La NBQ reproduit le tonitruant discours prononcé par l’ex-président de la République tchèque en août dernier lors d’un séminaire sur les urgences planétaires à Erice, en Sicile. Il y dénonce avec force l’irrationalité scientifique des catastrophistes du climat, et le terrorisme intellectuel qu’ils exercent, au risque d’emporter la démocratie.

Économiste de formation, ex-président de la République tchèque (de 2003 à 2013), grand admirateur de Benoît XVI (cf. Il y a dix ans, Benoît XVI était en République Tchèque | Benoit et Moi ) Vaklav Klaus est aussi ce qu’il est convenu d’appeler un « climato-sceptique ». Il est l’auteur d’un formidable pamphlet, intitulé « Planète bleue en péril vert » publié en France en 2009, et dont j’ai parlé dans ces pages. En août dernier, il participait à Erice, en Sicile, à une conférence sur « les urgences planétaires », et il y a prononcé un discours d’anthologie que la NBQ reproduit aujourd’hui. Il y exhorte les scientifiques à s’exprimer, mais nous, on aimerait que d’autres politiques (et pas seulement le détesté Trump) aient le même courage que lui pour dénoncer le terrorisme intellectuel qui sévit aujourd’hui dans des proportions encore inimaginables il y a peu.
A noter, je ne trouve pratiquement rien sur internet, à propos de ce séminaire, à part un lien vers le JT de la Rai. Et cela n’a rien d’étonnant: vu le ton du discours de Vaklav Klaus, il est probable qu’il s’agit d’un évènement « alternatif », et non d’une de ces grand’messes organisées par l’Onu, largement médiatisées où tout le monde communie dans le catastrophisme environnemental et le culte de la « planète ».


Alarmisme climatique:

Scientifiques, faites-vous entendre

La NBQ
7 novembre 2019
Ma traduction

Les alarmistes du climat ont lancé une offensive majeure pour présenter et promouvoir leurs scénarios catastrophiques. Mais face à des scénarios catastrophiques, nous nous retrouvons à la merci de l’irrationalité idéologique tandis qu’une petite Suédoise ingénue se met à enseigner aux générations qui l’ont précédée. Le doublement du Co2 entraînera une augmentation de la température de la terre de seulement 0,6°. Les scientifiques d’Erice (et du monde entier) devraient se faire entendre avant qu’il ne soit trop tard.
Nous publions l’exposé de Vaclav Klaus, premier président de la République tchèque, prononcé lors du séminaire sur les urgences planétaires qui s’est tenu à Erice (en Sicile) en août dernier.

Certains d’entre nous tentent depuis très longtemps de contrer l’alarmisme climatique irrationnel, populiste et clairement non scientifique. Certains d’entre nous y travaillent depuis des années, certaines même depuis des décennies. Dans mon discours ici à Erice en 2012, j’ai dit:

« Cette doctrine, en tant qu’ensemble de croyances, constitue une idéologie, sinon une religion. Elle vit indépendamment de la science climatologique. Ses querelles ne concernent pas la température, mais s’inscrivent dans le conflit entre idéologies. Cette doctrine n’est pas scientifique, ni un concept monolithique, mais une cascade d’arguments au mieux liés entre eux, qui ne peuvent donc pas être soumis à une analyse sérieuse par la science » [1].

Je n’ai aucune raison de changer ma déclaration d’il y a sept ans. Elle reste inchangée et reflète la substance de mon point de vue sur cette question. On ne peut pas porter l’été chaud de cette année en Europe comme argument, même si certaines personnes le font. Quelque chose, cependant, est arrivé. Pas dans la nature, mais dans la société.

Les alarmistes du climat ont lancé une offensive majeure pour présenter et promouvoir leurs scénarios catastrophiques, tandis que la majorité silencieuse, les gens ordinaires et de bon sens, se sont retrouvés sur la défensive. Les deux antagonistes dans cette bataille idéologique ont des caractéristiques que nous connaissons bien. Le contexte est simple: d’un côté le radicalisme, le populisme, l’irrationalité, l’apriorisme, les arguments superficiels, les monologues et les clichés idéologiques, de l’autre le bon sens, l’attitude prudente et judicieuse des adultes et des personnes matures, la sagesse, la rationalité, la confiance dans le dialogue, la pensée critique, l’hypersensibilité et le scepticisme envers les idéologies à la mode. Je suis convaincu de ne pas exagérer en décrivant la situation de cette manière. Il ne s’agit pas de la température, il s’agit du changement radical de la société humaine, de notre mode de vie, de notre liberté, que l’une des parties en jeu exige et est prête à nous imposer.

