Bienheureux ceux qui ne changent pas d’avis. J’envie leurs certitudes, surtout en ce moment, et sur plusieurs sujets. Par exemple la Russie, les violences urbaines… et même le pape. Seule la décantation opérée par le temps permettra de juger. Pour le moment on (je) tâtonne. Et je préfère déléguer à d’autres, plus talentueux que moi, la tâche d’éclairer le débat, au risque de donner l’impression d’une navigation à vue dans des courants opposés.
Cet article de Marcello Veneziani , par exemple est une réfutation directe et plutôt convaincante des « hypothèses » curieusement complotistes de Roberto de Mattei, dont j’ai parlé hier (cf. Complotisme et « ingérences étrangères »).
Veneziani en est sûr, cépalérus. Preuves à l’appui. Et humour en prime.
La Neurope s’en va-t-en guerre hybride
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L’Europe a besoin d’un psychiatre. Mais d’un bon.
Depuis longtemps déjà, elle souffre de mégalomanie et d’autres troubles connexes ; elle se sent menacée, voit des ombres russes partout, et dans les cas les plus graves, même iraniennes.
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Nous disons « Europe » pour nous faire comprendre, mais nous devrions peut-être l’appeler Neurope, vu ses troubles neurologiques évidents ; en réalité, nous parlons de la caste dirigeante de l’Union européenne et de certains des principaux États et gouvernements, y compris certains ministres de la Défense [Veneziani parle ici du ministre italien, Crosetta, voir plus loin], Si vous ne voulez pas l’appeler oligarchie ou eurocratie, appelez-la gouvernance européenne.
À commencer par Dame Ursula qui la dirige, ce n’est qu’un cri : « À l’ours ! À l’ours ! ». Une variante russophobe de « Au loup ! Au loup ! ».
La dernière crise de psychose et de paranoïa a consisté à attribuer la révolte vandale et insensée des jeunes dans les rues de Milan, Turin et Bologne à ce qu’ils appellent désormais la « guerre hybride » ; les commanditaires de ces saccages seraient en Russie ou dans le golfe Persique.
« Guerre hybride » est devenu le slogan et le passe-partout pour attribuer chaque malaise, chaque incident, chaque piratage, chaque émeute qui se produit en Europe à l’Ennemi, l’ineffable et omniprésent Russe, dans une réédition de la guerre froide des années soixante.
L’Union européenne et ses ramifications locales se sentent désormais en guerre contre la Russie ; elles voient des drones dans leur salon et des espions russes dans leur réfrigérateur. Certes, cette obsession rapporte gros aux entrepreneurs de l’industrie de l’armement et à leurs mandataires politiques : guerre mise à part, le réarmement, surtout pour les Allemands, est une belle affaire qui remet sur pied leur secteur industriel. Qui trouve un ennemi trouve un trésor. Et s’il n’existe pas, il faut l’inventer.
Mais le concept de guerre hybride et son utilisation pathologique prend l’eau de toutes parts. Si l’on veut dire qu’il existe des bouleversements telluriques orchestrés par les services de renseignement et les services secrets, par le biais de fausses informations, du bouche-à-oreille ou d’informations manipulées, ceux-ci font partie de la face cachée de la réalité quotidienne depuis bien longtemps. Et ils concernent non seulement les régimes autocratiques, mais aussi les régimes démocratiques : la manipulation est transversale et universelle, c’est le « en coulisses » de la politique, des États, ainsi que le terrain de jeu des hackers privés et des manipulations sur les réseaux sociaux.
Si la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens, l’inverse est également vrai, et quoi qu’il en soit, il existe toujours, même en temps de paix, ce torrent souterrain et sinistre dans lequel évoluent des agents manipulateurs, des provocateurs et bien d’autres encore. Voulons-nous l’appeler « guerre hybride » ? Eh bien, dans ce cas, elle est permanente et ne concerne pas uniquement le « méchant du moment ».
Voulez-vous un exemple « extra moenia » [hors des murs de la ville] de manipulation de l’opinion publique ? En Occident, nous avons été émus de voir une jolie jeune Iranienne condamnée à mort pour avoir blasphémé contre Allah. Mais d’après ce que nous savons, il est difficile de trouver des contre-preuves confirmant la véracité de tout ce récit. Parallèlement, sur les réseaux sociaux alternatifs, nous avons vu un jeune homme condamné à mort en Arabie saoudite pour le même motif, pour avoir blasphémé contre Allah. Là encore, il n’y a pas de contre-preuves sur place, du moins à notre connaissance. Ces deux informations peuvent être vraies ; demandons-nous alors pourquoi l’une a fait grand bruit tandis que l’autre est passée inaperçue. De même, elles peuvent toutes deux être fausses, infondées, diffusées par des services de renseignement. Les deux peuvent être plausibles ou fausses. S’agit-il là aussi d’une guerre hybride ?
