Sur son blog, AM Valli accueille désormais les témoignages de nombreux prêtres (les « non-alignés ») sur la situation actuelle de l’Eglise. Dernière contribution en date, celle du P. Gabriele Rossi, déjà rencontré, qui répond à la lettre « enflammée » du « prêtre à la Guareschi« .

Du P. Rossi, sur Duc in altum, traduit dans ces pages:

Cher don Andrea, voilà pourquoi tout en ayant tort, vous avez raison

Aldo Maria Valli
23 juillet 2019
www.aldomariavalli.it
Ma traduction

La contribution que je vous propose aujourd’hui m’a été envoyée par un religieux, le Père Gabriele Rossi (des Fils de l’Amour Miséricordieux) et c’est une lettre ouverte à don Andrea Maggi, duquel je me suis occupé ici.
Il n’arrive pas tous les jours qu’un prêtre suspendu a divinis s’adresse publiquement à un autre prêtre suspendu a divinis. Et je suis heureux que le contact ait lieu ici, dans ce blog à la disposition des irréguliers et des marginalisées.
La question affrontée par le père Gabriele est celle, encore non résolue, de la co-présence de deux papes. Avec une incursion dans un futur pour l’instant seulement imaginée, mais qui sait….


Le Pape Benoît XVI est toujours parmi nous

TOUS DEUX SUSPENDUS A DIVINIS

Révérend don Andrea,

(…) Je vous écris non pas pour vous faire changer d’avis sur quelque chose, mais parce que votre histoire est idéale pour réfléchir à nouveau, avec les lecteurs de ce blog, à une question qui est encore d’une actualité brûlante pour toute l’Eglise: précisément, la démission de Benoît XVI en février 2013.

Sachez que, comme vous, je suis à ce jour moi aussi suspendu a divinis à cause de la situation actuelle de l’Église: vous parce que vous avez critiqué ouvertement la démission du Pape Benoît XVI, brûlant sa photo en public; moi parce que, malgré tout, je le considère comme toujours Pape (même si c’est, évidemment, dans une forme limitée et conditionnée). Nos motivations semblent différentes et opposées, mais en réalité, elles sont similaires et complémentaires, comme les deux faces d’une même médaille.

LA LENTE PRISE DE CONSCIENCE

Je prends acte et je vous reconnais le mérite du fait que, dans les affaires de l’Église, vous avez eu des soupçons dès le début et protesté avec vigueur dès 2013.
Moi, par contre, il m’a fallu beaucoup plus de temps. Au début, en fait, j’ai considéré la démission de Benoît XVI comme opportune, à la fois pour lui et pour nous (à cause des attaques continues et violentes contre lui durant tous ces mois) ; puis j’ai regardé avec beaucoup d’espoir le nouveau timonier sud-américain; et quand la publication d’Amoris laetitia (2016) a forcé les honnêtes à ouvrir les yeux sur ce qui se passait, j’ai essayé désespérément de récupérer la figure Benoît XVI, me repliant sur la théorie des deux papes légitimes. Mais finalement, j’ai dû reconnaître que même cette solution canonique n’avait qu’un caractère fictif et temporaire, dans la mesure où elle était totalement insoutenable du point de vue théologique et juridique (en fait, un corps ne peut pas avoir deux têtes; ou, s’il se présente avec deux têtes, une seule sera la décisive).
Aujourd’hui, enfin, il me semble être arrivé au cœur du problème (et cela s’est produit aussi grâce aux longues promenades, chapelet à la main, que la suspension m’a offerte durant ces mois). Et le noyau est précisément le suivant: la validité ou non, du point de vue canonique, de la renonciation de Benoît XVI. À mon humble avis, c’est la mère de toutes les questions.
Je vais essayer de m’expliquer en style télégraphique.

LES DEUX HYPOTHÈSES FONDAMENTALES

Si la renonciation de février 2013 est valide (dans la mesure où elle est suffisamment libre et volontaire), voilà ce qu’il en résulterait :

  • Le Conclave de mars 2013 et l’élection du Pape Bergoglio seraient également valides (il convient de noter que, selon la Constitution apostolique Universi Domici gregis, d’éventuelles autres irrégularités présentes dans ce Conclave ou dans sa préparation – comme les manœuvres de la dite Mafia de Saint-Gall – affecteraienttout au plus la licéité du tout, mais pas la validité) ;
  • La renonciation seulement partielle du Pape Benoît XVI ne serait plus justifiée, avec cette étrange distinction entre «exercice actif et exercice contemplatif» de la papauté, et le titre tout aussi étrange de «Pape émérite»;
  • Le seul responsable de l’Église catholique, pour le meilleur et pour le pire, serait donc le pape Bergoglio, au point que personne ne pourrait s’opposer à lui d’une manière juridiquement décisive, pas même dans le cas d’une hérésie certaine et notoire (et sur ce point j’épouse pleinement la thèse de l’évêque Schneider).

