Les très intéressantes explications de Stefano Magni sur la Bussola. Ces massacres sont une constante et ont peu à voir avec l’administration du moment. Chiffres à l’appui, on découvre même avec surprise qu’ils ont connu un pic sous Obama, pourtant idolâtré par la classe médiatique. En somme, Trump n’y est sans doute pour rien.

Quant à l’accusation lancée contre le président des Etats-Unis de tenir des discours de haine qui inciteraient des personnalités instables à passer à l’acte, il s’agit carrément d’une inversion. C’est la gauche qui non seulement hait tous ceux qui ne partagent pas ses idées mais passe souvent aux actes par la violence et la destruction.
Je crois plutôt qu’en plus d’être le symptôme inquiétant d’une société malade qui nous précède d’au moins dix ans dans le mal comme dans le progrès, l’instrumentalisation politique de ces massacres faite par les médias n’est que le premier round d’une campagne électorale où tous les coups seront permis, pour empêcher Trump d’être réélu.

L’auteur de l’article qui suit propose une autre explication.
Possible, et n’excluant pas l’autre

Les massacres aux États-Unis, le côté obscur de la liberté

Stefano Magni
La Bussola
6 août 2019
Ma traduction

Trente morts en l’espace d’une journée, dans les massacres d’El Paso (Texas) et de Dayton (Ohio) ont ravivé l’attention sur ce phénomène dramatique et inexplicable typique des États-Unis. La dynamique est toujours la même, de la première fusillade connue dans l’école de Columbine aux derniers massacres. Ce n’est pas la faute de Trump. La raison est plus profonde.

Trente morts en l’espace d’une journée, dans les massacres d’El Paso (Texas) et de Dayton (Ohio) ont ravivé l’attention sur ce phénomène dramatique et inexplicable typique des États-Unis. La dynamique est toujours la même, de la première fusillade connue dans l’école de Columbine aux derniers massacres: un tueur solitaire, souvent un adolescent, un motif obscur jusqu’au moment où il décide de tirer, et souvent confus même après l’avoir commis, une arme souvent illégale mais obtenue avec facilité. La volonté du meurtrier est toujours de faire autant de morts que possible, en frappant indistinctement. Dans le massacre de Dayton, la sœur de l’agresseur elle-même est morte, il l’avait accompagnée en voiture sur les lieux du crime.

Les médias considèrent le président américain Donald Trump comme « l’instigateur moral » de ces massacres. Et l‘Alt Right, l’extrême droite américaine, comme l’idéologie qui les motive.
Les médias perdent beaucoup d’inhibitions, dans ce genre de cas. Alors qu’il y a une réticence extrême, encore aujourd’hui, à parler de « terrorisme islamique », La Repubblica, pour donner l’exemple le plus frappant, titrait hier à la une « USA, massacres de l’homme blanc ».
La réalité est moins politique qu’on ne le croit. Donald Trump est le dernier président, mais les massacres sont un phénomène de longue date et leur fréquence ne varie pas avec le changement de la partie politique qui revient au gouvernement. Si l’on consulte les chiffres des archives de la violence armée, du massacre de l’école primaire de Sandy Hook le 14 décembre 2012 (20 enfants et 6 adultes assassinés, un choc national sans précédent) à ce jour, 2180 massacres ont été perpétrés avec des armes à feu.

Sur ces 2180 massacres, seuls quelques-uns ont droit à la une des journaux. Les plus célèbres, qui ont eu une couverture médiatique mondiale, sont ceux d’Orlando du 12 juin 2016 (50 morts), Las Vegas du 1er octobre 2017 (59 morts), Parkland High School du 14 février 2018 (17 morts). Au total, les massacres de masse avec armes à feu ont fait 2457 morts et 9130 blessés. Ils représentent environ 2% des victimes de crimes commis avec des armes à feu. Les massacres de masse restent une constante dans un tableau qui montre une amélioration sensible: une forte diminution des crimes et délits avec armes à feu au cours des 20 dernières années dans l’ensemble des États américains.

