Ou comment effacer la piété populaire. Une magnifique réflexion de Claudio Gazzoli (un blogueur que j’ai découvert récemment, cf. La nuit de L’Église) à propos du décret signé du cardinal Sarah sur l’actualisation « religieusement correcte » de la célébration de Notre Dame de Lorette (*)

(*) Cf. Notre-Dame de Lorette: un décret schizophrène


« La Madonna de li Cuppitti »

Claudio Gazzoli
7 novembre 2019
Ma traduction

Chez nous, l’anniversaire qui est célébré le 10 décembre est la fête de La Madonna de li Cuppitti [la Vierge des Tuiles, en patois des Marches, ndt] .

Même si au cours des 40 dernières années, [étant] à contre-courant du « progrès », elle a perdu la ferveur du passé, elle continue encore à être célébrée.
Dans notre dialecte, c’est la Madone, assise sur les tuiles de ce qui avait été Sa maison, tandis que cette dernière est transportée en vol à Lorette par les Anges, les vrais, et non les membres de la famille du même nom [De Angelis] qui, selon les gardiens de la Sainte Maison de Lorette, y auraient amené les pierres et les auraient ensuite assemblées.
A l’approche de la fête, tout le monde, y compris nous, les enfants, contribuait à la recherche du bois pour former la « castata de lu focarò » (la pile de bois pour le feu). Il y avait presque une compétition entre les villages voisins, à celui qui ferait « lu focarò più grossu » (le feu le plus grand).

Puis, le soir de la fête, on entonnait des chants à Marie tandis qu’on allumait un grand feu. Les feux de joie allumés dans les villages voisins, comme autant de torches vers le ciel, brillaient dans la nuit froide de décembre, et l’illuminaient, sans être dérangés par les lumières artificielles, à l’époque beaucoup plus sporadiques.

Quand nous étions enfants, en promenade ou en famille, nous allions souvent à Lorette, à une cinquantaine de kilomètres de chez nous. Du Sanctuaire, on admirait surtout la magnificence du transept qui embrasse la Sainte Maison. La dévotion était palpable, tandis que j’observais avec stupeur les femmes et les hommes qui parcouraient, à genoux, les marches entourant le revêtement de marbre et qui avaient produit, au fil des siècles, ces sillons encore visibles sur le marbre. Aujourd’hui je sais que ces empreintes, que des millions de fidèles ont labourées, sont là pour se souvenir de la force d’une foi authentique, justifiée par la vénération inébranlable de la puissance de l’Esprit.
Quand nous allions à Lorette avec la vieille [Fiat] 1100, mon père nous disait même, que ces pins, courbés le long de la route nationale 16, dans le tronçon où, encore aujourd’hui, certains résistent, de Porto Potenza à Porto Recanati, s’étaient agenouillés au passage de la Sainte Maison.

La piété populaire, sentiment aujourd’hui complètement disparu ou insulté, avait transformé un phénomène naturel en mémoire d’un véritable miracle. Aujourd’hui, cette bande de non-croyants transforme tous les faits surnaturels en phénomènes inéluctablement humains.
Mettre en doute le miracle du transport angélique de la Sainte Maison aurait été tout simplement inouï, comme mettre en doute la nature divine du Sauveur ou sa résurrection en esprit et en corps. Aujourd’hui, mettre en doute la première s’inscrit dans la ligne du déni diabolique des autres vérités de la foi. Aujourd’hui, ceux qui, en tant que « gardiens » devraient défendre le miracle, sont devenus ses adversaires les plus féroces.
Aujourd’hui, le cardinal Robert Sarah, désormais pleinement engagé, préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, a signé un décret remplaçant la célébration liturgique du miracle concernant la translation de la Sainte Maison par une fête mariale.
Il faut déconstruire la culture populaire, aller à l’origine des faits, à ce carrefour où l’histoire devient culte puis tradition. Il faut enquêter, avec des méthodes rationalistes, sur les causes physiques liées aux phénomènes, en rejetant toute interprétation métaphysique, simplement parce que ce n’est pas prévu dans la religion de l’homme qui s’est fait Dieu. Il faut donner à tout une justification matérialiste, voire humaniste, comme « seulement ce qui est possible pour l’homme ». Il faut annuler des siècles de ferveur religieuse, inciser jusqu’à la moëlle la vieille plante avant de la dissoudre afin que la nouvelle plante puisse y être greffée.
Mais nous continuerons à célébrer la MADONNA DE LI CUPPITTI, tout comme nous continuerons à réciter « … ne nous induis pas en tentation« . Nous continuerons à allumer des feux pour évoquer le passage aérien de Sa maison, certains qu’ils n’auront pas le dessus parce que, comme déjà à Lépante, Elle arrêtera définitivement les uruk-hai dévastateurs, enfants de 68, petits-enfants du marxisme, arrière petits-enfants du jacobinisme maçonnique, qui veulent renverser nos origines et remplacer notre religion.