Si au contraire la renonciation de février 2013 n’était pas valide (à la suite de pressions extérieures graves, auxquelles le Souverain Pontife, en toute bonne foi, a pensé q’il ne pouvait plus résister), il s’ensuivrait que :

  • Ni l’élection du cardinal Bergoglio ni l’ensemble de son pontificat du début à la fin n’auraient de valeur canonique.
  • Les paroles par lesquelles Benoît XVI a déclaré qu’il démissionnait de la papauté, non pas complètement, mais seulement dans la dimension opérationnelle, acquérraient une très grande valeur morale et juridique:

«celui qui assume le ministère pétrinien n’a plus aucune vie privée. (…) parce qu’il n’appartient plus à lui-même, il appartient à tous et tous lui appartiennent. Le « toujours » est aussi un « pour toujours » – il n’y a plus de retour dans le privé. Ma décision de renoncer à l’exercice actif du ministère, ne supprime pas cela. Je ne retourne pas à la vie privée… Je n’abandonne pas la croix, mais je reste d’une façon nouvelle près du Seigneur crucifié. Je ne porte plus le pouvoir de la charge pour le gouvernement de l’Église, mais dans le service de la prière, je reste, pour ainsi dire, dans l’enceinte de saint Pierre» (Catéchèse, 27 février 2013 http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2013/documents/hf_ben-xvi_aud_20130227.html );


et, avec ces paroles, ses gestes acquerraient aussi une très grande valeur morale et juridique: le fait d’avoir gardé l’habit, le nom, le titre et les armoiries du Pape; et d’être resté pour vivre au Vatican, au détriment de sa propre liberté de mouvement (même si peut-être au début il ne pouvait imaginer ce qui allait arriver).

BENOÎT RESTE PAPE

Révérend don Andrea, voilà le cœur de la question: il n’est pas vrai – comme vous l’avez dit – qu’en 2013 Benoît XVI a abandonné le navire, comme Schettino; il n’est pas vrai qu’il a fracassé le Rocher de Pierre, le réduisant en poussière; il n’est pas vrai qu’il n’a pas voulu mettre sa faiblesse au service de la force divine. Ce n’est pas vrai! Parce que si cela avait été vrai, Benoît XVI aurait quitté la papauté dans son intégralité, se serait à nouveau habillé en simple cardinal, serait retourné dans sa belle Bavière, et aurait parcouru le monde pour donner des conférences et des interviews. Et au lieu de cela, il n’avait pas l’intention de le faire, et il ne l’a pas fait !

Au contraire, il faut reconnaître et proclamer que Benoît XVI reste Pape comme avant et plus qu’avant, parce qu’il a certainement renoncé à l’exercice actif de la papauté, mais pas à la papauté comme telle. On peut dire sans risque de se tromper qu’il a renoncé à faire le Pape, mais pas à l’être ; ou – pour reprendre l’image de son secrétaire personnel, Mgr Georg Gänswein – qu’il n’a pas fait un pas en arrière, mais un pas de côté.

POURQUOI TOUT CELA?

Maintenant, il est évident que nous nous trouvons face à une situation canonique plus unique que rare, qui n’a pas de précédent dans l’histoire de l’Église. Pour laquelle beaucoup d’entre nous se demandent: pourquoi tout cela arrive-t-il?

Et la réponse pourrait être la suivante: la situation ecclésiale actuelle – avec un Pape « actif » et un « contemplatif » – n’est pas une simple absurdité humaine, mais une authentique permission divine. Cette situation met en effet en lumière toute la pourriture qui existe dans l’Église, non seulement au niveau pratique et existentiel, mais aussi au niveau théorique et doctrinal. L’Église est pleine de plaies profondes et désormais infectées; et tant que le pus ne sortira pas complètement, ses plaies ne pourront jamais sécher et guérir.

Voilà: tel est le processus actuellement en cours! Et le grand problème du moment présent est que, même si nous parvenons à faire un diagnostic correct de la situation de l’Église, nous n’avons pas une solution pour vraiment la résoudre. C’est pour cela que les deux seules voies viables semblent être celles-ci: 1) valoriser au maximum le séjour du Pape Benoît XVI parmi nous; 2) modérer autant que possible les changements doctrinaux du Pape Bergoglio. Le reste sera fait par le Seigneur.

UN GESTE PROPHÉTIQUE INVOLONTAIRE?

Révérend don Andrea, en admettant que ces arguments ont un sens, nous devons reconnaître qu’en 2013, il était difficile de prédire un développement ecclésial comme l’actuel, à moins d’avoir eu des lumières spéciales, comme Padre Pio.

En tout cas, non seulement je suis d’accord avec la suggestion d’Aldo Maria Valli de comprendre et d’excuser le geste pyromane que vous avez fait en mars 2013 (dans la meure où il était dicté par un excès d’amour pour le Pape et l’Église), mais je dirais même plus: il peut être vu comme une sorte de geste prophétique involontaire, qui se trouve complètement en faveur de l’auguste personne du Benoît XVI.

