La femme de la grotte (*) n’aime pas que le Pape vote

2 Nov 2026 | Actualités

Léon XIV vote aux élections de mi-mandat dans son pays d’origine. Sur le plan laïc, qui est celui de César, rien à redire. D’ailleurs les médias, quand ils ne réduisent pas la nouvelle à une simple anecdote pittoresque, se réjouissent, sur l’air « Le Vatican sort enfin du Moyen-Âge ». Mais sur le plan d’au-dessus, qui est celui de Dieu, et qui est aussi celui où le Pape devrait se mouvoir, y a-t-il vraiment de quoi applaudir?

Rita Bettaglio, oblate bénédictine et collaboratrice régulière du blog d’AM Valli, qui y tient une rubrique récurrente sous le titre « Chroniques de la Grotte » (*), exprime toute ses réserves de « cavernicola » (habitante de la grotte) sur cette pratique inédite du Vicaire du Christ.

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Le pape, croyant être encore le simple citoyen qu’il était, vote aux élections législatives : ce faisant, il prend parti pour un camp et s’oppose à un autre.
N’y a-t-il pas, dans les deux camps, ses enfants, enfants du Christ et de l’Église ? 
Comment peut-il favoriser les uns et s’opposer aux autres ?
N’est-il pas le père de tous et ne doit-il pas conduire tout le monde vers le Christ,
qui est le seul chemin vers le Père et vers le salut ?

Chroniques de la grotte / Beaucoup de perplexité à propos du pape qui vote. Comme s’il était encore le citoyen d’avant

Rita Bettaglio

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Le pape, Sa Sainteté Léon XIV, a fait savoir par l’intermédiaire du service de presse du Vatican qu’il avait pris part aux élections de mi-mandat américaines en votant par correspondance.

La nouvelle est également parvenue jusqu’à la grotte où, une fois arrivée, elle a fait l’effet d’une bombe. Au départ, la cavernicole [litt. : la femme des cavernes/de la grotte] ne voulait pas y croire, une telle chose lui semblant impossible. Elle a toutefois dû se rendre à l’évidence face au communiqué de la salle de presse du Vatican daté du 30 octobre 2026.

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Cela vaut la peine de le lire, car il en dit bien plus qu’il n’y paraît à première vue.

« Le pape Léon XIV a exercé son droit de vote en tant que citoyen américain chaque fois qu’il en a eu l’occasion. »

Le Service de presse du Saint-Siège confirme que, conformément à cette pratique bien établie de participation citoyenne, le Pape a envoyé son bulletin de vote par courrier à Chicago. Le Saint-Père a également confirmé que, pendant les années où il a résidé au Pérou, il a exercé son droit de vote chaque fois qu’il en a eu l’occasion.

« Le Saint-Père exprime sa conviction quant au droit et au devoir des citoyens de participer aux processus démocratiques. »

Un communiqué qui n’est qu’une justification : le pape aurait « exercé son droit de vote en tant que citoyen des États-Unis » (d’ Amérique, supposons-nous) « chaque fois qu’il en a eu l’occasion ». Il s’agit donc, poursuit le communiqué, d’une « pratique bien établie de participation civique ».

Peut-être que la cavernicole ne comprend pas bien l’italien dans sa version vaticane, mais il lui semble comprendre que le vote exprimé ait été presque un acte de continuité par rapport au passé, à l’époque où Robert Francis Prevost était le citizen, le citoyen Prevost et rien d’autre. Il était un citoyen-prêtre, pour employer le terme jacobin, soumis à l’autorité civile de son pays.

Mais aujourd’hui, il n’est pas seulement un chef d’État, celui de l’État du Vatican, mais aussi le Vicaire du  Christ : son royaume, tout comme celui de Celui qu’il représente, n’est pas de ce monde.

Qu’a dit en effet Notre Seigneur à Pilate qui lui demandait s’il était roi ?

« Regnum meum non est de hoc mundo. Si ex hoc mundo esset regnum meum, ministri mei utique decertarent ut non traderer Judæis : nunc autem regnum meum non est hinc » (Jn 18, 36).

« Mon royaume n’est pas de ce monde », a dit le Seigneur : il n’est donc ni américain, ni d’aucun autre pays. Pourquoi alors son Vicaire sur terre se jette-t-il dans la mêlée électorale comme n’importe quel citoyen ?

Sa « conviction quant au droit et au devoir des citoyens de participer aux processus démocratiques » est-elle celle du citoyen Prevost ou celle du pape ? Le pape, dès l’instant où il accepte son élection au trône de Pierre, cesse d’être l’homme qu’il était jusqu’à l’instant d’avant et renonce à ses convictions concernant les affaires de ce monde.

Saint Paul écrit aux chrétiens de Corinthe :

« Si quelqu’un est dans le Christ, c’est une nouvelle créature ; les choses anciennes sont passées, voici, toutes choses sont devenues nouvelles » (2 Co 5, 17).

