Dominus Jesus archivé! La nouvelle conception du rapport avec les autres religions

17 Sep 2026 | Actualités

La déclaration de la CDF « sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Église » publiée le 6 août 2000 sous la signature du cardinal préfet Joseph Ratzinger vient d’être envoyée aux oubliettes. Le 16 septembre, trois dicastères du Vatican ont publié (dans le silence médiatique) un document intitulé Un chemin d’espérance, célébrant les 60 ans de la déclaration de Vatican II Nostra Aetate [promulguée par Paul VI le 28 octobre 1965, sur les relations de l’Église catholique avec les religions non chrétiennes]. Le pape Léon XIV l’a personnellement approuvé.

Ce texte reconnaît (enfin!) que Vatican II a introduit un « changement profond » dans la manière dont l’Église comprend les autres religions.

Exit l’Evangélisation (devenue, insulte suprême, prosélytisme), la Mission, la Vérité en Jésus-Christ, place au vocabulaire désormais obligatoire: « compagnons de route », « fraternité », « dialogue », « rencontre »,« trésor spirituel » et l’inévitable polyèdre (© Bergoglio!!)

Léon XIV approuve le texte du Vatican.

Le prosélytisme « n’a plus de sens » ; le texte appelle à une « recherche commune de la vérité » avec les fausses religions ; il reconnaît que Vatican II a constitué un « changement profond » dans la conception de l’Église

Chris Jackson
Hiraeth In Exile

17 septembre 2026

Il arrive parfois que Rome publie un document si utile qu’un traditionaliste n’a pratiquement pas besoin d’y ajouter de commentaire.

Le 16 septembre, trois dicastères du Vatican ont publié conjointement « Un chemin d’espérance », commémorant les soixante ans de Nostra Aetate. Les dicastères pour la Doctrine de la Foi, l’Unité des chrétiens et le Dialogue interreligieux l’ont tous signé.

Léon XIV l’a personnellement approuvé le 22 juin et a ordonné sa publication.

Le document nous dit que Vatican II a entraîné un « changement profond » dans la compréhension qu’a l’Église des autres religions.

Il qualifie les adeptes des autres fausses religions de « compagnons de route sur le chemin de la vérité ».

Il décrit le dialogue interreligieux comme un « locus théologique où lEsprit Saint souhaite se faire entendre à travers la rencontre avec l’autre ».

Il évoque les « textes sacrés » des différentes religions.

Il appelle à une « recherche commune de la vérité ».

Puis, vers la fin, voici cette perle :

« Le retranchement défensif dans sa propre position et l’idée que le prosélytisme est la seule manière d’entrer en relation avec l’autre n’ont plus de sens. »

Et la conclusion invite les catholiques à aller de l’avant, soutenus par la grâce de Dieu « et le trésor spirituel des traditions religieuses ».

Nous y voilà.

Soixante ans après Nostra Aetate, Rome a enfin produit quelque chose qui s’apparente à un bilan d’étape.

L’expérience a fonctionné.

Mais peut-être pas de la manière dont on a autrefois enseigné aux catholiques à comprendre la mission de l’Église.

Apparemment, l’Esprit Saint a désormais une chaire dans les autres religions

Commençons par le paragraphe 51.

  • Le dialogue interreligieux, dit le document, est un locus théologique où le Saint-Esprit « souhaite se faire entendre » à travers la rencontre avec l’autre religieux.

Un « locus théologique » n’est pas une expression à prendre à la légère. Elle désigne un lieu ou une source où la compréhension théologique se trouve et se développe.

Les catholiques ont toujours reconnu des fragments de vérité naturelle en dehors des frontières visibles de l’Église. Aristote connaissait des choses réelles. Un musulman peut affirmer l’existence d’un seul Dieu. Un bouddhiste peut condamner la cupidité. Un hindou peut accomplir un acte de vertu naturelle.

La vérité reste la vérité, quel que soit celui qui la prononce.

On est à des années-lumière de considérer la rencontre religieuse elle-même comme un locus où l’Esprit Saint souhaite s’adresser à l’Église.

Car les religions renferment plus que des vérités isolées.

Elles renferment des affirmations.

  • L’islam enseigne que Jésus-Christ n’est pas Dieu.
  • Le judaïsme rabbinique le rejette en tant que Messie.
  • Les traditions hindoues contiennent des conceptions de Dieu, de la réincarnation et du salut inconciliables avec la révélation chrétienne.
  • Le bouddhisme ne s’inscrit même pas dans la conception chrétienne du Créateur et de la créature.

Qu’ enseigne donc l’Esprit au catholicisme à travers ces systèmes religieux contradictoires ?