Ce débat n’est pas nouveau pour nous. Il nous a semblé à plusieurs reprises ces dernières années que les militants de la doctrine quasi religieuse de l’alarmisme climatique avaient été battus à plate couture, qu’ils s’étaient lassés, qu’ils avaient commencé à respecter la non durabilité de leurs arguments, que les théories scientifiques et les données statistiques avaient prouvé à tous que la doctrine du réchauffement planétaire – basée sur la simple relation entre les émissions de CO2 anthropiques et la température mondiale – était presque morte. Le manque de sérieux de la part de personnes comme Al Gore, Rajendra Pachauri, Nicolas Stern, etc. semblait prouvé et suffisamment apodictique. Mais ce n’est pas le cas. Malheureusement, la doctrine du GIEC est toujours d’actualité. Et il est impossible de la saper en citant les centaines d’articles qui contrastent avec l’affirmation arrogante selon laquelle « la science est définitive » de la part de ceux qui répandent agressivement l’alarmisme du GIEC sur le changement climatique dans le monde.

Un résumé typique des positions opposées a été présenté par le NIPCC (Nongovernmental International Panel on Climate Change). Cette organisation a publié cette année son cinquième volume de la série Reconsidérer le changement climatique sous le titre « Reconsidérer le changement climatique II: combustibles fossiles »[2] qui, comme le soulignent les auteurs eux-mêmes au début, « se concentre sur les recherche négligées ou ignorées par le GIEC » (p. 1, Summary for Policymakers – Résumé pour les décideurs). Ils soulèvent de nombreux doutes et contre-arguments et critiquent les modèles climatiques utilisés par la communauté des scientifiques de l’ONU: « Ils prédisent un réchauffement plus important que celui qui s’est effectivement produit ou qui est susceptible de se produire à l’avenir. Ils projettent sur le passé le double du réchauffement qui s’est effectivement produit de 1979 à 2016 (p. 3). Ce sont là des objections fondamentales pour moi qui ai passé des années à construire des modèles économétriques, qui sont par nature similaires aux modèles climatiques.

Alors que je rédigeais la version finale de mon discours, j’ai reçu un article[3] écrit par l’ancien réviseur officiel allemand du GIEC, Peter Dietze. Dans son texte, il défend la décision du Président Trump de se retirer du Traité de Paris sur le climat en affirmant qu’une fois tous les facteurs en jeu, souvent ignorés par le GIEC, pris en compte, le doublement des émissions de CO2 ne conduira à une augmentation de température que de 0,6°C. À mon avis, il n’y a qu’une seule conclusion importante: la science est loin d’être définitive, et provoquer des changements fondamentaux dans l’économie mondiale, en particulier dans le secteur de l’énergie, sur la base de positions scientifiques non définitives, est une erreur puérile.

Bien sûr, nous avions tort de croire que l’activisme scientifique cesserait. Aujourd’hui, au cours de l’été 2019, en particulier en Europe – dans des pays comme l’Allemagne, la Suède ou la République tchèque – nous pouvons tous voir très clairement que le vieil équilibre qui avait dominé pendant des années entre le flux des discours et des articles en faveur de cette doctrine alarmiste et ceux qui la rejettent a été rompu. Dans ce différend, la propagande radicale de la doctrine de l’alarmisme climatique a triomphé.

Sans aucune nouvelle découverte scientifique, hypothèse ou théorie, sans aucune tendance démontrant des données statistiques, nous assistons à une nouvelle vague d’annonces radicales proclamant l’imminence de l’apocalypse. Nous assistons à des concessions sans précédent et incroyables faites à une militante de 16 ans par des politiciens adultes, des universitaires respectés, des journalistes normalement arrogants, des hommes d’affaires sûrs d’eux. Une petite ingénue suédoise se met à enseigner aux générations qui l’ont précédée et elles font semblant de l’accepter.

Des lycéens de toute l’Europe, y compris de mon propre pays qui, jusqu’à récemment, était resté plutôt sceptique, organisent des Fridays for future et désertent l’école. Un leader tchèque de ce mouvement a annoncé qu’il pense qu’il est « inutile d’avoir une éducation pour son avenir parce qu’il n’est pas clair si, à cause du changement climatique, il y aura un avenir ». Je crains que l’irrationalité commence à dominer le mode de pensée plus ou moins rationnel qui autrefois dominait l’histoire de l’humanité.

Le degré actuel d’irrationalité est – en tant que phénomène social (et de masse) – sans précédent. Nous qui avons fait l’expérience du communisme, nous nous souvenons qu’écoliers, nous nous moquions du vieux slogan communiste qui disait « nous commandons au vent comment souffler et à la pluie comment tomber ». Nos maîtres, il y a 60 ou 70 ans, n’essayaient même pas de défendre ce slogan. Ils savaient très bien que c’était une idiotie, seulement de la propagande communiste. Au contraire, les enseignants d’aujourd’hui – à l’époque du politiquement correct et des méthodes antidémocratiques associées pour bloquer les points de vue « incorrects » – n’osent même pas ouvrir la bouche ou (ce qui est pire) ils commencent eux aussi à soutenir l’alarmisme climatique.

