Le Professeur de Mattei a donné une interview à un journal allemand, Die Frei Welt, qu’AM Valli reproduit aujourd’hui sur son site. Il y passe en revue avec lucidité et réalisme les oppositions dramatiques qui lacèrent l’Eglise aujourd’hui, et qui culmineront le mois prochain avec le Synode sur l’Amazonie.

Le point faible des critiques des milieux ecclésiastiques à l’égard du prochain synode est précisément cela: ils critiquent le document préparatoire (beaucoup à haute voix, peu ouvertement), mais sans indiquer dans le Pape François le responsable principal de l’événement, qui sera non seulement doctrinal, mais politique et médiatique


De Mattei: le néo-modernisme divise l’Eglise catholique en deux religions

aldomariavalli.it
Ma traduction

Professeur, vous vivez à Rome. Pouvez-vous donner à nos lecteurs, en bref, une idée de la situation et de l’atmosphère dans l’Église de Rome de nos jours ?

Dans le milieu de la Curie romaine, l’atmosphère est de forte préoccupation, surtout en ce qui concerne le prochain synode sur l’Amazonie. La préoccupation concerne également des événements récents, tels que la décapitation de l’Institut Jean-Paul II et la nomination des nouveaux cardinaux, tous des hommes de confiance du pape Bergoglio, en déséquilibre sur des questions telles que l’islam (Ayuso Guixot, Fitzgerald, Lopez Romero) l’immigration (Czerny, Ramazzini Imeri, Zuppi) la théologie féministe (Tolentino Mendonça). Avec ces nominations, plus de cinquante pour cent des cardinaux électeurs auront été choisis par le pape François et le prochain conclave sera « blindé » dans un sens progressiste [cf. La liste de François]. Une grande partie de la curie est liée à la mémoire de Benoît XVI et de Jean-Paul II, mais il semble que le Pape François veuille de plus en plus se distancier des deux pontificats précédents. Une autre cause de préoccupation est enfin l’attitude du Saint-Siège à l’égard du Cardinal Pell, abandonné à la (l’in) justice australienne, malgré le fait que chacun au Vatican soit convaincu de son innocence.

Le synode panamazonien se tiendra en octobre à Rome. Le projet de travail a déjà été publié et a suscité de nombreuses critiques. Vous l’avez décrit comme étant « stupéfiant » et « choquant ». Quelle est votre plus grande préoccupation ?

Il me semble que ce document contient une conception très différente de Dieu, de l’Église et de la société de celle catholique. C’est pourquoi je dis qu’au sein de l’unique Église catholique d’aujourd’hui, deux religions coexistent et s’opposent, l’une traditionnelle et l’autre néo-moderniste. Je vous donne un exemple de l’existence de cette opposition interne au sein de l’Église : le Supérieur général de la Compagnie de Jésus, le Père Arturo Sosa Abascal, a récemment déclaré que le diable n’existe pas et n’est qu’un symbole. L’Association internationale des exorcistes a immédiatement publié une déclaration dans laquelle elle réitérait que l’existence réelle du diable est une vérité de foi qui a toujours fait partie de la doctrine catholique. « La position d’Abascal – ont ajouté les exorcistes – est donc en dehors du magistère ordinaire et extraordinaire solennel de l’Église. L’accusation est donc d’hérésie, mais le Père Sosa Abascal reste le « général » d’un des ordres religieux les plus importants de l’Église, auquel appartient le Pape François lui-même [cf. La longue dérive de la Compagnie de Jésus] .

Les derniers synodes ont été désastreux tant du point de vue de l’organisation (on a parlé de manipulation) que des effets pour l’Église mondiale. Prévoyez-vous un effet similaire pour le synode sur l’Amazonie ?

Un intellectuel chilien, José Antonio Ureta, a parlé de l’existence d’un lobby idéologique, la « mafia de l’anneau du tucum« , dans la préparation de l’assemblée d’octobre. L’anneau de tucum est fabriqué à partir du bois d’une plante amazonienne et est utilisé comme signe de reconnaissance chez les théologiens de la libération. Ce lobby est actif dans l’organisation du synode. Par exemple, dans la commission préparatoire de l’assemblée, on compte Mgr Erwin Kräutler, directeur du Réseau ecclésial panamazzonien (Repam), un des principaux promoteurs des courants dits « indigènes ». On dit que c’est lui qui a proposé au Pape François l’idée d’un synode sur l’Amazonie. Il y a aussi Mgr François-Joseph Overbeck, évêque d’Essen et responsable de l’organisation de secours pour l’Amérique latine Adveniat, l’homme qui a déclaré : « Le Synode sur l’Amazonie sera un tournant pour toute l’Église ». Rien ne sera plus comme avant. Nous sommes vraiment à la croisée des chemins pour l’Église.

L’Amazonie est loin de l’Europe. Pourquoi le synode aura-t-il lieu à Rome ?

