Enigmes persistantes autour de François (le pape)

21 Mar 2026 | Actualités

Phil Lawler, toujours intéressant, soulève trois questions qui, un an après la mort du pape venu du bout du monde, n’ont toujours pas reçu de réponse. Parmi elles, c’est la troisième qui reste la plus mystérieuse pour moi: pourquoi Bergoglio n’est-il jamais retourné en Argentine? Craignait-il l’accueil qu’il y recevrait? Ou, pire encore, les dossiers que la presse (ou du moins quelques titres) aurait pu exhumer pour l’occasion?

Trois mystères non résolus laissés par le pape François

Phil Lawler
20 mars 2026
www.catholicculture.org/

Treize ans après s’être présenté au monde comme le nouvel évêque de Rome, et près d’un an après son décès, le pape François reste une figure insaisissable : un homme dont la personnalité n’est pas facile à cerner. Bien que j’aie écrit deux livres et littéralement des milliers d’articles sur le défunt souverain pontife, plusieurs aspects de sa vie continuent de m’intriguer.

Permettez-moi de m’attarder sur trois de ces mystères. Si je les comprenais, peut-être que je le comprendrais mieux. Mais ce n’est pas le cas.

1. Que s’est-il passé dans ce confessionnal ? 

Lorsqu’on lui a demandé comment il avait ressenti pour la première fois l’appel à la prêtrise, le défunt pape a raconté qu’un jour, alors qu’il était sorti avec quelques amis, il avait décidé d’aller se confesser, et qu’en sortant du confessionnal, il avait pris la décision de devenir prêtre. D’après son récit, il semble qu’il n’avait pas pensé à la prêtrise avant ce jour-là, puis que soudainement, son destin s’était tracé. Cela semble être une rencontre très dramatique. Pourtant, lorsqu’il a raconté cette histoire, le pape François l’a présentée comme quelque chose de simple, presque prosaïque, comme si une lumière s’était allumée et que tout était devenu évident pour lui.

Mais qu’est-ce qui a fait basculer la situation ? Le récit ne répond pas vraiment à cette question. Il ne pensait pas à la prêtrise, et puis tout à coup, il y pensait. Le prêtre a-t-il dit quelque chose qui a éveillé en ce jeune homme la conscience d’une vocation ? Ou est-ce le sacrement lui-même qui a fait naître quelque chose en lui ? S’était-il confessé sur un coup de tête, ou avait-il quelque chose de particulier en tête ? Le pape François n’a jamais donné plus de détails sur ce jour décisif, de sorte que toutes les théories que nous pourrions échafauder sur sa vocation ne reposent que sur de pures spéculations.

2. Qu’est-ce qui a changé ses relations avec les jésuites ? 

En tant que provincial jésuite en Argentine, à une époque marquée par d’intenses conflits politiques et théologiques, le père Bergoglio n’était pas très apprécié au sein de la Compagnie de Jésus. En fait, il a été plus ou moins mis au ban après son mandat de provincial. Le supérieur général de la Compagnie s’était opposé à sa nomination comme évêque, estimant que la personnalité du père Bergoglio ne le rendait pas apte à exercer des fonctions de direction ecclésiastique.

Bien qu’il soit devenu archevêque de Buenos Aires malgré cette recommandation défavorable et qu’il ait fini par obtenir une barrette rouge, le cardinal Bergoglio est resté à distance de ses confrères jésuites. Il ne passait pas beaucoup de temps avec les dirigeants jésuites à Rome lors de ses visites dans la Ville éternelle (qui étaient généralement brèves), et les jésuites libéraux, en particulier, continuaient à le considérer avec méfiance. Après le conclave qui a élu le pape Benoît XVI, au cours duquel le cardinal Bergoglio aurait terminé deuxième au scrutin, un cardinal jésuite très influent [le cardinal Martini, ndt] a déclaré à ses confrères : « Mieux vaut Ratzinger que Bergoglio. » Huit ans plus tard, lorsque le conclave suivant a choisi le cardinal Bergoglio, une nervosité palpable régnait parmi les dirigeants jésuites.

Pourtant, quelques semaines seulement après son accession au trône pontifical, le pape François semblait avoir fait la paix avec ses confrères jésuites qui, sous la houlette du père Antonio Spadaro, comptaient parmi ses plus influents collaborateurs et ses plus fervents partisans. Les soupçons mutuels avaient-ils cédé la place à un sentiment commun de mission ? La Compagnie avait-elle reconnu une occasion précieuse de progresser sous l’égide du premier pontife jésuite ? Le pape François avait-il compris que l’influence des jésuites pouvait faire avancer son programme ? Ou bien avaient-ils pris conscience qu’ils partageaient le même programme depuis le début ?

3. Pourquoi n’est-il jamais retourné en Argentine ? 

Le pape Jean-Paul II a commencé à planifier un voyage en Pologne peu après son élection et, après de longues négociations avec le régime communiste, il y a fait son retour triomphal huit mois après son accession au pontificat. Le pape Benoît XIV s’est rendu à Cologne pour les Journées mondiales de la jeunesse (qui, il faut le reconnaître, avaient été planifiées bien plus tôt) quelques semaines seulement après son accession au pontificat [et il y est retourné, pour un pélerinage dans sa patrie bavaroise, un an plus tard, et il a reçu un accueil triomphal malgré la polémique, montée de toutes pièces par ses ennemis, de la lectio de Ratisbonne, ndt]. Mais au cours des treize années de son pontificat, le pape François n’est jamais retourné en Argentine.

Au cours de ces années, le pape François a effectué des dizaines de voyages à l’étranger, se rendant dans des contrées lointaines telles que le Sri Lanka et le Bangladesh, la Birmanie et l’Égypte, le Maroc, Madagascar, l’Irak, Bahreïn, le Kazakhstan, la Mongolie, Dubaï et la Nouvelle-Guinée — sans parler de ses nombreux déplacements à travers toute l’Europe. Il aurait pu ajouter une visite en Argentine lorsqu’il a planifié ses voyages au Brésil en 2013, en Équateur, en Bolivie et au Paraguay en 2015, au Mexique en 2016, en Colombie en 2017, ou encore au Chili et au Pérou en 2018. Mais il n’a jamais effectué ce retour au pays.

Lorsque des questions ont été soulevées quant à savoir si le pape François se rendrait un jour en Argentine, des responsables du Vatican ont laissé entendre que le pape ne souhaitait pas s’immiscer dans les controverses politiques du pays. Mais le pape François n’a pas hésité à prendre position dans d’autres occasions, et le climat politique de son pays natal a évolué à plusieurs reprises au cours de son pontificat. S’inquiétait-il de l’accueil qui lui serait réservé dans son pays natal, ou des souvenirs que sa présence pourrait raviver ? Une autre question reste sans réponse.

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