Serait-ce un dernier affront fait à Benoît XVI?
Léon XIV a approuvé l’attribution du Prix Ratzinger 2026 à un théologien américain, spécialiste reconnu de saint Augustin, et « protégé » de Benoît XVI.
Jusque là, rien à dire.
Mais paradoxalement, en 2022, le lauréat avait coécrit avec deux autres théologiens une série d’articles affirmant explicitement que Benoît XVI s’était trompé en promulguant le motu proprio Summorum Pontificum.
Benoît XVI souhaitait la « paix liturgique ». AprèsTraditionis custodes, l’attribution de ce prix à un détracteur de Summorum Pontificum est un signal de plus que la ligne liturgique actuelle du Vatican ne va pas vers la réconciliation. Bien au contraire. Sous des apparences courtoises, c’est un désaveu de Benoît XVI de la part du pape actuel.
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L’article qui suit est paru initialement sur le portail hispanique (désormais multilingue) Info Vaticana.
J’ai juste une question, qui mérite d’être éclaircie: que vient faire Georg Gänswein dans cette galère? Est-il impliqué directement dans le choix du lauréat?
Le prix qui porte le nom de Ratzinger est décerné au théologien qui a contesté la mesure liturgique la plus personnelle de Ratzinger. Et la décision revient au pape régnant.
À qui revient le Prix Ratzinger décerné par Léon XIV ?
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Au théologien qui a critiqué la paix liturgique de Benoît XVI
https://infovaticana.com
22 septembre 2026

Sur la photo, le professeur Cavadini remet à Benoît XVI un recueil d’articles publiés en son honneur par l’université Notre Dame à l’occasion du 85e anniversaire de Benoît XVI.
Léon XIV a approuvé l’attribution du Prix Ratzinger 2026 à John C. Cavadini, professeur de théologie à l’Université de Notre-Dame du Lac et spécialiste de saint Augustin. Il le lui remettra lui-même le 19 décembre au Palais apostolique.
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La Fondation vaticane Joseph Ratzinger-Benoît XVI présente le professeur tel qu’il est sur le plan universitaire : un éminent spécialiste de la patristique. Ce que la Fondation ne dit pas, c’est que Cavadini est coauteur et éditeur de la collection universitaire qui, en 2022, affirmait sans ambages que Benoît XVI s’était trompé avec « Summorum Pontificum ».
Le prix qui porte le nom de Ratzinger est donc décerné au théologien qui a contesté la mesure liturgique la plus personnelle de Ratzinger. Et la décision revient au pape régnant.
Il convient de préciser d’emblée qui est le lauréat, car sa biographie renforce la thèse au lieu de l’affaiblir.
Cavadini n’est pas un progressiste de campus. C’est un protégé de Benoît XVI : en novembre 2009, le pape allemand l’a nommé membre de la Commission théologique internationale pour un mandat de cinq ans et l’a fait chevalier de Saint-Grégoire-le-Grand à la demande de l’évêque de Fort Wayne-South Bend de l’époque, John D’Arcy, qui le félicitait d’avoir recruté des théologiens de haut niveau pour Notre-Dame.
Depuis 2006, il est consulteur du Comité pour la doctrine de la Conférence épiscopale des États-Unis.
En tant que chef de département, entre 1997 et 2010, il a recruté des spécialistes de Newman, Balthasar, Ratzinger, Irénée et Grégoire de Nazianze, et a réorienté un corps enseignant qui, jusque-là, se tournait vers Canterbury [les anglicans]. En 2006, il a adressé une lettre de réprimande au recteur Jenkins, affirmant que sa défense des « Monologues du vagin » ne mentionnait pratiquement pas l’Église. Et la Fondation elle-même l’avait déjà mis à l’honneur en 2018, avec trois de ses collègues, en lui décernant le Prix Ragione Aperta dans la catégorie pédagogique. Personne ne peut l’accuser d’hétérodoxie.
C’est pourquoi cette affaire est plus grave que si le lauréat avait été un jésuite de la revue « America ».
