On est presque arrivé au terme de la première année du pontificat, et Léon XIV poursuit son chemin sereinement. Marcello Veneziani tente de tracer un bilan d’étape – disons les choses ainsi. Même s’il admet que c’est prématuré (mais qu’est-ce qu’un an au regard de l’éternité?)
Avec le pape Léon, l’Église semble avoir retrouvé son chemin de toujours, sans rupture avec la papauté précédente, d’une manière discrète, équilibrée, laissant une impression de continuité avec ses prédécesseurs.
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Mais est-ce suffisant, cela suffira-t-il pour rester fidèle à sa mission évangélique et donner de la force à son rôle pastoral ?
Le Pape prudent dans un monde en tempête
Marcello Veneziani
25 avril 2026
Pour commencer, il y a eu la Pâque, cette année particulièrement tourmentée en Terre Sainte, perturbée dans ses rites pascaux. Puis est venue la violente attaque de Donald Trump contre le pape Léon XIV, avec ses images blasphématoires de Donald à la place du Christ, et la solidarité du monde envers le Souverain Pontife, y compris de la part de pays musulmans comme l’Iran ; puis le Crucifix profané et brisé par un soldat israélien au Liban. Puis, le premier anniversaire de la mort du pape François, le pape préféré des non-croyants, rappelé et célébré surtout par eux ; il était très présent sur la scène mondiale, mais après sa mort, il est immédiatement tombé dans un oubli quasi général.
Ces derniers jours, il y a eu, le voyage pastoral de Léon XIV en Afrique, avec ses appels et ses avertissements solennels au monde et aux indigènes.
Bientôt, ce sera le premier anniversaire de son pontificat, avec un premier bilan de son règne au Saint-Siège.
Un mois intense pour la chrétienté, avec des rebondissements curieux et déconcertants : ceux qui prétendent représenter et défendre l’Occident chrétien dans la croisade contre l’islam, la Chine et l’athéisme, bafouent la chrétienté, avec autant d’incivilité que de grossièreté, en s’en prenant à son chef spirituel ; et d’un autre côté, ceux qui ne croient pas en Dieu et critiquent le rôle public des valeurs religieuses dans la vie sociale prétendent donner des leçons de christianisme et expliquer même aux fidèles quels sont les papes en qui il faut avoir confiance, comme le pape François.
Pendant ce temps, le pape de Chicago conserve sa lucidité et sa sobriété, il ne se laisse pas déstabiliser par les attaques inédites et les flatteries insidieuses ; il reste calme, patient et mesuré dans ses paroles, il ne dit rien qui dépasse son rôle pontifical, il répète avec la courtoisie qui le caractérise les messages de paix et de condamnation de l’arrogance qui, bien sûr, sont totalement ignorés. Des sermons inutiles bien que nécessaires ; ou si vous préférez le dire à l’envers, des paroles nécessaires mais inutiles. Quoi qu’il en soit, elles sont légitimes et vaines. Prevost rappelle avec affection et respect son prédécesseur, même s’il n’en suit pas la ligne ni les excès, et n’en partage pas le tempérament.
Avec le pape Léon, l’Église semble avoir retrouvé son chemin de toujours, sans rupture avec la papauté précédente, d’une manière discrète, équilibrée, laissant une impression de continuité avec ses prédécesseurs, se situant presque à mi-chemin entre Bergoglio et Ratzinger. Il n’a jamais fait de faux pas, jamais de dérapage ni de plaisanterie indigne d’un pontife, comme l’a fait en revanche son prédécesseur ; il a été irréprochable.
Certes, au-delà du nom choisi, Prevost [Léon/lion] n’est pas une personnalité léonine, il n’a pas la personnalité puissante et charismatique d’un Jean-Paul II, ni la force communicative de Wojtyla lui-même et de Bergoglio, qui perdaient parfois leur sang-froid. Mais c’est aussi une bonne chose pour la chrétienté et pour l’Église : éviter que la foi ne se traduise et ne se réduise à la popularité du pape, à son charisme médiatique, à sa capacité à faire la une et peut-être même un peu de théâtre, en concentrant l’attention sur lui-même. Une sorte de « dérive plébiscitaire » que nous avons appelée « papulisme », c’est-à-dire populisme papiste, qui finit par faire passer le leadership personnel, voire la pop star mondiale, avant l’institution, la mission et la tradition de l’Église. Une institution millénaire comme l’Église, avec ses racines transcendantes, ne peut se réduire aux adeptes (followers) d’un pape. Au centre de l’Église se trouve Jésus-Christ et non son Vicaire sur terre du moment.