Mais revenons à la question européenne. Attribuer aux Russes (et aux Iraniens) l’explosion de violence vandale chez nous, à Paris, en Espagne ou en Albanie, me semble vraiment relever de l’imagination, de la mauvaise foi ou de la paranoïa.
Et nous, au lieu de profiter du dégel entre Trump et Poutine et de sa levée des sanctions pour relancer les relations commerciales et l’approvisionnement énergétique, afin de rétablir des relations qui nous sont encore plus utiles, nécessaires, aujourd’hui plus qu’hier, après ce qui s’est passé grâce à Trump et Netanyahou dans le détroit d’Ormuz, nous nous armons au contraire contre les Russes. Nous sommes à deux doigts de la paix, mais l’Europe accélère le pas vers la guerre. Nous assistons à une séance de thérapie de groupe où chacun convainc l’autre que nous sommes déjà en guerre avec la Russie, que nous sommes attaqués par Poutine, vitrines comprises.
Je comprends les craintes des républiques baltes, qui découlent de leur histoire passée et de la longue oppression soviétique ; je comprends, dans les pays limitrophes de la Russie, les traces de réflexes conditionnés alimentés par des peurs ataviques.
Mais quand on entend von der Leyen, certains dirigeants européens occidentaux, nos propres gouvernants, et enfin le vaillant Crosetto [ministre de la défense italien, ndt], attribuer tout ce qui se passe de négatif en Italie, jusqu’à la énième violence de rue (qui s’abat périodiquement chez nous depuis soixante ans avec une régularité prévisible), à la mise en scène russe et à une guerre fallacieuse, alors on n’a qu’un seul doute : faut-il appeler le psychiatre pour certifier le grave trouble mental desdits individus, ou faut-il faire appel à la taupe pour déterrer quels intérêts louches se cachent derrière et sous une accusation aussi insensée ? Quelqu’un tire profit de ces idioties. Des idioties lucratives.
En ce qui concerne l’Ukraine, j’ai une question naïve : mais lorsque l’Union soviétique envahissait la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Pologne, qui faisaient pourtant partie de l’Europe, pourquoi nos pères fondateurs, les dirigeants de l’époque, les hommes d’État occidentaux se montraient-ils réticents à s’indigner, ne rompaient-ils pas les relations, ne déclaraient-ils pas la guerre à la Russie, ne songeaient-ils pas à envoyer des armes aux insurgés et aux peuples écrasés par les chars soviétiques ?
Pourquoi personne à l’époque n’a-t-il songé à dire : « Aujourd’hui, ils envahissent Prague, Szczecin [grande ville polonaise] ou Budapest, et demain ils seront à Rome, Vienne ou Paris ; nous devons donc nous armer » ?
Avions-nous davantage confiance dans le régime totalitaire soviétique que dans Poutine, avions-nous davantage confiance dans la dictature communiste que dans l’autocratie de Poutine, ou bien ne nous soucions-nous pas le moins du monde des populations écrasées et des nombreuses victimes ? Ou bien nos prédécesseurs étaient-ils réalistes et savaient-ils que le monde avait été divisé en zones et que personne ne pouvait modifier les équilibres établis par les grandes puissances avec leurs zones d’influence et de compétence ?
Comment se fait-il que personne n’ait réclamé le réarmement de l’Europe alors que les chars russes étaient presque à nos frontières, et qu’aujourd’hui, au contraire, nous devions nous réarmer et défier les Russes tout en sachant que nous ne sommes pas compétitifs sur le plan militaire ? C’était du réalisme géopolitique.
D’ailleurs, tant que nous y sommes, demandons-nous ce qu’a fait l’Europe ces dernières années face aux massacres de Gaza et aux agressions des colons, face aux folies de Trump en Iran, au Venezuela et un peu partout ? Et quels ont été, en réalité, les résultats du grand soutien européen en faveur de l’Ukraine et de son armement ?
Dans tous ces cas, l’Europe s’est montrée insignifiante, inexistante, tout comme face à la question de l’immigration ou aux grands enjeux géostratégiques, énergétiques et technologiques de notre époque. Que représente cette Europe hybride, c’est-à-dire bâtarde, sur la scène mondiale, si ce n’est la caricature d’elle-même, la parodie d’un continent qui ne compte pour rien sur le plan diplomatique et stratégique ?
Et alors, place à la guerre hybride, aux bombes et aux cotillons, aux armes nucléaires et aux raids sur les boutiques de luxe, aux attaques contre les centrales nucléaires et les bijouteries, aux manœuvres de guerre et aux pillages de magasins et de librairies : tout cela revient au même. Une élite de psychopathes en uniforme de guerre, d’euro-couillons armés jusqu’aux dents.

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