Entre septembre et novembre 2022, dans le « Church Life Journal », la revue qu’il dirige lui-même, Cavadini a co-écrit cinq articles sur les succès et les échecs de la réforme liturgique postconciliaire, ensuite rassemblés en un seul ouvrage. La cible déclarée était ce que les auteurs appellent le mouvement de la messe traditionnelle, et le moment n’était pas choisi au hasard : « Traditionis custodes » avait un peu plus d’un an.
Les auteurs ont écrit qu’en normalisant la messe tridentine, Benoît XVI « a sapé le principe à la base duquel, comme il l’affirme lui-même, il faut interpréter Vatican II », à savoir l’herméneutique de la continuité. En termes simples : « Summorum Pontificum » fut une erreur de Ratzinger contre Ratzinger lui-même. (…)
Ce que Benoît XVI souhaitait avec « Summorum Pontificum », il l’a écrit lui-même dans sa lettre aux évêques de 2007 : une réconciliation intérieure au sein de l’Église, fondée sur le principe que ce qui était sacré pour les générations précédentes « reste sacré et grand » pour nous aussi.
Et ce que Ratzinger a ressenti lorsque François a démantelé tout cela, Georg Gänswein l’a raconté au journal « Die Tagespost » dans une interview publiée le jour de sa mort : Ratzinger a lu « Traditionis custodes » « le cœur lourd », car son intention était que ceux qui se sentaient chez eux dans la messe traditionnelle y trouvent la paix, y compris la paix liturgique.
Or, cette paix liturgique est précisément ce que la série de Cavadini qualifie d’erreur.
Et c’est là qu’intervient la Fondation [Joseph Ratzinger-Benoît XVI].
Les candidatures au prix sont proposées au pape par un comité scientifique composé de cinq membres tous désignés par Léon XIV. Le conseil d’administration qui a signé le communiqué comprend Mgr Gänswein, aujourd’hui nonce en Lituanie, qui a demandé cet été une nouvelle fois la révision de « Traditionis custodes » et a présidé la remise du prix 2025.
Autrement dit : celui qui a été le témoin de la douleur de Benoît XVI fait partie de l’institution qui récompense ceux qui ont soutenu que cette douleur était le prix à payer pour une erreur.
Ce prix ne tombe pas dans le vide. La liturgie a été écartée du consistoire de janvier, où le cardinal Roche a distribué aux cardinaux un rapport défendant « Traditionis custodes », et elle a également été écartée de celui de juin. Le 29 juillet, Roche lui-même a assuré dans « The Tablet » que Léon « ne reviendrait pas sur “Summorum Pontificum ». Le 2 août, « La Razón » a ajouté, citant des sources vaticanes anonymes, que ce rapport avait été rédigé à la demande du pape, qui l’avait supervisé et « n’en avait pas changé une virgule ». Face à cela, les audiences accordées à Burke, Sarah, Müller, Zen et Schneider, ainsi que celle accordée en mars aux sociologues Bullivant et Cranney, auteurs d’une étude sur les fidèles de la messe traditionnelle aux États-Unis, avaient alimenté l’hypothèse d’un pape à la recherche d’une issue.
Le prix Ratzinger décerné à Cavadini est le dernier signe en date, et va dans le même sens que les déclarations de Roche.
On dira que le prix récompense la patristique et non la liturgie, que Cavadini a signé la série avec deux autres auteurs et que ceux-ci argumentent à partir de l’herméneutique de la continuité de Ratzinger, et non contre celle-ci. Tout cela est vrai, mais cela ne change rien au fond.
Une fondation dont l’objet statutaire est de promouvoir l’étude de la pensée de Benoît XVI a décidé que contester sa paix liturgique ne constituait pas un obstacle à l’obtention d’un prix portant son nom, et le pape l’a approuvé. Qu’un augustinien récompense un augustinologue n’a rien d’une nouvelle.
La nouvelle, c’est autre chose : le 19 décembre, au Palais apostolique, Léon XIV remettra le Prix Ratzinger à l’homme qui a écrit que Ratzinger avait tort.




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