L’épidémiologue italien dont nous suivons régulièrement les chroniques sur la Bussola tient par ailleurs un blog très intéressant où il n’a pas peur d’affirmer « ma foi chrétienne définit mon identité la plus profonde ». Il s’est très impliqué dans la ré-information sur le covid-19, et dans cette interview qu’il a accordée à un journal en ligne turinois, au ton modéré, il nous offre le fruit de 30 années d’expérience et d’un solide bon sens, et il relativise les tons apocalyptiques du récit dominant sans céder à la tentation facile de nier l’existence du virus ou de se croire invulnérable.

Faisons le point avec l’épidémiologue

Il Torinese
www.paologulisano.com
8 août 2020
Ma traduction

Peut-on dire, au moins en Italie, que la situation s’est améliorée par rapport aux mois passés ?

Il y a des cas, bien sûr, on ne peut pas le nier, ils sont sous les yeux de tous, mais il faut regarder non pas tant la propagation que la gravité. Du reste, il y a chaque année des millions de cas d’autres maladies, comme la rougeole, pour ne citer qu’un exemple.
Le fait incontestable est que le nombre de personnes admises à l’hôpital et en soins intensifs est en constante diminution.

La maladie a-t-elle été revue à la baisse?

L’espoir est que le Covid-19 devienne comme ses cousins, à faible intensité et à très faible impact. Les covid ont été découverts en 1960 et provoquent des rhumes, des bronchites ou des maladies respiratoires. C’est ce qui ressort du tableau épidémiologique.

A-t-il disparu ou est-il en voie de disparition ?

Disparu, certainement pas, mais il est en transformation, comme l’a dit Giulio Tarro, il s’adapte pour devenir un virus à faible incidence.

Mais dans de nombreuses régions du monde, il s’accélère…

Il a un parcours cyclique, il arrive dans un pays, a sa phase d’ascension, atteint un pic puis retombe. Mais il est vrai aussi qu’il est arrivé en Afrique et n’a pas du tout provoqué les chiffres qu’il a par contre déterminés en Europe. Et puis quand on parle du nombre de cas et de morts, n’oublions pas que ceux-ci doivent être rapportés au nombre d’habitants.

Au début, on nous a présenté l’apocalypse, pourquoi?

Ici aussi, il a été question de scénarios apocalyptiques, et même dans le monde entier, prenons l’exemple de l’Amazonie. Ce n’est pas pour rien que la maladie a fait autant de victimes en Europe et aux États-Unis, et cela ne dépend pas du système de santé. Les pays qui ont connu jusqu’à présent une incidence élevée, comme l’Italie, l’Angleterre, l’Espagne et la France, ont une importante population de personnes âgées, ce qui a créé davantage de dégâts. En Italie, nous constatons ensuite qu’elle a créé plus de problèmes dans les régions à forte densité de population comme la Lombardie et moins dans d’autres comme l’Ombrie où la densité de population est plus faible.

Les personnes asymptomatiques sont-elles dangereuses ?

Ces dernières semaines, l’OMS a montré qu’il n’y a pas de contagiosité quand il y a une faible charge virale. Ils le découvrent maintenant parce qu’ils font des tests. S’il était possible de cartographier l’ensemble de la population qui a été en contact avec le virus, le nombre serait certainement très, très élevé.

S’agit-il des contagions de retour, qui sont à l’origine de plusieurs foyers sur le territoire italien ?

Il y a un contre-sens: on a eu au niveau national une restriction de la liberté de circulation et de travail et, même maintenant, des messages sont envoyés à la population autochtone, alors que la circulation a repris à partir des pays à risque et qu’il n’est pas clair pourquoi la quarantaine ne devrait pas être appliquée. Je ne voudrais pas que ce soit comme en février. Si vous allez en Irlande et en Grande-Bretagne aujourd’hui, vous devez être mis en quarantaine pendant 14 jours pour protéger la santé publique. Faire la quarantaine, contrôlée et vérifiée dans des installations avec surveillance sanitaire, est une nécessité. Ne pas le faire serait incohérent.

Est-il possible de déterminer un moment pour la fin de l’épidémie ?

Théoriquement, nous pourrions abolir toute utilisation du masque quand on aura atteint la mortalité zéro.

Êtes-vous d’accord avec les déclarations de votre collègue Alberto Zangrillo et d’autres médecins ?

Le professeur Zangrillo, directeur du département des maladies infectieuses à San Raffaele, a affronté le problème sur le terrain et voit son évolution au jour le jour. En tout cas, cette maladie, on a appris à y faire face, les gens savent que le danger est là, qu’il faut y faire face.

Comment avez-vous vécu cette expérience en tant que médecin de première ligne, compte tenu de votre professionnalisme spécifique ?

Je me suis tout de suite rendu compte que nous étions entrés dans une phase particulière, du reste on parlait depuis des années de la possibilité d’une éventuelle épidémie majeure. En 2005, il y a eu la menace de la grippe aviaire, en 2006 le Sars. Les épidémiologistes parlaient depuis des années de scénarios épidémiques possibles, de nouveaux virus mutés. Le sentiment est que l’on aurait peut-être pu faire plus, que ce n’était pas un événement irrévocable. Mais nous ne sommes pas impuissants, nous devons préparer et appliquer des protocoles thérapeutiques et comportementaux, vivre le moment de la pandémie et donner le meilleur de nous-mêmes.
Cet événement a également été l’occasion d’un bain d’humilité de la médecine qui n’est pas l’objet de désirs mais la réponse à un besoin de santé.

Êtes-vous toujours critique quant à la gestion catastrophique de certains médias ?

Je le confirme, du reste, prenons un chiffre, celui des décès. C’est dramatique, bien sûr, plus de 35.000, chaque vie perdue est un nom et un visage, une histoire. Mais nous oublions qu’en 1968 il y a eu une épidémie de grippe qui a causé un million de morts dans le monde et 40 000 en Italie. Pourtant, à cette époque, la vie continuait et on en parlait peu ou pas du tout.

Certains comparent le Covid-19 à « l’espagnole« . Est-ce exact ?

Absolument pas, la « grippe espagnole » était totalement différente, on ne peut pas faire cette comparaison, les modalités sont différentes, il y avait la guerre et elle a surtout touché les jeunes, les soldats. Ce n’est absolument pas comparable avec le Covid d’aujourd’hui.

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