosatisfaction pour les rêveurs et un passe-temps pour les médecins renommés). La salle de sport a remplacé les bibliothèques et les stands de tir ont mis fin aux débats universitaires de Kirk où des milliers de jeunes (il y a quelque chose de bon dans ce monde…) peuvent dire avoir participé pour écouter et débattre, pour contester, par curiosité, pour réfléchir. Puis le silence. Puis à nouveau la musique (O bella ciao ciao ciao…).

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