Moi-même, en publiant il y a cinq jours l’article que je reproduis plus bas, repris d’Infovaticana, je m’étais posée la question « Cela vaut-il la peine d’en parler? ».
En tout cas, en publiant les photos, le portail espagnol a choqué nombre de « bons » catholiques, qui auraient préféré recouvrir du manteau de Noé le scandale objectif que constitue l’image d’un futur pape prosterné devant une divinité païenne. Et pourtant…
Le fait demeure. Et un tel acte, même si l’on tente de l’expliquer par l’inculturation ou comme un geste extérieur, s’avère objectivement déplacé. Il n’aurait pas dû se produire. Le dire, ce n’est pas s’acharner, mais éviter de déformer la réalité.
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Le problème, c’est le silence. Quand il y a de la confusion, le silence n’apaise pas, il l’accroît. Le croyant a besoin de concilier ce qu’il voit avec ce qu’il croit, et sans un mot clair, cette conciliation devient plus difficile.
Pourquoi nous avons publié les photos de Prevost lors du rituel de la Pachamama
Miguel Escrivá
InfoVaticana
20 mars 2026

Des lecteurs nous ont reproché d’avoir diffusé les photographies de Robert Prevost participant à un rituel de la Pachamama au Brésil en 1995. Ce reproche est compréhensible. Il ne vient pas du parti hostile, mais souvent de bons laïcs, de prêtres, d’évêques et même de cardinaux qui souffrent en voyant ces choses et qui ont le sentiment que leur publication ajoute à l’inquiétude là où il y en a déjà suffisamment. Je n’exclus pas qu’ils aient raison. Je n’ai pas non plus de certitude absolue quant à la meilleure façon d’agir dans ces cas-là.
Mais il y a un point qui ne peut être éludé : les images existent. Et ce ne sont pas une interprétation, mais un fait concret. On y voit un rite de la Pachamama avec des gestes clairs : génuflexion, prosternation, paroles adressées à la terre dans un contexte d’échange symbolique. C’est le point de départ. À partir de là, on peut apporter des nuances sur l’intention, le contexte culturel ou la bonne foi éventuelle. Mais l’acte, en soi, n’est pas neutre. Et il ne l’est pas parce qu’il existe des gestes qui, dans le domaine religieux, ont une signification objective qui ne disparaît pas en raison de l’intention avec laquelle ils sont accomplis. Les réduire à une simple mise en scène n’évite pas la confusion.
La première réaction face à ces images n’est pas nécessairement un jugement froid, mais quelque chose de plus dérangeant : un certain désarroi. Lorsqu’une personne que l’on a tendance à placer sur un piédestal apparaît dans une telle scène, cela provoque non seulement du scandale, mais aussi de la perplexité. Une image se brise. Et derrière elle n’apparaît pas quelque chose d’exceptionnel, mais une réalité connue : la faiblesse humaine. Ce n’est pas une découverte agréable, mais ce n’est pas non plus quelque chose d’étranger.
Cela dit, reconnaître cette fragilité ne peut servir d’excuse. Le fait demeure. Et un tel acte, même si l’on tente de l’expliquer par l’inculturation ou comme un geste extérieur, s’avère objectivement déplacé. Il n’aurait pas dû se produire. Le dire, ce n’est pas s’acharner, mais éviter de déformer la réalité.
La question de fond n’est pas seulement ce qui s’est passé il y a trente ans, mais ce qui peut se passer aujourd’hui. Le problème, c’est le silence. Quand il y a de la confusion, le silence n’apaise pas, il l’accroît. Le croyant a besoin de concilier ce qu’il voit avec ce qu’il croit, et sans un mot clair, cette conciliation devient plus difficile.
Ce mot n’aurait pas besoin d’être défensif, ou évasif. Au contraire, une reconnaissance claire d’une erreur passée n’affaiblirait pas l’autorité, mais pourrait au contraire la renforcer. Elle montrerait que la vérité ne se subordonne pas à l’image et que l’humilité est compatible avec la fonction. Dans un contexte de confusion, un tel geste ne mettrait pas fin au débat, mais apporterait la clarté qui fait défaut aujourd’hui.
Cet épisode n’est ni isolé ni incompréhensible. Il s’inscrit dans une logique de crise plus profonde. À La Salette, la Vierge n’a pas annoncé un effondrement définitif, mais une purification douloureuse, un combat où la foi est ébranlée jusque dans les plus hautes instances, précisément pour être épurée et restaurée. Lues sous cet angle, ces situations cessent d’être absurdes et s’inscrivent dans une histoire plus grande, où la confusion n’a pas le dernier mot. L’espérance ne naît pas du déni des faits, mais de la certitude que l’Église ne repose pas sur l’infaillibilité des hommes, mais sur une promesse qui traverse même ses moments les plus sombres. C’est pourquoi, loin d’inviter au découragement, cette époque exige lucidité, fermeté et confiance.

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