Hier, dès l’annonce de la catastrophe, plusieurs médias (notamment les chaînes d’informations en continu), ont pris l’antenne précipitamment, sans filet, renonçant à toute décence. Pas un mot de compassion pour les victimes, pas un instant de recueillement, pas une seconde, même symbolique, de silence. Mais immédiatement, la jacasserie stérile (en l’absence de toute information réelle), les polémiques, les responsabilités politiques, la « colère » des espagnols (tout cela, bien réel et justifié, certes, mais il y a un temps pour tout). Pour cette caste, l’info est juste une denrée dans la course à l’audience. Circulez, il n’y a rien à voir. L’enquête est close. The show must go on.
Pendant ce temps, les prêtres du diocèse de Tolède, se précipitaient sur les lieux de la catastrophe pour aider les secours, réconforter les familles et les victimes encore en vie, et leur apporter le Saint Sacrement. Tous témoins d’une Espagne (et plus généralement d’une Europe) encore profondément catholique, et acceptée comme telle.
Je reproduis tel quel ce très beau et touchant reportage du portail hispanophone InfoVaticana. C’est une belle leçon de vrai journalisme, apporté par un auteur qui n’appartient sans doute pas à la caste.
Absous entre les rails : le clergé de Tolède était en première ligne
29 octobre 2026

Avant même les ambulances et les équipes de secours, c’est le pardon sacramentel de Dieu qui est arrivé sur les voies d’Urda (Tolède).
Fernando Fernández de Bobadilla, curé de Los Yébenes, a été l’un des premiers à atteindre le lieu de la collision entre l’IRYO [du nom de l’opérateur privé de transport ferroviaire] et l’AVE [Alta Velocidad Española, service TGV de la Renfe, la compagnie nationale] en, survenue en ce mercredi noir. La première chose qu’il a faite a été de donner l’absolution collective à tous ceux qui gisaient parmi les débris. Avec au moins 68 morts, le pire accident de la ligne à grande vitesse espagnole a aussi laissé une leçon de foi simple et sans équivoque.
.
L’absolution, avant tout
Le prêtre a fait ce qui lui incombait au moment où cela était le plus nécessaire. Face à des dizaines de blessés et de mourants dispersés dans les wagons et sur le talus, il était impossible d’entendre les confessions une par une ou d’administrer l’onction à chaque malade grave. Il l’a lui-même expliqué à ABC : « J’ai donné une absolution collective. Dans ces cas-là, c’est ce que recommande le Vatican ».
Il avait raison. Le canon 961 du Code de droit canonique autorise cette forme extraordinaire du sacrement lorsqu’un danger de mort imminente menace et qu’il n’y a pas le temps d’écouter chaque pénitent. L’absolution a ainsi atteint tous ceux qui pouvaient encore la recevoir, y compris ceux qui gisaient immobiles sans que personne ne sache encore s’ils étaient encore en vie. L’Église demande au pénitent de se repentir et, s’il survit, de prendre la résolution de confesser ensuite ses péchés graves. Il s’agit d’une exception prévue précisément pour de telles tragédies.
Ce n’est qu’ensuite qu’il s’est mis à aider le personnel soignant. Il tenait des poches de sérum pendant qu’ils triaient les blessés à l’aide de bracelets de couleur : noir pour les morts, rouge pour les cas très graves et jaune pour les cas légers. Il a raconté à la radio que les défunts qu’ils sortaient formaient « une foule ». Il ne se souvient même pas quand les premières équipes médicales sont arrivées, car à ce moment-là, il avait perdu la notion du temps.
.
« Mon père, je suis en vie »
Le curé d’Urda, José Miguel Fernández, a appris la tragédie par un appel de l’archevêque de Tolède, Francisco Cerro, et s’est immédiatement rendu sur les lieux. Il fut parmi les premiers à arriver et aida à faire sortir les passagers des trains. L’un d’entre eux, encore sous le choc, s’est jeté dans ses bras en lui lançant une phrase que le prêtre garde gravée dans sa mémoire depuis lors : « Mon père, je suis vivant ! Serrez-moi dans vos bras ! ». L’homme attribuait son salut à Dieu.
Vint ensuite le hangar d’Urda, où l’on soignait les blessés légers, puis le préau de l’école, où attendaient les familles venues de Madrid. Là, une femme lui a saisi la main et ne l’a pas lâchée pendant des heures, lui demandant des nouvelles de sa belle-fille. Le prêtre est resté à ses côtés jusqu’à ce que son fils l’appelle pour lui confirmer le décès.
Son bilan de cette journée est simple et éloquent. Il était vêtu de ses habits sacerdotaux et personne n’a rejeté sa présence, ni près des trains ni dans les hangars. Beaucoup le remerciaient et lui parlaient spontanément de leur foi en Dieu. « Dieu aide toujours », résume-t-il.
José Manuel, prêtre de Consuegra, s’est également rendu sur place. Il a aidé à prendre en charge les victimes tandis que l’on extrayait les corps et les blessés des décombres.
.
L’archevêque, sur le terrain
Francisco Cerro a quitté le siège de Tolède pour se rendre à Urda et Los Yébenes auprès des blessés et des familles. Il a qualifié la scène de « dantesque » et a expliqué que ce que l’Église pouvait offrir à ce moment-là, c’était l’écoute et la présence. L’archidiocèse a ouvert les paroisses d’Urda, de Los Yébenes et de Consuegra et a mis Caritas au service des personnes touchées.
.
Tolède sonne le glas
Ce jeudi, à midi, les cloches de toutes les églises de l’archidiocèse de Tolède sonneront le glas. C’est ce son lent et grave par lequel les villages de Castille ont toujours annoncé le décès d’un voisin. Cette fois, il retentira simultanément dans des centaines de clochers, de la cathédrale primatale, et jusqu’à la dernière paroisse. C’est l’archevêque qui en a fait la demande, appelant les fidèles à réciter l’Angélus à ce moment précis pour le repos éternel des défunts. Il demande également de prier pour les blessés et leurs familles, ainsi que pour tous ceux qui s’occupent d’eux dans les hôpitaux et les centres d’accueil.
Cet appel vient conclure la mobilisation que le diocèse a mise en place dès les premières minutes, avec ses propres prêtres. Le vicaire de La Mancha, l’archiprêtre et les curés d’Urda, de Los Yébenes et de Consuegra se sont rendus sur les lieux ou dans les centres d’accueil dès les premières heures, aux côtés de nombreux autres prêtres et fidèles. Les paroisses ont ouvert leurs portes aux personnes touchées et Caritas diocésaine s’est mise à la disposition des familles. Dans la basilique du Santísimo Cristo d’Urda, la messe de midi de mercredi a déjà été célébrée pour les victimes, tout comme celles de l’après-midi.
Ce jeudi, à seize heures, la paroisse d’Urda exposera le Saint-Sacrement pour prier pour le repos éternel des victimes et le rétablissement des blessés. Le curé espère que tout le village se rassemblera, lui qui voue depuis des siècles une dévotion au Santísimo Cristo d’Urda et accueille des pèlerins venus de toute l’Espagne.
Voilà commun un diocèse soutient la douleur d’un peuple. D’abord, le sacrement était présent sur la route, et maintenant, la prière et le deuil partagé s’étendent à toutes les églises.

0 commentaires