La France mise à sac. Complotisme et « ingérences étrangères »

23 Oct 2026 | Actualités

Mise à jour (24 octobre)
Alors que la France vit dans l’attente anxieuse d’un samedi de terreur (dont fasse le Ciel qu’il ne se produise pas!), que les commentaires et les revendications se multiplient, au point de ne plus avoir grand chose de commun avec les motifs initiaux, et surtout que l’incendie semble vouloir se propager à tout le continent, il vient spontanément à l’esprit la question: cui prodest ? A qui cela profite-t-il? Qui tire les ficelles, où est le centre de commandement, qui est derrière ce qui apparaît de plus en plus comme une gigantesque opération de manipulation des foules, démultipliée par la puissance de la technologie?

Qualifier ceux qui se posent cette question de complotistes bas du front n’aide pas à comprendre ce qui se passe sous nos yeux, première étape pour (essayer d’) apaiser le désordre (du reste, aujourd’hui, tout le monde est complotiste, au premier rang le président de la république, qui parle lui-même d’ « ingérences étrangères »).

Même remarque pour ceux qui balaient ces questions, pourtant prégnantes, dans le sarcasme et la caricature, avec la formule lapidaire « célérus ». Certes, la Russie a tout intérêt à voir l’Europe affaiblie, et l’accuser de commanditer les émeutes, c’est franchir un pas, qui a peu à voir avec la recherche de la vérité, mais beaucoup avec l’idéologie. Mais c’est une hypothèse qu’on ne peut pas exclure à 100%.

Bref, la réponse n’est pas simple, il n’y a aucune certitude, juste des pistes, dont il est probable que plusieurs convergent, même involontairement, vers le même but. En exclure certaines, au prétexte qu’elles contredisent nos convictions, c’est s’interdire de faire le bon diagnostic et de sortir de la dramatique impasse.

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Une première piste

Cette petite note qu’AM Valli écrit en marge d’une réflexion personnelle sur les émeutes (par ailleurs très intéressant, et plutôt inattendu) est une première piste, que j’aurais suivi volontiers

Mener une guérilla urbaine n’est pas chose facile. Ce n’est pas quelque chose qui s’improvise. Il faut une organisation et une stratégie. Qui les fournit à ces jeunes ? Qui tire les ficelles ?

On parle d’infiltrations. Eh bien, il ne faudrait pas s’étonner d’infiltrations inavouables. Destinées à semer le chaos afin de justifier des réponses « musclées », qui plaisent aux décideurs. Tout cela, on l’a déjà vu, tout cela, on l’a déjà vécu.

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Cette piste est peut-être si évidente qu’elle en est trop simple.

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Et une deuxième (la guerre hybride)

Celle-là, je l’aurais rejetée a priori. Mais elle n’est pas complètement insensée. Après l’avoir lue, on se dit « pourquoi pas? « . Ou, pour citer mon cher Benoît XVI qui, interrogé par Peter Seewald sur les prophéties de saint Malachie, répondait: « Tout est possible ».

Elle est issue de la plume de Roberto de Mattei, résolument anti-russe (on dira: aveuglé, entre autre, par son tropisme anti-russe, qui plonge ses racines certainement dans son anticommunisme viscéral), mais redoutable argumenteur qui s’appuie sur une vraie culture classique).

Attention, le début de l’article est insoupçonnable et uniquement factuel. C’est dans la suite qu’il faut chercher la… deuxième piste.

Essais de guérilla urbaine en Europe

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21 octobre 2026.

Roberto de Mattei
www.corrispondenzaromana.it/prove-di-guerriglia-urbana-in-europa

Une vague de violences et de ravages s’abat sur l’Europe en ce mois d’octobre. 
En France, les mobilisations ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes à Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux et Limoges. À Limoges, l’incendie de la mairie et l’effondrement de sa tour ont rappelé les images de la flèche de Notre-Dame ravagée par les flammes en 2019. Cette fois-ci, cependant, le feu a été allumé par des groupes de manifestants masqués : une agression délibérée contre un bâtiment qui fait partie de l’histoire et de l’identité de la ville.  

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Le maire de Limoges, Guillaume Guérin, a déclaré que l’État avait abandonné sa ville, comme cela s’est produit à Paris, où le maire Emmanuel Grégoire a affirmé que de vastes quartiers de la capitale avaient été librement saccagés. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a présenté sa démission, que le président Emmanuel Macron a rejetée, tout en reconnaissant que «dans certaines villes, nous avons perdu le contrôle». Il s’agit là d’un aveu politiquement lourd de sens : un État incapable de protéger ses propres institutions expose publiquement sa faiblesse. Puis, le 19 octobre, un couvre-feu a été instauré à Paris et dans d’autres villes françaises. Dès le 8 octobre, Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise, avait écrit que «la Bastille a été reprise», attribuant à une manifestation étudiante la signification symbolique d’une conquête révolutionnaire. La contestation est devenue, et pas seulement en France, une occasion d’occuper le devant de la scène politique en vue des élections de 2027. En Italie aussi, à Milan, Turin et Bologne, les rues sont devenues le théâtre d’attaques, de pillages et d’affrontements avec la police. Mais les courants de gauche qui tentent de transformer la mobilisation permanente en un moyen de pression sur les gouvernements risquent d’être dépassés par la rue qu’ils prétendent représenter. Lorsque l’anarchisme, l’antisionisme et la propagande islamiste se mêlent à la contestation, le contrôle politique du mouvement devient de plus en plus précaire. Ceux qui pensent pouvoir se servir du désordre pour s’emparer du pouvoir risquent de découvrir que ce désordre a sa propre dynamique, qui échappe aux calculs de ses propres partisans.