Parce qu’un nouveau paradigme théologique sera lancé de Rome. Le document préparatoire du synode indique clairement que l’Amazonie n’est pas considérée comme un territoire géographique, mais comme un « lieu théologique », une nouvelle source de révélation divine, qui s’ajoute à la tradition et à l’écriture sacrée. Dans le document pré-synodal, il n’y a aucune référence à la Très Sainte Trinité, à Jésus Christ, aux sacrements. Le souffle panthéiste qui anime la nature amazonienne est un leitmotiv du document. Dieu doit être inclus dans la nature et la nature doit être incluse en Dieu, qui n’est pas la cause transcendante mais immanente du monde avec lequel il coïncide. C’est une nouvelle cosmologie dans laquelle la nature est vue comme un tout vivant avec une âme qui englobe tout. Avec cette nature imprégnée de divinité, les peuples indigènes d’Amérique latine entretiennent une relation que l’Occident a perdue. La sagesse des indigènes doit être récupérée, en demandant pardon pour la discrimination qu’ils ont subie, sans attendre qu’ils demandent pardon pour le cannibalisme et les sacrifices humains que leurs ancêtres ont pratiqués. Les ponts qui doivent remplacer les murs sont unidirectionnels.

Les cardinaux Brandmüller et Müller ont vivement critiqué ce document. Êtes-vous d’accord avec eux ?

Je suis d’accord avec eux et avec les autres cardinaux qui ont parlé jusqu’à présent, quatre pour autant que je sache.

Le 27 juin, le cardinal Brandmüller déclarait que « l’Instrumentum laboris contredit l’enseignement contraignant de l’Église sur des points décisifs et doit donc être qualifié d’hérétique. Étant donné alors que le fait de la révélation divine est également remis en question ici, ou mal compris, il faut aussi parler, en plus, d’apostasie.

Le cardinal Müller voit dans l’Instrumentum laboris une nouvelle étape dans le processus de sécularisation de l’Église. Le 26 juillet, il déclarait que « lorsque l’Église est transformée en partie d’un programme écologique pour le salut de notre planète, alors la sacramentalité – et en particulier l’office ordonné des évêques et des prêtres dans la succession apostolique – est vague, indéfinie. Qui voudrait vraiment construire une vie entière qui exige un dévouement total sur une base aussi instable ?

Le cardinal Raymond Burke, dans une interview diffusée sur YouTube le 13 août, lorsqu’on lui a demandé si l‘Instrumentum laboris pouvait devenir un enseignement définitif pour l’Église catholique, a répondu : « Non. Elle ne peut pas faire partie de l’enseignement de l’Église et, si Dieu le veut, on mettra un terme à tout cela ».

Le cardinal George Pell aussi, de la cellule d’isolement de la prison de Melbourne, a également fait savoir à des amis qu’il était profondément préoccupé par l’imminence du synode de l’Amazonie.

Quelle est la raison de la fascination que les évêques et les cardinaux (et le Pape lui-même) éprouvent pour l’Amazonie ? Pourquoi une région aussi abandonnée, ecclésialement parlant, occupe-t-elle aujourd’hui une position centrale ?

Parce qu’il y a une « psychose environnementale », une atmosphère psychologique, créée par les médias, qui infecte aujourd’hui le monde ecclésiastique lui-même. Selon la légende des médias, la forêt amazonienne est le « poumon vert » du monde, tandis que la science nous dit que l’Amazonie ne produit même pas une molécule d’oxygène. Tout l’oxygène produit par l’immense forêt pendant la journée par la photosynthèse est consommé la nuit par les processus de putréfaction. Bilan net final: zéro. Le véritable « poumon vert » du monde sont les diatomées, micro-organismes présents dans les océans qui réalisent la photosynthèse en produisant de l’oxygène. De nombreux lieux communs sur l’Amazonie sont tirés du livre Environmental Psychosis du prince brésilien Bertrand d’Orléans et Bragance, que le président du Brésil Jair Bolsonaro a cité, contre Merkel et Macron, à la réunion du G20 à Osaka. Mais Bolsonaro est la cible d’une opération politique qui vise à le discréditer en utilisant la déforestation de l’Amazonie comme outil. L’Amazonie est donc au centre non seulement des manœuvres de ceux qui veulent transformer la doctrine de l’Église, mais aussi des intérêts politiques et économiques des lobbies mondialistes, qui en Amérique comme en Europe combattent les gouvernements et les partis qui défendent la souveraineté nationale de leurs peuples.

Quelles sont les responsabilités et les obligations du Pape François dans tout cela ?

Le pape François, dans un entretien accordé le 9 août à Vatican Insider [cf. L’interview sans Dieu], a déclaré que le prochain synode d’octobre « est le fils de Laudato Si’. Ceux qui ne l’ont pas lu ne comprendront jamais le synode sur l’Amazonie ». Par ces paroles et d’autres déclarations, le Pape revendique non seulement la responsabilité organisationnelle du prochain synode, mais aussi le choix idéologique qui le lie à son magistère. Le point faible des critiques des milieux ecclésiastiques à l’égard du prochain synode est précisément cela: ils critiquent le document préparatoire (beaucoup à haute voix, peu ouvertement), mais sans indiquer dans le Pape François le responsable principal de l’événement, qui sera non seulement doctrinal, mais politique et médiatique. Nous assisterons au lancement de la nouvelle religion écologique dont Greta Thunberg est la prophète. Dans son interview du 9 août, le Pape François a dit qu’il reportait ses espoirs pour l’avenir dans des jeunes comme elle. Si les cardinaux et les évêques n’ont pas le courage de résister ouvertement au Pape François, avec tout le respect qui lui est dû, en tant que Pape, le jeu, sur le plan humain, est perdu. Je dis sur le plan humain, parce que l’Église appartient à Jésus-Christ, qui l’assiste visiblement chaque jour et qui empêchera le suicide de l’Église de se produire.

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