En tournée de concerts en Italie, le vieux troubadour (je l’appelle ainsi, mais un peu au hasard, je ne le connais pas beaucoup, et ses mélodies monocordes faciles m’ont toujours agacée) s’est présenté devant le pape, vêtu d’un sweatshirt noir (certainement luxueux, et conçu par quelque créateur de mode inaccessible au commun des mortels, le chantre de la paix universelle tient quand même à son statut social) avec la capuche rabattue cachant à moitié son visage, qu’il n’a même pas daigné abaisser pour saluer le pape, et… un parapluie noir, d’autant plus inattendu qu’il faisait un beau soleil sur Rome.

Des photos de la rencontre ont été publiées, et comme d’habitude ont suscité des meme générés par l’IA, dont l’un représentait Dylan en ange de la mort (ou Lucifer) portant une faux. Pas si mal vu!
Silere non possum, qui s’est révélé jusqu’à présent soutien sans faille du pape dit sa perplexité face à cette audience pour le moins incongrue, dont il attribue la faute au Père Spadaro sj, ex-directeur de la revue jésuite Civiltà cattolica et l’un des « nègres » historiques de l’Argentin.
C’est une façon commode de dédouaner le pape, évidemment, mais on peut s’interroger sur l’attitude de ce dernier, qui a ne s’est pas dérobé à l’invitation.
La capuche de Bob Dylan a suscité de nombreux commentaires et provoqué un certain agacement. On sait que l’auteur-compositeur-interprète se montre rarement en public, n’accorde presque jamais d’interviews et que, lors des concerts de cette tournée, il est interdit aux spectateurs de filmer avec leur téléphone. Tout cela ne justifie toutefois pas la manière dont il s’est présenté devant le pape. Lorsqu’on participe à une audience papale, qu’on se laisse photographier et qu’on utilise ces images pour promouvoir ses propres activités, un minimum de respect envers le contexte s’impose. Se présenter en sweat-shirt, la capuche relevée, est pour le moins déplacé.
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D’un autre côté, le père Antonio Spadaro nous a désormais habitués à ce genre d’initiatives. La question sera de savoir dans quelle mesure Léon XIV finira lui aussi par se laisser entraîner dans ces manœuvres. Car si cela devait arriver, il n’y aurait vraiment pas de quoi rire.
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On savait déjà que Léon XIV connaissait et appréciait Dylan. Le pape l’a cité à plusieurs reprises. En avril, lors de son voyage au Cameroun, il avait repris les thèmes de « Masters of War », la chanson de 1963 contre les fabricants d’armes. En juillet, dans la préface d’un livre, il a utilisé les vers de « Go Away You Bomb » : un texte écrit par Dylan en 1963, en pleine guerre froide, dans lequel l’auteur s’adresse à la bombe atomique et lui dit qu’il la déteste, car c’est l’homme qui l’a construite et qui la tient entre ses mains. « Go Away You Bomb » n’a jamais été enregistrée, et le manuscrit est resté inconnu jusqu’en 2013.
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Toujours en juillet, Léon XIV avait rencontré une autre figure emblématique du rock américain, Patti Smith [notoirement pro-avortement!].
Derrière cette rencontre aussi se cachait le père Antonio Spadaro, qui semble désormais consacrer une grande partie de son temps à toutes sortes d’activités, pourvu qu’elles n’aient pas grand-chose à voir avec son ministère sacerdotal.
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Pour Dylan, ce n’est pas le premier pape.
Le 27 septembre 1997, il s’est produit à Bologne sur la scène du XXIIIe Congrès eucharistique national, devant Jean-Paul II et quelque 300 000 jeunes. Il a interprété trois chansons, dont « Knockin’ on Heaven’s Door », puis il a retiré son chapeau de cow-boy, a gravi les marches menant à la tribune papale et a serré la main de Wojtyła, assis entre le cardinal Camillo Ruini, président de la CEI, et l’archevêque de Bologne, Giacomo Biffi.
Dans son discours aux jeunes, Jean-Paul II reprit la question la plus célèbre de « Blowin’ in the Wind », celle sur les chemins qu’un homme doit emprunter, et répondit qu’il n’y a qu’un seul chemin : celui de Jésus-Christ.
Tout le monde au Vatican n’était pas d’accord. Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’a raconté dix ans plus tard, en tant que pape, dans son livre Giovanni Paolo II. Il mio amato predecessore (2007) : il a écrit qu’il avait été sceptique quant à l’opportunité de faire monter sur cette scène un « prophète » comme Dylan, et qu’il l’était toujours.
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silerenonpossum.com/it/bob-dylan-papa-leone-xiv-cappuccio-antonio-spadaro/
Annexe (IA)
Lors du Congrès eucharistique national à Bologne, le 27 septembre 1997, la réponse de Jean-Paul II avait marqué les esprits par sa dimension hautement symbolique et pastorale.
Juste après que Bob Dylan a interprété son hymne culte Blowin’ in the Wind devant une foule immense de plus de 300 000 jeunes, le pape Jean-Paul II est monté à la tribune pour prononcer son discours. Plutôt que d’ignorer la chanson, il a choisi de dialoguer directement avec ses paroles pour s’adresser à la jeunesse:
- Dans sa chanson, Bob Dylan pose la célèbre question : « How many roads must a man walk down, before you call him a man? » (Combien de routes un homme doit-il parcourir avant que vous ne l’appeliez un homme ?).
- Jean-Paul II a repris cette interrogation mot pour mot face aux jeunes. Il leur a répondu qu’il n’y avait qu’une seule et unique réponse à cette question, et « qu’une seule voie à suivre : celle de Jésus-Christ ».
- La métaphore du vent : Poursuivant sa métaphore en écho au refrain « The answer is blowin’ in the wind » (La réponse est gravée dans le vent), le souverain pontife a expliqué aux adolescents présents que ce « vent » n’était pas un courant d’air vide qui emporte les choses, mais le souffle de l’Esprit Saint qui guide et appelle les hommes.
Fait intéressant : bien que cette interaction directe soit restée historique et documentée par tous les journalistes et témoins sur place, la transcription écrite officielle de l’homélie du Vatican n’a pas inclus explicitement le nom de Bob Dylan ni le titre de la chanson. Elle a simplement conservé la réponse théologique et spirituelle apportée par le Saint-Père à la question existentielle posée ce soir-là.

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