Je m’explique: ce geste peut exprimer comme un rappel de la nécessité d’invoquer avec force le feu de l’Esprit Saint, afin que le Saint-Père puisse réaliser – dans les modalités et dans les temps établis non par nous, mais par la Divine Providence – ce qu’il désire certainement du fond de son âme: résister devant les loups et donner sa vie pour le troupeau, à l’image du Bon Pasteur.

UN VOYAGE LES YEUX FERMÉS

Révérend don Andrea, faisant appel à votre patience, je voudrais maintenant vous inviter à faire de temps en temps quelque chose de ce genre (je demande la même chose aux lecteurs): fermez les yeux un instant et imaginez un voyage dans le temps, pour arriver vers 2030.
Voilà la situation que vous pourriez rencontrer….

La ville de Rome est très différente de ce qu’elle était avant, on la reconnaît à peine. Le Pape régnant vient d’Afrique et s’appelle Clément XV. Il a réaffirmé avec force la doctrine de la Présence réelle du Seigneur dans l’Eucharistie, et il a imposé la dite réforme de la réforme concernant la Messe de Paul VI.
Il a aussi révélé en détail le troisième secret de Fatima, expliquant comment et quand il s’est réalisé au cours des dernières décennies, en particulier relativement à son prédécesseur Benoît XVI. Et, depuis Fatima, il a déjà consacré expressément et solennellement la Russie au Cœur Immaculé de Marie.
Il a également – et c’est le point le plus important – créé une Commission spéciale des Cardinaux pour enquêter sur la validité ou non de la démission dramatique de Benoît XVI en 2013. Et cette Commission, sur la base d’une documentation abondante et irréfutable, a déjà statué à l’unanimité (sept voix sur sept) que cet acte de renonciation doit être considéré comme canoniquement nul, en raison d’une série monstrueuse de pressions et de chantages de toutes sortes, contre le Saint-Père, par un groupe de prélats inscrits à la franc-maçonnerie, et par le gouvernement Obama lui-même (au point de bloquer les contacts entre la Banque du Vatican et les autres banques du système SWIFT).
Grâce à cette enquête, Clément XV a déjà déclaré, par un acte solennel et irréformable, que le pontificat tout entier du cardinal Jorge Mario Bergoglio doit être considéré en substance comme nul et non avenu, exception faite des précisions suivantes: ses actes sacramentels restent valides en vertu de l’ex opere operato; ses actes gouvernementaux sont guéris en vertu du Supplet Ecclesia; mais ses actes magistériaux, verbaux et écrits, sont déchirés du premier au dernier mot.
Et enfin Clément XV – à l’instar de son homonyme Clément XIV, qui vécut au XVIIIe siècle – a déjà supprimé la Compagnie de Jésus sur toute la surface de la terre, à l’exception d’une petite communauté d’une douzaine d’éléments qui se sont installés à Loyola en Espagne: ces religieux sont les seuls qui, sous le pontificat de leur illustre confrère, ont été capables de « lui résister en face » en se réclamant du Catéchisme de l’Eglise catholique de Jean Paul II. Pour eux, le Pape a reconfirmé l’interdiction absolue de l’accès à l’épiscopat, au cardinalat et à la papauté, et ce par un acte solennel et impératif, valable pour les siècles des siècles.

Voilà, Révérend don Andrea : vous verrez que, si de temps en temps vous faites l’opération que je vous ai décrite, quand après vous rouvrirez les yeux, la situation ecclésiale actuelle vous paraîtra moins dramatique et moins insupportable. Et même la fameuse renonciation du pape Benoît XVI ne semblera pas totalement dépourvue de logique et d’utilité.


Conclusion

Et quand ce n’est pas lui qui prend directement position, certains cardinaux encore sur la même longueur d’onde que le vrai Magistère de l’Église, comme le cardinal Gerhard Müller, le font. Il n’est certainement pas le Prélat le plus bavard et le plus réactif, mais il est certainement le plus qualifié en matière doctrinale et, par conséquent, le plus influent. Nous le remercions chaleureusement, en particulier pour ses deux interventions les plus importantes : le Manifeste de la Foi, en février dernier, et les Observations critiques sur le document préparatoire au Synode sur l’Amazonie, de ce mois de juillet. Et nous lui souhaitons plein succès dans la poursuite de cette voie claire et courageuse.

Pour ceux qui n’ont pas des œillères, ces diverses interventions pontificales et cardinalices devraient être plus que suffisantes pour comprendre ce qui se passe de nos jours dans l’Église catholique.

Cher Don Andrea, sursum corda: le Pape Benoît XVI est toujours parmi nous! Invoquons avec confiance le feu de l’Esprit Saint sur lui et sur toute l’Église! Et, comme célébrants, nommons-le volontiers dans le canon de la Sainte Messe !