Les principaux acteurs des violences urbaines en Europe aujourd’hui sont surtout des mineurs, que l’on appelle en Italie « maranza », un terme utilisé, souvent de manière générique, pour décrire des milieux de jeunes où s’entremêlent le culte de la domination, l’ostentation de la force et le mépris de toute règle.  Ce nouveau groupe socioculturel est constitué en grande partie d’enfants d’immigrés de deuxième ou troisième génération, déracinés des traditions et de la culture de leurs pères, mais non intégrés dans la société où ils ont atterri et envers laquelle ils nourrissent une haine souvent viscérale. Le nihilisme qui caractérise cette génération, rebelle dès l’école primaire, se manifeste par le rejet de toute autorité : familiale, scolaire, religieuse, civile. Avant même la vitrine brisée, il y a la conviction que rien ne mérite le respect ; avant l’agression contre le policier, il y a l’idée que toute autorité est un abus. Pendant des années, l’intelligentsia de gauche, dominante en Europe, a enseigné à se méfier de toute contrainte et de toute dépendance, confondant l’éducation avec la répression et la discipline avec l’autoritarisme. On s’étonne aujourd’hui qu’une partie des jeunes considère la force comme le seul langage efficace.

Le terreau des manifestations de la jeunesse n’est pas seulement politique, mais traduit un malaise social plus large et surtout un profond vide de valeurs, qui s’exprime par une fureur dévastatrice. Cependant, personne ne croit à la spontanéité de ces manifestations. Les manifestants sont mobilisés sur les réseaux sociaux avec des slogans qui, en Espagne, en France, en Belgique et en Italie, ont les mêmes motivations : la cherté de la vie, les loyers, les revendications des jeunes et l’antagonisme politique. Dans notre pays, la stratégie d’un tout nouveau « Mouvement du 17 octobre » prévoit une mobilisation permanente avec des rendez-vous fixes tous les samedis après-midi à 15 heures dans différentes villes italiennes.

 Les jeunes, pour la plupart le visage couvert, se postent à des endroits stratégiques, choisissant des cibles précises contre lesquelles déchaîner leur violence. La contestation sociale fournit le terreau ; les groupes militants sélectionnent les cibles ; la communication numérique multiplie la mobilisation et l’émulation. 

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Les services de sécurité français et occidentaux signalent que les manifestations et les troubles sont alimentés ou accélérés par des campagnes de désinformation et par des influenceurs en ligne financés ou dirigés directement depuis l’étranger, dans le cadre de ce qu’on appelle la « guerre hybride » visant à déstabiliser le tissu social et économique européen. 

Dans un article paru dans « Libero » le 20 octobre, Andrea Morigi met en évidence l’intérêt de Moscou et de Téhéran à attiser les révoltes qui embrasent l’Europe.

L’idéologue russe Aleksander Dugin a déclaré sur les réseaux sociaux que

«Plus il y a de chaos, mieux c’est». «Ces Européens veulent lutter contre la Russie : comment pensent-ils que cela puisse arriver alors qu’ils ne parviennent même pas à garantir un minimum d’ordre dans leurs propres villes ?».

Le Premier ministre albanais Edi Rama soupçonne lui aussi une mise en scène internationale derrière les foyers de guérilla urbaine qui se sont déclenchés en Europe, y compris à Tirana, en l’espace de quelques jours. Les milliers de faux profils et les cyberattaques, attribués à l’Iran par les services de renseignement albanais, en constituent une confirmation.  activés dans son pays.   

L’analyste Marta Ottaviani a quant à elle écrit dans le « Quotidiano Nazionale » du 19 octobre :

« Les manifestations européennes offrent à Moscou l’occasion d’ attiser le chaos sans nécessairement en être à l’origine. Les services russes peuvent exploiter les tensions déjà existantes par le biais de provocations et de campagnes de désinformation, en amplifiant tant les violences des manifestants que les interventions de la police. L’objectif est d’exacerber les divisions sociales, de délégitimer les gouvernementset d’affaiblir la confiance dans les institutions démocratiques. C’est une stratégie déjà mise à l’épreuve par le Kremlin : sa guerre hybride se caractérise avant tout par son caractère insaisissable, à tel point que de nombreux chercheurs la qualifient de « guerre grise ». Ce n’est pas un hasard si les manifestations d’hier ont également été suivies de près par Rybar, une chaîne Telegram influente fondée par Mikhaïl Zvinchuk, ancien fonctionnaire du ministère russe de la Défense. La chaîne a publié une carte mise à jour des manifestations en France, en Italie et dans d’autres pays européens, accompagnée d’une analyse prévoyant une succession de crises nationales, plutôt qu’une révolte généralisée.

Dans le camp opposé, la chaîne d’opposition biélorusse NEXTA a attiré l’attention sur le soutien apporté par le passé par Moscou aux gilets jaunes français, suggérant le risque de nouvelles instrumentalisation des manifestations par le Kremlin. Il est certain que ce que nous avons vu ce week-end n’est qu’un début, à la veille d’une année 2027 riche en élections dans les pays européens ».

La guerre hybride trouve un terrain propice dans des sociétés de plus en plus fragmentées et dans des institutions désorientées et divisées.

Ce qui se passe actuellement montre à quelle vitesse une manifestation peut se transformer en une crise de l’autorité et de l’ordre public. Le spectre de l’« ingouvernabilité urbaine » refait surface sur le continent alors que l’Europe doit faire face à de graves menaces à ses frontières. Ceux qui renoncent à gouverner leurs propres villes finissent par les livrer à ceux qui savent y semer la peur. (…)

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Why not?

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