Si le pape lui-même n’est pas dans le Christ, dites donc à cette pauvre troglodyte, qui devrait l’être !

Qu’est-ce qui devrait naître de nouveau chez le Vicaire du Christ ? Qu’est-ce que les catholiques s’attendent à voir germer chez le Souverain Pontife ? L’universalité, le caractère sacré de sa fonction, le fait d’être super partes parmi les hommes et non pas un dirigeant parmi tant d’autres sur cette terre.

Le pape, croyant être encore le simple citoyen qu’il était, vote aux élections législatives : ce faisant, il prend parti pour un camp et s’oppose à un autre. N’y a-t-il pas, dans les deux camps, ses enfants, enfants du Christ et de l’Église ?  Comment peut-il favoriser les uns et s’opposer aux autres ? N’est-il pas le père de tous et ne doit-il pas conduire tout le monde vers le Christ, qui est le seul chemin vers le Père et vers le salut ?

Aucun autre pape ne semble avoir voté lors d’élections politiques, comme le clament tous les journaux. Le « Manifesto » [ex-voix du PCI] va même jusqu’à qualifier le vote du pape de « vote anti-Trump ».

Un vote est nécessairement en faveur de quelqu’un et contre quelqu’un d’autre : il ne peut en être autrement. Par conséquent, celui qui vote se déclare partial et cesse donc d’être super partes.

Tertium non datur, diraient les Latins.

On raconte qu’Antoine, le père des moines [Saint Antoine le Grand, eglise.catholique.fr/saint-du-jour/17/01/saint-antoine-grand/], aurait lui aussi été tenté de céder aux attraits du monde.

Un jour, le père Antoine reçut une lettre de l’empereur Constantin qui l’invitait à Constantinople. Il se mit alors à réfléchir à ce qu’il devait faire. Il demanda donc au père Paul, son disciple : « Faut-il y aller ? » Celui-ci lui répondit : « Si tu y vas, tu t’appelleras Antoine ; et si tu n’y vas pas, tu seras le père Antoine. »

« Sic transit gloria mundi », disait-on au nouveau pape lors de la cérémonie de couronnement, en lui montrant une mèche en train de brûler.

Mais aujourd’hui, les papes ne sont plus couronnés…

(*) Cronache della Grotta

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Les Cronache dalla grotta (« Chroniques de la grotte ») sont une rubrique de Rita Bettaglio publiée sur le site italien d’Aldo Maria Valli, Duc in altum. À travers le personnage de la « cavernicola », la femme des cavernes, l’auteur raconte son expérience d’une vie inspirée par la spiritualité monastique, faite de solitude, de silence, de prière et de méditation.

Mais la grotte n’est pas un refuge coupé du monde : c’est aussi un observatoire depuis lequel l’auteur porte un regard volontiers décapant sur l’actualité religieuse et ecclésiale. Avec humour, liberté de ton, références aux Pères du désert, aux saints et à la littérature, elle commente les événements contemporains en les confrontant à la tradition chrétienne.

La chronique joue ainsi sur un contraste savoureux : celui d’une femme qui a choisi la solitude, mais qui n’ignore rien des agitations du monde et sait parfois les commenter avec une ironie mordante.

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Quand ont-elles commencé ?

Les premières chroniques que j’ai retrouvées remontent à février 2024 :

La rubrique est donc née au début de l’année 2024 et s’est poursuivie régulièrement depuis.

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Qui est Rita Bettaglio ?

Rita Bettaglio est une Italienne originaire de Gênes, née en 1966. Son parcours est assez particulier :

  • Elle a exercé pendant une trentaine d’années le métier d’infirmière.
  • Elle est aujourd’hui oblate bénédictine au monastère Saint Benoît, à Nurcie, en Ombrie (une oblate bénédictine est une laïque qui s’attache spirituellement à une communauté monastique et s’inspire de la règle de saint Benoît, sans être nécessairement religieuse au sens canonique).
  • Elle possède une formation classique, notamment en latin et en littérature.
  • Elle écrit depuis plusieurs années pour différentes publications, avec une prédilection pour les questions monastiques et spirituelles.

Aldo Maria Valli, qui la connaît personnellement, souligne notamment sa culture classique, sa maîtrise du latin, son goût pour les Pères du désert et les auteurs spirituels, mais aussi son humour et son talent littéraire (cf. www.aldomariavalli.it/2025/12/20/cronache-dalla-grotta-un-libro-tutto-da-gustare/).

Il raconte qu’elle lui avait spontanément proposé un premier article et qu’il avait immédiatement été séduit par sa qualité d’écriture. C’est ainsi qu’est née leur collaboration.

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Un livre issu de la chronique

Cronache dalla grotta – Rita Bettaglio – Fede & Cultura

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