S’il s’agit là des chiffres et de l’ampleur du phénomène, sa fréquence montre très peu de liens avec une administration particulière. En bref, ce n’est pas la faute de Trump, si sous Obama il y a eu le plus grand nombre de massacres et de victimes et en tendance croissante. Après Sandy Hook, fin 2012, en 2013 on enregistre 253 épisodes avec 288 morts. En 2014, on en est 269 effusions de sang avec 265 morts (mais 1079 blessés). En 2015, le nombre de massacres s’élève à nouveau à 335, avec 368 morts et 1337 blessés. En 2016, le pic a été enregistré: 382 fusillades, 451 morts et 1538 blessés. Paradoxalement, juste dans les premières années de Trump, il y a une légère diminution, pas une augmentation: 346 fusillades en 2017 (437 victimes), 340 en 2018 (373 victimes) et dans les sept premiers mois de 2019 les massacres avec armes à feu sont déjà 255 avec 275 morts et 1065 blessés.

Le motif n’est pas toujours l’Alt Right. Le tueur d’Orlando était Omar Mateen, un musulman, qui, lors de l’attaque, a fait allégeance à l’État islamique. Le tueur de Las Vegas a frappé pour des raisons inconnues, probablement à cause d’une situation d’endettement insoutenable, causée par sa passion pour le jeu. Sa cible, un concert country, auquel assiste habituellement un public conservateur ou a-politique, ne peut être identifiée comme la cible de la haine d’un extrémiste de droite. Le terroriste de l’école secondaire Parkland a laissé des messages de haine raciste, mais la cause immédiate réside dans son expulsion de l’école où il a tiré. Dans le dernier massacre d’El Paso, le tueur était ouvertement raciste, mais dans le massacre de Dayton, l’agresseur semble avoir été de gauche, selon ses propres tweets.

Si la simplification politique et idéologique n’explique pas le phénomène (il est tout au plus bon pour l’instrumentaliser), on ne peut pas non plus tomber dans le piège de l’inversion des moyens avec les fins. Les massacres sont commis avec des armes à feu, mais ce n’est pas la faute des armes à feu, comme l’affirment ceux, surtout les démocrates, qui voudraient abolir ou modifier le deuxième amendement, c’est-à-dire la liberté traditionnelle des citoyens américains de porter des armes. Les lieux des massacres sont presque toujours « gun free« , des zones où il est interdit de garder une arme. L’agresseur se retrouve souvent en position d’être le seul homme armé qui tire sur une masse de personnes sans défense, presque toujours avec des armes achetées illégalement, ou achetées légalement, mais modifiées illégalement pour augmenter leur létalité. Là où des gardes armés sont présents, comme dans le dernier cas de Dayton, l’agresseur est neutralisé en peu de temps, moins d’une minute dans ce cas: les conservateurs n’ont pas tort de souligner cet aspect, demandant plus de gardes armés et plus de possibilités pour les citoyens de se défendre contre ces agresseurs.

Il n’y a donc pas de cause politique (Trump), ni idéologique (Alt Right), ni même matérielle (diffusion des armes à feu) unique . La volonté de commettre un massacre est un choix délibéré du mal, de la part d’hommes lucides, capables de comprendre et de vouloir et d’organiser une attaque dans les moindres détails. Il est plus difficile de comprendre pourquoi ce type de massacre est si fréquent aux États-Unis, beaucoup plus que dans d’autres pays, au point de devenir une triste caractéristique nord-américaine.

Une hypothèse est que c’est le côté obscur de la liberté. Les Etats-Unis ont toujours été une terre d’opportunités, un pays où chacun est libre de réaliser ses rêves, de créer une entreprise ou d’essayer de fonder une utopie (comme les premières colonies religieuses ou les premières communautés socialistes). En même temps, c’est une terre où certains réalisent leurs cauchemars, des utopies négatives où, avec le même esprit d’entreprise et d’initiative, les « méchants » présumés et imaginaires sont éliminés.