Le nouveau document n’accorde jamais à cette distinction l’urgence qu’elle mérite.

A la place, on nous propose le « dialogue », la « rencontre », les « pèlerins de la vérité », le « trésor spirituel » et l’inévitable polyèdre.

L’impression s’installe peu à peu.

Les autres religions cessent d’apparaître avant tout comme des mélanges de vérité naturelle et de graves erreurs religieuses, dont les adeptes ont besoin du Christ. Elles commencent à ressembler à des écosystèmes spirituels voisins dont les catholiques eux-mêmes devraient attendre un enrichissement théologique.

C’est tout un chemin parcouru depuis « Allez donc et faites de toutes les nations des disciples ».

Pie XI serait apparemment coupable de « retranchement défensif »

Comparez cela à Mortalium Animos [encyclique de Pie XI (1928) sur l’unité de la véritable Eglise, ndt].

En 1928, Pie XI s’est opposé presque exactement à la mentalité aujourd’hui célébrée par Rome : des rassemblements religieux organisés autour d’aspirations spirituelles communes, de fraternité, de paix et de vérités partagées.

  • Il ne les a pas qualifiés de « locus théologiques ».
  • Il a averti que le fait de traiter les religions comme autant d’expressions louables de l’instinct religieux de l’humanité conduisait à l’indifférentisme.
  • Dieu a révélé une religion, insistait Pie XI, et l’obligation de l’humanité est d’y croire. Le Christ a fondé une seule Église visible pour conduire les hommes au salut éternel.

Le contraste est presque gênant.

Lisez Pie XI, puis lisez le paragraphe 54 de la nouvelle note du Vatican.

  • L’un parle de ramener ceux qui sont en dehors vers la seule vraie Église.
  • L’autre met en garde contre la « défensive », « l’hostilité », la « conquête » et les « modèles monolithiques et isolés ».
  • L’apologiste moderne recourt immédiatement au mot prosélytisme.

À juste titre, il existe une distinction entre évangélisation et prosélytisme si ce dernier implique la contrainte, la manipulation, l’achat de convertis ou le fait de traiter les êtres humains comme des trophées.

Le travail missionnaire catholique n’a jamais eu besoin de recourir à la ruse. Mais Rome a rendu ce terme si extensible que l’urgence missionnaire elle-même est désormais mise en doute.

Jean-Paul II lui-même écrivait encore dans Redemptoris Missio [encyclique de 1990 « sur la valeur permanente du précepte missionnaire », ndt] que le dialogue interreligieux ne dispense pas de l’évangélisation. Les autres religions, disait-il, comportent « des lacunes, des insuffisances et des erreurs » ; la mission reste orientée vers ceux qui ne connaissent pas le Christ et son Évangile.

Dominus Iesus était encore plus direct. La seule vraie religion subsiste dans l’Église catholique et apostolique, et les hommes sont tenus de rechercher la vérité, une fois connue, de l’embrasser et de lui rester fidèles.

Aujourd’hui

  • Le dialogue est un lieu où l’Esprit souhaite se faire entendre à travers l’autre.
  • Recherche commune de la vérité.
  • Compagnons de route.
  • Trésors spirituels.

Quelque chose a bougé. Le document du Vatican lui-même l’admet dans son paragraphe d’introduction : Nostra Aetate a marqué un « changement profond dans la compréhension et l’expression de l’Église » concernant sa relation avec les autres religions.

Merci.

On a passé 60 ans à dire aux traditionalistes que rien de substantiel n’avait changé.

  • Rome vient d’utiliser le mot profond.
  • Le paragraphe 59 affirme que l’Esprit Saint œuvre « au sein des diverses cultures et religions des peuples ».
  • Le paragraphe 60 invoque le « trésor spirituel des traditions religieuses ».
  • Le paragraphe 32 trouve un critère universel dans les « textes sacrés » des religions.
  • Le paragraphe 33 reprend la description faite par Léon de leurs adeptes comme des compagnons de route « sur le chemin de la vérité ».

Et Léon a approuvé tout cela.

Voilà toute l’histoire.

L’homme qui revendique une juridiction universelle sur l’Église catholique a approuvé un document du dicastère doctrinal qui décrit le pluralisme religieux précisément de cette manière.

Un sédévacantiste n’a guère besoin d’ajouter quelque chose

Il lui suffit de poser Mortalium Animos sur la table et de demander ce que l’indéfectibilité [càd la promesse divine selon laquelle l’Église durera jusqu’à la fin du monde en gardant ses éléments essentiels (foi, sacrements) sans faillir, ndt] est censée signifier.

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