Le Pape émérite n’a jamais changé d’avis sur la question. Sa dernière intervention à ce sujet est une interview qu’il avait accordée à un journaliste polonais en 2014, pour servir de contribution à un ouvrage collectif d’hommages publié à l’occasion de la canonisation de Jean-Paul II. La TL, qui fait aujourd’hui un retour triomphal, était, dit-il, une falsification de la foi chrétienne qu’il fallait combattre par amour des pauvres… Une condamnation qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté.



A l’occasion de la canonisation de Jean Paul II (27 avril 2014), un ouvrage collectif d’hommage fut publié, coordonné par un journaliste polonais, Wlodzimierz Redzioch.
Et bien sûr, le premier contributeur fut Benoît XVI, qui répondit par écrit aux questions du journaliste. L’ouvrage fut traduit en italien, et le Pape émérite vérifia personnellement la traduction de son témoignage.
A la question sur les défis doctrinaux qu’il eut à affronter en sa qualité de préfet de la CDF de Jean-Paul II, voici quelle fut sa réponse:

« Le premier défi auquel nous avons été confrontés fut la théologie de la libération qui se répandait en Amérique latine. Tant en Europe qu’en Amérique du Nord, l’opinion commune était qu’il s’agissait d’un soutien aux pauvres et donc d’une cause qui devait être approuvée sans hésitation. Mais c’était une erreur.
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La pauvreté et les pauvres étaient sans doute le sujet de la théologie de la libération, mais dans une perspective très spécifique. Les formes d’aide immédiate aux pauvres et les réformes qui en amélioraient la condition étaient condamnées comme réformisme qui a pour effet de consolider le système: elles atténuaient, affirmait-on, la colère et l’indignation révolutionnaire du système. Il n’était pas question d’aide et de réforme, mais du grand bouleversement dont devait naître un monde nouveau. La foi chrétienne servait de moteur à ce mouvement révolutionnaire, la transformant ainsi en une force de type politique. Les traditions religieuses de la foi étaient mises au service de l’action politique. De cette façon, la foi s’aliénait profondément d’elle-même et même l’amour véritable pour les pauvres était affaibli.
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Naturellement, ces idées se présentaient sous différentes formes et n’apparaissaient pas toujours avec une clarté absolue, mais, dans l’ensemble, c’était la direction. Une telle falsification de la foi chrétienne devait être combattue précisément par amour pour les pauvres et pour le service à leur rendre.
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Sur la base des expériences faites dans sa patrie polonaise, le Pape Jean-Paul II nous a donné les explications essentielles. D’un côté, il avait fait l’expérience de l’asservissement provoqué par cette idéologie marxiste qui était la marraine de la théologie de la libération. Sur la base de sa douloureuse expérience, il était clair pour lui qu’il fallait s’opposer à ce type de « libération ». D’autre part, la situation même de sa patrie lui avait montré que l’Église doit vraiment agir pour la liberté et la libération non pas d’une manière politique, mais en éveillant chez les hommes, par la foi, les forces de la libération authentique. Le Pape nous guida pour traiter les deux aspects: d’une part pour démasquer une fausse idée de libération, d’autre part pour exposer la vocation authentique de l’Église à la libération de l’homme.
C’est ce que nous avons essayé de dire dans les deux Instructions sur la théologie de la libération qui sont au début de mon travail à la Congrégation pour la doctrine de la foi.
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