Parfois les gens peuvent se tromper, l’histoire de la science le prouve. Mais dans le passé, la diffusion des idées et des idéologies, à la fois rationnelles et absurdes, était beaucoup plus lente. Les scientifiques et leurs compagnons de voyage n’avaient pas Internet, Facebook ou Twitter et n’étaient pas en mesure d’établir une communauté de lobbyistes aussi puissante qu’aujourd’hui. Le système politique n’a jamais été aussi ouvert aux idées irrationnelles. Nous sommes confrontés à une psychose non spontanée qui est un phénomène complètement nouveau. Aujourd’hui, il est organisé et soutenu politiquement.

Les idéologues de cette nouvelle religion aiment utiliser des mots forts et nous devons réagir de la même manière. Sinon, nous ne pourrons pas nous faire entendre. Nous sommes considérés comme les négationnistes du changement climatique malgré le fait que nous nous appuyons explicitement sur l’hypothèse (abondamment prouvée par l’évidence historique) que le climat a toujours changé. Nous, nous ne voyons pas le climat actuel (et son changement) comme quelque chose de spécial. Ce sont eux qui nient les changements climatiques. Ils prennent la température moyenne (et le climat moyen) des six ou sept premières décennies du siècle dernier comme benchmark fixe que nous devrions être obligés de suivre à tout prix. Il s’agit d’une approche anti-historique et anti-scientifique.

Il est important de regarder en arrière et d’étudier le passé. Je suis d’accord avec Petr Vanícek, professeur canadien de géophysique à l’Université du Nouveau-Brunswick, que « la nature est capable de faire changer le climat de façon beaucoup plus significative que tout ce que nous avons vu au cours des 200 dernières années, dont on nous a dit que « l’activité humaine avait provoqué une différence tellement énorme »[4] Cela, c’est une affirmation rationnelle pour nous, qui croyons au changement climatique.

Dans mon discours d’il y a deux ans, j’ai abordé l’argument de « La science à l’ère de la post-démocratie »[5]. Cette situation politique conduit à « la perte d’un libre échange de vues et du respect le plus élémentaire pour les différentes opinions, ainsi que pour toutes les formes d’autorité » (p. 2). J’ai soutenu que le nombre sans cesse croissant de livres et d’articles scientifiques que nous voyons autour de nous « cache un haut degré de conformisme intellectuel (qu’on n’avait jamais vu au cours des siècles), la monoculture intellectuelle post-moderne, et même l’émergence d’un monde mono-idéologique «  (p. 3). J’ai aussi mentionné « l’instinct grégaire des scientifiques et leur conformisme ». A cause de cela, souvent « ils contribuent à promouvoir des objectifs politiques qui ne font peut-être pas partie de leur agenda initial » (p. 5). Tout cela se trouve dans le débat sur le réchauffement climatique.

Nous devons attendre le retour des partis politiques standard, idéologiquement définis qui, espérons-le, commenceront un discours politique rationnel. Ce discours pourra persuader la majorité silencieuse qu’ « il n’est pas tenable de supposer que la petite portion de dioxyde de carbone qui existe dans l’atmosphère terrestre (0,04) pourrait être la cause principale et le moteur du réchauffement depuis l’époque de la Petite Glaciation » (5, p. 6).

Il y a le risque, et une forte probabilité, que les politiciens détruisent le monde tel que nous le connaissons. Dans son discours à Strasbourg[6], la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dit explicitement qu’elle veut que « l’Europe devienne le premier continent climatiquement neutre du monde d’ici 2050 ». Elle veut réduire les émissions de CO2 de 50% d’ici dix ans, elle veut promouvoir un « Green Deal pour l’Europe » en plus de la « Loi européenne sur le climat ». Jusqu’à il y a quelques années encore, ces idées auraient été inimaginables, même dans sa propre Allemagne, et maintenant, sous sa direction, elles peuvent devenir la substance de la « nouvelle UE ».

Les scientifiques d’Erice (et du monde entier) devraient se faire entendre avant qu’il ne soit trop tard.


Notes

[1] Klaus, V., The Man-made Contribution to Ongoing Global Warming Is Not a Planetary Emergency, Erice, 2012, https://www.klaus.cz/clanky/3165
[2] NIPCC, Climate Change Reconsidered II: Fossil Fuels, The Heartland Institute, Arlington Heights, USA, 2019. http://climatechangereconsidered.org/wp-content/uploads/2018/12/Front-Matter.pdf
[3] Dietze, P., Wie gross ist eigentlich der CO2-Klimaeinfluss?, Fusion, No. 2/2018.
[4] Vaníček, P., Why I am skeptic when it comes to man-made climate change, IVK, Prague, 2019, forthcoming.
[5] Klaus, V., Science in the Age of Post-Democracy: A Few Tentative Remarks, Erice, 2017, https://www.klaus.cz/clanky/4153
[6] Ursula von der Leyen, Opening Statement in the European Parliament Plenary Session, Strasbourg, July 16, 2019.

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