Le décret, signé du cardinal Sarah (*), fixant au 10 décembre la mémoire de la Vierge de Lorette, désormais inscrite au calendrier romain: une bonne nouvelle, se sont empressés d’affirmer certains. Oui mais… seulement à une lecture superficielle. AM Valli a interrogé le plus grand spécialiste du miracle de la translation de la Sainte Maison, qui nous explique pourquoi il s’agit en réalité d’un acte d’apostasie camouflé niant des siècles de proclamations pontificales.

(*) Voir Les deux « Cardinal Sarah »


Le nouveau décret sur la Sainte Maison de Lorette.

Ou comment occulter le miracle

Aldo Maria Valli
5 novembre 2019
Ma traduction

En vue du 8 décembre, à l’occasion de l’ouverture du Jubilé lorétain pour la célébration du centenaire de la proclamation de la Vierge de Lorette, patronne des aéronautes, le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, a signé un décret ans lequel est affirmé:

 » Le Souverain Pontife François a décrété avec son autorité que la mémoire facultative de la Bienheureuse Vierge Marie de Lorette soit inscrite dans le calendrier romain le 10 décembre, jour de la fête à Lorette, et célébrée chaque année. Cette célébration aidera tout le monde, en particulier les familles, les jeunes, les religieux et les religieuses, à imiter les vertus de celle qui a été disciple parfaite de l’Évangile, la Vierge Marie qui, en concevant le chef de l’Église, nous a également accueillis chez elle. »
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Vatican News

Le Sanctuaire de Lorette, lisons-nous en outre dans le décret,

« a su illustrer de manière excellente au fil du temps, autant que Nazareth en Terre Sainte, les vertus évangéliques de la Sainte Famille.
Dans la Sainte Maison, devant l’effigie de la Mère du Rédempteur et de l’Église, les Saints et les Bienheureux ont répondu à leur vocation, les malades ont demandé la consolation dans la souffrance, le peuple de Dieu a commencé à louer et à supplier Sante Marie avec les Litanies de Lorette, connues dans le monde entier. D’une manière particulière, ceux qui voyagent en avion ont trouvé en elle leur patronne céleste ».
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idem

Pour les nombreux fidèles de Notre-Dame de Lorette, cela semble une bonne nouvelle, mais ce n’est pas le cas. En effet, le décret élimine la célébration liturgique du miracle se référant à la translation de la Sainte Maison et la remplace par la célébration d’une fête mariale comme tant d’autres. De cette façon, il ignore la Sainte Maison comme relique, la décrit simplement comme « Sanctuaire qui rappelle l’Incarnation » et abroge de fait la célébration liturgique de la translation miraculeuse de la Sainte Maison.

Un décret « inattendu et inopiné », ainsi le définit le professeur Giorgio Nicolini, le plus grand spécialiste de la Sainte Maison et du miracle de la translation. « Il est documenté – explique Nicolini – que cette fête liturgique à Lorette et dans les Marches était célébrée depuis le XIVe siècle. L’Église, dans le cadre de la fête, a également autorisé la célébration de la translation de la Sainte Maison par les anges, l’insérant dans le martyrologe romain depuis 1669, avec un décret de Clément IX.

Ce qui était célébré le 10 décembre n’était donc pas seulement une fête mariale, mais la translation miraculeuse de la Sainte Maison. C’est-à-dire, affirme Nicolini, « l’unique miracle officiellement reconnu dans une célébration liturgique par l’Église ».

« Pratiquement – poursuit le professeur – ce nouveau décret annule des siècles de déclarations pontificales et déclare implicitement qu’au cours des sept siècles précédents (et en tout cas officiellement à partir du XVIIe siècle) tous les décrets qui ont reconnu et autorisé la mémoire de la translation miraculeuse ne valent plus rien, et la reconnaissance même de l’authenticité de la relique de la Sainte Maison est maintenant complètement occultée sinon ouvertement niée.

« Dans le décret, en effet, il n’y a plus aucune mention de la Sainte Maison comme d’une relique, ni d’identification avec l’authentique maison de Nazareth, mais on parle seulement de sanctuaire qui rappelle l’Incarnation. Une mémoire dévotionnelle, pas la reconnaissance d’un fait historique. A tel point que les trois murs de la Sainte Maison ne sont jamais nommés. D’autre part, il s’agirait seulement de « quelques pierres », selon ce que François a récemment affirmé. Et ce n’est pas tout. Le décret stipule que les grâces obtenues au cours des siècles proviennent du fait que les fidèles se sont tournés vers l’effigie de la Vierge présente dans la Maison Sainte, et non du fait qu’ils ont prié devant une relique. Bref, le décret est ambigu: la translation miraculeuse n’est pas niée, mais ignorée, et donc, de fait, la Sainte Maison n’est plus une relique.

« Pour les profaness et les fidèles moins informés – dit Nicolini – le fait que le pape ait inscrit la fête de la Sainte Vierge de Lorette dans le martyrologue universel romain peut sembler une belle chose. En réalité, le Cardinal Sarah, avec une tromperie, a abrogé la fête séculaire de la translation miraculeuse, changeant ainsi la nature même de la fête. Non plus le souvenir d’un miracle, mais une dévotion mariale générique. Il est surprenant qu’un cardinal comme Robert Sarah ait signé le décret: est-ce seulement de l’ignorance? Est-il possible qu’il n’ait pas connu les décrets de tous les siècles précédents Et ne se rend-il pas compte qu’en les abrogeant, il a désavoué ce qui avait été établi par les papes précédents à travers la congrégation même qu’il dirige? Le décret est schizophrène en ce sens qu’il nie les déclarations officielles antérieures, répétées pendant quatre siècles ».

Selon Nicolini, le décret est l’acte final d’une véritable « apostasie lorétaine » commencée en 1984 par le Père Giuseppe Santarelli, directeur de la Congrégation Universelle de la Sainte Maison, qui a formulé l’hypothèse d’un « transport humain » de « quelques pierres » de la Sainte Maison de Nazareth, niant ainsi tant l’intégrité de la relique que le miracle de la translation.

« Le texte du décret – conclut Nicolini – ne me semble pas avoir le style d’écriture du Cardinal Sarah. C’est un style ambigu, qui dit et ne dit pas, occulte mais ne nie pas, nie mais ne fait pas transparaître. Chacun peut en tirer une thèse mais aussi son contraire. Mais toujours avec l’intention de désacraliser. Il faut dire que c’est le style typique du Pape Bergoglio et de son cercle. La grave erreur du Cardinal Sarah est d’en avoir assumé la paternité. Pour ma part, j’écrirai une lettre ouverte au cardinal, expliquant pourquoi il a fait une erreur ».