Je n’ai pas encore vu le « cadeau de Noël » de Netflix à ses abonnés, mais je vais le faire (*). J’en ai parlé dans ces pages (www.benoit-et-moi.fr/2020/tag/2-papes/), et d’après ce que j’en lis aujourd’hui sous la plume de Rino Camilleri (**), il m’étonnerait que je change d’avis. On n’a pas besoin de se jeter par la fenêtre du 6ème étage pour savoir qu’on arrivera probablement en morceaux en bas!! D’autant plus que le film s’est offert le meilleur des « testimonials » (ou des repoussoirs!!), la revue jésuite America, et l’inénarrable James Martin, SJ.

J’ai adoré « Les deux Papes »


(*) Contrairement à ce qu’on peut croire, Netflix ne propose pas que de grossiers navets: il y en a certainement en grande quantité, mais il y a aussi de bonnes choses, il suffit de choisir – pub gratuite!

(**) Marco Tosatti en parle aussi. Et il met bien en évidence la nocivité de l’opération – même si elle peut paraître anecdotique à certains:

Le problème, au-delà des qualités esthétiques et artistiques de l’œuvre, réside dans la véracité des messages qu’elle transmet à un public qui est sans doute en grande partie insuffisamment au courant pour exercer un contrôle sur la véracité du contenu. Citons à titre d’exemple quelques lignes d’une critique: « Fernando Meirelles [le réalisateur] a choisi un chemin simplifié, peu épineux et peu critique pour raconter l’histoire de cette rencontre papale, en s’essayant à ce qui peut être facilement considéré comme une hagiographie simpliste de deux Papes qui ont eu des problèmes considérables avec leur leadership, le premier en l’ayant fortement convoité et en ayant dû y renoncer, le second l’ayant obtenu sans jamais l’avoir cherché ».
Ici, par exemple, nous avons un renversement total de la réalité. Le « premier » serait Ratzinger; et certes s’il y a quelqu’un qui ne voulait pas devenir pape (il organisait enfin sa retraite, dans le refuge des Castelli…) c’est bien lui. Le second serait Jorge Mario Bergoglio; et à entendre ceux qui l’ont connu et le connaissent, s’il y a quelqu’un qui a cherché le pouvoir toute sa vie, c’est bien lui. Mais si le critique, qui n’est certainement pas un expert des choses du Vatican, a perçu cela, il en sera de même pour les spectateurs peu méfiants. Et une grande, disons, imprécision, deviendra la vérité établie.

https://www.marcotosatti.com/2019/12/21/netflix-i-due-papi-unopera-agiografica-per-papa-bergoglio/

Opérations Deux Papes: frapper Ratzinger à la louche

Rino Cammilleri
La NBQ
22 décembre 2019
Ma traduction

La Bussola a vu le film de Netflix Les Deux Papes. Nous vous épargnons la vision: idéologique, ridicule, fruit d’une opération qui ne fait pas dans la dentelle dans l’obsession de peindre Benoît XVI comme le vieux et le Pape François comme le Robin des Bois de l’Église. Juste pour que vous compreniez : à un certain moment, on entend même Bella ciao

Le générique commence et déjà on peut entendre une voix qui dit: « François, va réparer mon église ». Et là, on pourrait partir, parce qu’on a déjà compris où on veut en venir. Le final est dans le même style: Bergoglio, tout juste élu pape, rejette la traditionnelle pourpre avec ces mots: « Le carnaval est terminé ». En effet, comme nous le savons, c’est alors que commence le carnaval de la Pachamama.
Nous parlons du film Les deux papes avec Anthony Hopkins (Benoît XVI) et Jonathan Pryce (François), ce dernier étant très ressemblant.

C’est un film Netflix qui, pour Noël fait la paire avec le Jésus homosexuel dans La première tentation du Christ (qui fait pendant à la « dernière » de Scorsese) et aligne Netflix au politiquement correct. Pour vous en épargner la vision, disons tout de suite que le film explique tous les mystères: Ratzinger a démissionné parce qu’il a été inspiré par Dieu pour céder la place à Bergoglio. Oui, l’Eglise « des interdits » a besoin d’un coup de neuf et doit commencer par les permissions, les libéralisations et les dédouanements. Les gens n’en peuvent plus. En fait, chaque fois que le cardinal Bergoglio se mêle aux gens dans un bar ou dans la rue, on entend dire que Benoît XVI est « un nazi ». Puis, curieusement, lors d’un entretien entre quatre z’yeux, il reproche presque à Ratzinger d’avoir géré à l’ancienne les pratiques d’un clerc pédophile.

Une grande partie de l’intrigue est une série de flashbacks dans lesquels un jeune Bergoglio est montré comme trop complaisant face à la dictature anticommuniste en Argentine.
C’est en toute bonne foi, mais voilà expliqué ce mystère, pourquoi en sept ans le pape François a été partout mais n’est jamais retourné dans sa patrie: il serait mal reçu par les prêtres « de la libération  » et par les gens privés d’un avenir dans le Chili d’Allende.

Et voilà les images du mur entre les Etats-Unis et le Mexique (cela n’a rien à voir, mais la tentation de taper sur Trump était forte). Dès son élection, dans la Chapelle Sixtine, on conseille à Bergoglio de ne pas oublier les pauvres, autre coup de poignard à l’Église de Ratzinger qui, comme chacun sait, ne s’occupait jamais des pauvres.

Et en avant pour des statistiques à la louche: 20% de l’humanité exploite tous les autres et même les générations futures, la fameuse « économie qui tue ». Heureusement, Robin des Bois est arrivé. Le conflit entre Benoît XVI et le cardinal qui vient des favelas (selon le film) commence par la demande de démission de ce dernier. Pourquoi? Parce qu’il est inutile, il n’y aura jamais de « réformes » dans l’Église. Et puis: Ratzinger manque d’humour parce qu’il ne comprend pas les blagues que lui raconte l’autre, ce dernier siffle Dancing Queen d’Abba (une invitation à la discothèque adressée aux adolescents) et Ratzinger, qui n’est plus dans le coup et qui lui demande quel hymne c’est; l’Argentin aime le football et l’Allemand uniquement la musique classique; bref l’Église pré-conciliaire fermée au souffle de l’Esprit.

Le film est alors un copier-coller de slogans: des ponts et pas des murs, accueil, non aux formalismes, l’eucharistie médicament pour les pécheurs et non prix pour la perfection, ouverture aux temps qui changent. A un certain moment, comme pour y mettre la signature, la chanson Bella ciao est insérée dans une version pour quatuor à cordes.

Happy end: les deux papes regardent le match Allemagne-Argentine à la télévision. La vieille Église et la nouvelle se sont réconciliées.

Dans le sens où la vieille s’est finalement écarté du chemin et a compris ce qu’est le vrai christianisme. A propos: les cinéastes ne lisent pas la Bussola, sinon ils ne leur auraient pas mis une bouteille de Fanta [marque allemande de soda apparue en 1940] entre les mains tandis qu’ils mangent une pizza (le sigle a été inventée au temps de l’autarcie allemande, comme la Coccinelle Volkswagen). La performance des deux acteurs est certes superlative, mais la seule réplique qui vaille la peine d’être gardée de tout le film est celle-ci: qui épouse une époque reste veuf dans la suivante.

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