À propos, où en est la chrétienté à ce moment de l’histoire du monde ? Est-elle revenue en Occident, après un long séjour dans le Tiers-Monde et dans le royaume mobile des migrants ? Non, je ne dirais pas cela, même si le Pape vient des États-Unis et ne partage pas la dérive tiers-mondiste de l’Église de Bergoglio et des progressistes. Le pape se rend en Afrique, il voit des populations converties, parfois massivement, à la foi catholique, il s’ouvre à plusieurs mondes, il dialogue avec l’Asie au-delà même des frères orthodoxes. Mais il n’oublie pas sa vocation œcuménique, universelle, sans épouser la cause trumpienne de l’Occident contre le reste du monde ; il condamne toutes les guerres et se tient au-delà de la géopolitique, ou peut-être en deçà, il ne s’engage pas dans des politiques d’ouverture ou de fermeture.
Sur le plan de la foi, le paysage ne change pas : les pays européens défendent le pape d’un point de vue institutionnel et en tant qu’autorité morale, mais n’adhèrent pas à l’inspiration chrétienne.
Non seulement au niveau institutionnel, mais aussi au niveau des peuples ; aucun renouveau religieux n’est en cours, la léthargie et la déchristianisation se poursuivent. Et aux États-Unis, on ne comprend pas bien si l’ennemi le plus redoutable pour l’Église de Rome est la déchristianisation, c’est-à-dire l’athéisme pratique, le nihilisme et le relativisme occidental, ou bien le fondamentalisme fanatique de certaines sectes chrétiennes, messianiques et adventistes, d’ailleurs proches dans de nombreux cas de Trump et pas très éloignées du judaïsme. La guerre en Ukraine ne facilite pas le dialogue de l’Église catholique avec l’Église orthodoxe de rite gréco-byzantin, surtout en raison de sa participation active au conflit et de sa division interne entre l’Église de Moscou et celle de Kiev.
Mais le christianisme d’aujourd’hui n’entre pas dans la controverse du monde, il ne choisit pas l’Europe, l’Occident ou la Terre Sainte comme points d’ancrage et ne se résume pas non plus à sa dimension planétaire, avec une attention particulière pour les pays du Sud. Elle ne fait pas de politique, ni de géopolitique ; elle est l’amie de tous et l’ennemie de personne ;elle conserve son extraterritorialité dans les espaces politiques, c’est-à-dire qu’’il’elle est au-dessus ou du moins en dehors des parties, rigoureusement neutre, sans aucun esprit de croisade. C’est là sa force et sa faiblesse, son autorité et sa fiabilité, mais aussi sa faible capacité à influer et à se faire entendre.
Sur le plan temporel également, l’Église d’aujourd’hui a choisi une sage voie médiane entre ceux qui voudraient qu’elle soit en phase avec son temps, en faisant de grands efforts pour s’adapter à son époque, et ceux qui, au contraire, voudraient qu’elle reste dans le sillage de la tradition, avec un rôle critique envers la modernité, la sécularisation et le relativisme. Là encore, la position adoptée est la plus sage, mais aussi inévitablement la moins efficace.
Si je devais résumer ce premier aperçu du pontificat de Léon XIV, je dirais justement ceci : c’est une Église prudente, qui ne se déséquilibre d’aucun côté, qui ne prend pas de risques mais ne dérape pas non plus ; elle accomplit bien sa tâche, elle n’entre pas dans la tempête. Elle ne mécontente ni ne trahit personne. Un peu timide, même si elle ne se laisse pas intimider.
Mais est-ce suffisant, cela suffira-t-il pour rester fidèle à sa mission évangélique et donner de la force à son rôle pastoral ?
Il est trop tôt pour le dire.
D’ailleurs, que pourraient faire d’autre un pape et son Église dans ce contexte, si ce n’est monter un peu le ton ? Les jugements sur la prudence et la patience de l’Église du pape Léon XIV dans un monde en tempête doivent eux-mêmes se faire prudents et patients.
Attendons, qu’est-ce qu’une année de pontificat face à l’éternité ?
La Verità – 24 avril 2026

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