La guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran (et non l’inverse, comme un auditeur/lecteur distrait ou un extra-terrestre pourraient le croire en entendant le flot d‘informations déversées par les médias alignés), et la crise énergétique mondiale qui s’ensuit, ont fait disparaître le nom d’Epstein des titres (tiens tiens… , ça tombe à pic, espérons que cette disparition n’est que provisoire). Mais surtout, elle a relégué dans les pages intérieures des journaux les exactions des colons israéliens en Cisjordanie, et surtout la situation catastrophique que vivent les malheureux habitants de Gaza, où malgré la prétendue trêve décrétée par Auguste Trump, la mort ne s’arrête pas. Le cardinal Pizzaballa dénonce: « à Gaza, les habitants vivent littéralement dans des égouts à ciel ouvert ».
La question s’impose donc : lorsqu’une crise humanitaire comme celle de Gaza et la persistance de violences et d’oppressions telles que celles qui ont lieu en Cisjordanie sont reléguées dans les pages intérieures d’un quotidien, combien de temps une population peut-elle tenir, alors qu’elle manque non seulement de tout, mais qu’il n’y a personne pour raconter ce qui se passe ?
Gaza et la Cisjordanie meurent sous les yeux d’un monde indifférent
L’appel du patriarche Pizzaballa : à Gaza, la situation d’urgence est permanente, « on meurt faute de soins médicaux, d’antibiotiques et de médicaments essentiels ». Et en Cisjordanie, la violence des colons est structurelle, omniprésente, quotidienne. Et impunie.
Nicola Scopelliti
La NBQ
23 mars 2026

La tragédie se poursuit dans la bande de Gaza.
Elle n’est plus au cœur de l’actualité. Elle s’est lentement effacée des pages des journaux, éclipsée par le vacarme de la guerre entre Israël et les États-Unis, d’un côté, et l’Iran, de l’autre. Et pourtant, alors que l’attention du monde se tourne vers d’autres horizons, la tragédie se poursuit dans la bande de Gaza. Il n’y a pas eu de véritable suspension des hostilités, ni de cessez-le-feu effectif, même s’il a été officiellement déclaré. Ce que l’on vit sur cette bande de terre est, en vérité, un étouffement lent. Les points de passage restent en grande partie fermés, l’aide arrive au compte-gouttes, et tout ce qui est nécessaire pour survivre – nourriture, eau et médicaments – vient à manquer.
Et c’est précisément sur ce point que le patriarche de Jérusalem, Pierbattista Pizzaballa, a lancé un nouvel avertissement particulièrement inquiétant. Il a rappelé que même lorsque les bombardements semblent s’atténuer, la mort ne s’arrête pas :
« On meurt faute de soins médicaux, par manque d’antibiotiques et de médicaments essentiels ».
C’est une dénonciation qui pèse comme un boulet, car elle décrit une réalité moins visible, mais tout aussi dévastatrice : celle d’une population qui continue de mourir loin des explosions, faute de soins et de secours. Gaza est un malade en phase terminale auquel Israël est prêt à débrancher la prise. Dans l’indifférence la plus totale.
À Gaza, des quartiers entiers sont complètement détruits. Rasés. Là où se dressaient autrefois des habitations, des écoles et des commerces, il ne reste aujourd’hui que des tas de décombres. Presque toutes les familles ont perdu leur maison et vivent dans des abris de fortune, entre tentes et refuges de fortune. Le quotidien se résume à la survie : se procurer de la nourriture, de l’eau potable et un abri pour la nuit représente un défi constant. Les conditions d’hygiène et de santé aggravent encore la situation. Le patriarche dénonce:
« Les gens vivent littéralement au milieu des égouts à ciel ouvert ».
C’est une situation qui met en évidence le caractère extrême de l’urgence. Et les épidémies constituent une menace quotidienne.
Dans une situation aussi inhumaine, cruelle et impitoyable, les maladies se propagent sans entrave. Dans les camps surpeuplés, les infections intestinales, respiratoires et cutanées touchent surtout les personnes les plus vulnérables. Mais ce n’est pas encore une pandémie déclarée. C’est une tragédie en cours, qui reste ignorée. L’inhumanité transforme les maladies en une autre arme silencieuse. Les hôpitaux sont à bout. Les établissements de santé manquent de médicaments, de matériel et de carburant. Les médecins travaillent sans relâche, souvent dans des conditions impossibles, dans une situation où l’urgence est devenue la norme. Un système bien établi qui, lentement mais sûrement, mènera à une crise humanitaire sans précédent. La gestion de la crise par la communauté internationale fait apparaître des disparités marquées.
