Début novembre 2005, une vague d’émeutes et de violences secouait la France. Elle faisait suite à la mort, le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, de deux jeunes issus de l’ immigration, électrocutés dans un transformateur électrique où ils s’étaient cachés pour fuir un contrôle de police. Ce sont peut-être les enfants des émeutiers de 2005 (mais pas tous, et pas seulement) qui ont mis à sac Paris et les centres urbains de province le 17 octobre dernier.
Un mois plus tard, le 19 décembre 2005, l’ambassadeur de France près le Saint-Siège, Bernard Kessedjan, nouvellement nommé, venait présenter au Pape ses lettres de créance.
Dans son discours, Benoît XVI, tout en condamnant fermement la violence, invitait à analyser ces révoltes comme le symptôme d’un malaise plus profond. Mais surtout, il plaidait pour une meilleure reconnaissance de ce que les travailleurs immigrés avaient apporté à la France, exhortant celle-ci à « les remercier, eux et leurs descendants, de cette richesse économique, culturelle et sociale à laquelle ils ont participé ».
Et il ajoutait :
Le défi consiste aujourd’hui à vivre les valeurs d’égalité et de fraternité, qui font partie des valeurs mises en exergue par la devise de la France, prenant soin de faire en sorte que tous les citoyens puissent réaliser, dans le respect des différences légitimes, une véritable culture commune, porteuse des valeurs morales et spirituelles fondamentales.
Ce discours a de quoi troubler VENANT DE LUI: à l’époque, j’avais moi-même pensé au devoir scolaire de quelque collaborateur de la Curie, qu’il avait lu tel quel, faute sans doute de temps pour en rédiger un autre (ce qui était arrivé en plusieurs circonstances, comme lui-même l’avait confié non sans humour à ses invités). D’ailleurs, pouvait-il dire autre chose?
Mais connaissant Benoît XVI, il était difficile d’imaginer qu’il ait prêté sa voix à la propagation d’idées diamétralement opposées aux siennes.
21 ans plus tard, avec le recul, on peut lire ce discours avec d’autres yeux, et se poser la question: Benoît XVI s’était-il entièrement trompé « comme il arrive à tout homme »? Ou alors, avait-il raison?
En tout cas, son discours est tellement en phase avec l’actualité qu’il pourrait avoir été prononcé hier… Sous le feu des critiques de la part des mêmes, que l’on imagine sans peine.


(…)
Comme vous l’avez rappelé, votre pays vient de vivre une période difficile sur le plan social, faisant apparaître la profonde insatisfaction d’une partie de la jeunesse; une telle situation semble avoir atteint non seulement les banlieues des grandes villes, mais plus profondément toutes les couches de la population.
Les violences internes qui marquent les sociétés et que l’on ne peut que condamner constituent cependant un message, notamment de la part de la jeunesse, nous invitant à prendre en considération les requêtes des jeunes et à avoir, comme le rappelait Mgr Jean-Pierre Ricard, Archevêque de Bordeaux et Président de la Conférence des Évêques de France au terme de l’Assemblée de Lourdes au mois de novembre dernier, «une réponse à la hauteur de ces tensions dramatiques de notre société». Permettez-moi de saluer ici tous ceux qui se sont engagés, notamment par le dialogue et la proximité fraternelle avec les jeunes, pour que le climat social soit à nouveau pacifié, car il s’agit là d’une responsabilité de tous les citoyens.
Votre pays a accueilli de nombreux travailleurs étrangers et leurs familles, qui ont largement contribué au développement de la Nation depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale. Il importe aujourd’hui de les remercier, eux et leurs descendants, de cette richesse économique, culturelle et sociale à laquelle ils ont participé. La plupart d’entre eux sont devenus ainsi des citoyens français à part entière. Le défi consiste aujourd’hui à vivre les valeurs d’égalité et de fraternité, qui font partie des valeurs mises en exergue par la devise de la France, prenant soin de faire en sorte que tous les citoyens puissent réaliser, dans le respect des différences légitimes, une véritable culture commune, porteuse des valeurs morales et spirituelles fondamentales.
Il importe aussi de proposer aux jeunes un idéal de société et un idéal personnel, pour qu’ils conservent des raisons de vivre et d’espérer, et qu’ils aient davantage confiance en un avenir meilleur leur permettant d’édifier leur existence, de trouver un travail pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, pour avoir le bien-être auquel ils ont naturellement droit. C’est donc en définitive à faire un pas supplémentaire pour l’intégration de tous dans la société que votre pays est invité, de même que d’autres nations du Continent, au nom même de la dignité intrinsèque de toute personne et de son caractère central dans la société, que rappelait le Concile œcuménique Vatican II (Gaudium et spes, n. 9), comme vous l’évoquiez vous-même. La paix sociale est en grande partie à ce prix
Il convient aussi de porter une attention toute spéciale à l’institution conjugale et familiale, à laquelle aucune autre forme d’organisation relationnelle ne peut être comparée. Elle est en effet le fondement de la vie sociale et elle a un rôle irremplaçable dans l’éducation de la jeunesse, associant autorité et soutien affectif, donnant à tous les jeunes les valeurs indispensables à leur maturation personnelle et le sens du bien commun, ainsi que les repères nécessaires à la vie en société.
Pour ce faire, elle doit être aidée et soutenue, pour ne pas démissionner de sa mission éducative et laisser alors les jeunes livrés à eux-mêmes. Je veux saluer ici les éducateurs, le milieu scolaire et tous les mouvements qui s’attachent à soutenir les parents dans leur tâche éducative, les aidant à former la conscience des jeunes, pour que ces derniers puissent être demain des adultes responsables non seulement d’eux-mêmes mais aussi de leurs frères en humanité et de la bonne marche de la société. Que tous sachent que l’Église, qui s’attache partout à défendre la famille, veut les aider dans leur tâche.
D’autre part, il importe que les jeunes soient accompagnés, pour qu’ils puissent prendre leur vie en main et se sentir membres à part entière de la société. Tout cela contribuera grandement à la cohésion nationale entre les générations et à la création d’un tissu social plus fort.
Dans ce même esprit, je souhaite attirer aussi l’attention de tous les hommes de bonne volonté sur les décisions et les actions en matière de bioéthique, qui montrent que l’on a de plus en plus tendance à considérer l’être humain, notamment dans les premiers instants de son existence, comme un simple objet de recherche. Il importe d’envisager les questions éthiques non pas d’abord du point de vue de la science, mais de celui l’être humain, qui doit impérativement être respecté. Sans acceptation de ce critère moral fondamental, il sera difficile de créer une société vraiment humaine, respectueuse de tous les êtres qui la composent, sans distinctions aucunes.
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