En Palestine, certaines actions semblent tolérées, alors que des situations similaires en Ukraine seraient jugées inacceptables. C’est un signal fort, qui alimente la colère et la frustration sur le terrain. À Gaza, le sentiment de se trouver dans une position de nette infériorité par rapport à d’autres, dans des contextes différents, ne cesse de croître. Un sentiment d’abandon généralisé domine, ce qui rend encore plus urgente une intervention réelle et concrète. La destruction d’un peuple est en cours, lente mais constante.
Si à Gaza, la dévastation quasi totale a transformé la situation en une urgence permanente, en Cisjordanie, continuer à vivre devient de plus en plus incertain et difficile. La violence n’est pas ponctuelle : elle est structurelle, quotidienne, omniprésente. Les villes palestiniennes sont assiégées par un réseau dense de postes de contrôle, plus d’un millier, et les routes sont toutes surveillées. Se déplacer d’un centre à l’autre peut prendre des heures, entre les contrôles, les fermetures soudaines et les restrictions arbitraires. Le territoire est fragmenté, divisé en zones soumises à différents niveaux de contrôle, ce qui rend difficiles les contacts et les passages entre les différentes zones.
Les attaques et les représailles des colons revêtent un caractère de plus en plus punitif. Il ne s’agit pas d’incidents isolés. Attaques ciblées, représailles collectives, incursions dans les villages : une stratégie qui vise les habitations, les terres agricoles et les moyens de subsistance. Des champs incendiés, des oliviers déracinés, des familles contraintes d’abandonner leurs maisons. La violence obéit souvent à une logique de pression : intimider, pousser à la fuite, rendre la vie quotidienne impossible. Une escalade qui transforme des villages entiers en cibles. Le gouvernement israélien assure qu’il intervient. Des enquêtes sont ouvertes, quelques arrestations ont lieu. Aucun procès. Seulement des déclarations officielles vagues. Jamais une condamnation. Mais sur le terrain, la situation raconte autre chose. Les incidents se multiplient. Les plaintes restent sans suite. Les protections ne viennent pas.
Et puis il y a les raids militaires qui ont lieu fréquemment, souvent de nuit. Arrestations, perquisitions, opérations dans les zones urbaines : une présence constante qui alimente la tension et l’insécurité. À cela s’ajoute l’expansion des colonies israéliennes, considérées comme illégales par une grande partie de la communauté internationale. Il en résulte un quotidien contraint : emploi précaire, accès limité aux services, liberté de circulation restreinte.
Ce n’est pas seulement une crise politique ou militaire. C’est quelque chose qui touche tous les aspects de la vie civile, érodant progressivement les droits, la sécurité et les perspectives d’avenir. La violence qui fait rage entre Gaza et la Cisjordanie se poursuit sans relâche. On parle souvent d’une crise déjà vue, mais pour ceux qui la vivent dans leur chair, rien n’est acquis. Chaque jour est un combat. Chaque nuit est pleine d’incertitude.
Entre-temps, la situation d’urgence s’aggrave : lorsqu’une crise cesse d’être suivie de près, elle a tendance à s’aggraver. Le manque d’attention réduit la pression internationale, ralentit les interventions et laisse place à une détérioration silencieuse. Aujourd’hui, Gaza et la Cisjordanie sont exactement cela : des lieux sans avenir, où se perpétuent les injustices, les abus et les exactions, sous le regard distrait du monde.
La question s’impose donc : lorsqu’une crise humanitaire comme celle de Gaza et la persistance de violences et d’oppressions telles que celles qui ont lieu en Cisjordanie sont reléguées dans les pages intérieures d’un quotidien, combien de temps une population peut-elle tenir, alors qu’elle manque non seulement de tout, mais qu’il n’y a personne pour raconter ce qui se passe ?
Car, parfois, ce n’est pas seulement la guerre qui est source de destruction. C’est souvent l’indifférence.

0 commentaires