Relayée par Maurizio Blondet, voici une analyse du pontificat bergoglien à travers la catéchèse de mercredi dernier, où le Pape enfilait les affirmations les plus hétérodoxes. Un pontificat qui fait beaucoup de bruit, mais qui n’a aucun impact en terme d’évangélisation. Dans la post-Eglise moderne, on trouve désormais comme un écho du « contrordine compagni » (contre-ordre, camarades) de Giovannino Guareschi, quand dans les années 50, le père de don Camillo se moquait à travers des caricatures littéralement tordantes de l’obéissance aveugle des communistes aux directives du parti transmises via son organe, ‘L’Unità » (*)

(*) Echantillon à savourer ici:www.giovanninoguareschi.com/contrordine-compagni.pdf

Le pape de l’ammuina (**).

(**) En patois napolitain, se traduirait par « bruit », « bazar », ou « lio », le mot utilisé par François dans sa langue maternelle (qui a dit aussi en italien, s’adressant aux jeunes « fate casino » )

Depuis qu’ils nous ont imposé le masque, les puissants ont enlevé le leur. Tous les récits du passé (liberté, démocratie, État de droit, religion) ont été détruits au nom – ou sous le prétexte – d’une petite créature appelée Sars-Cov 2. Nous vivons une époque tragique et grotesque, qui rappelle l’ordre de la marine des Bourbons pour la visite du roi : « Facite ammuina » . Faites du bruit : il se passera quelque chose.

Le pensionnaire de Sainte Marthe, ce signore argentin, pape de profession, est depuis des années passé maître dans l’art particulier de fabriquer de l’ammuina. Pas seulement dans le contexte de la contagion, à l’occasion de laquelle il a fermé les succursales (autrefois appelées églises), fait remplacer l’eau bénite par du désinfectant et dicté la ligne officielle sur l’épidémie. Pour Jorge Mario Bergoglio, se faire vacciner est un devoir, qu’il soit laïc, religieux ou autre, on ne sait pas. Un silence assourdissant sur la signification de ce qui s’est passé, sur une interprétation du mal et de la souffrance à la lumière de l’espérance chrétienne.

Bergoglio fait du bruit, sème la confusion et, comme dans les caricatures de Giovannino Guareschi, proclame le « contrordine, compagni! » dans l’église, qui n’est plus catholique (François dixit : Dieu n’est pas catholique), plus tellement romaine (synodale, œcuménique ou, plus prosaïquement, où chacun fait et dit ce qui lui vient à l’esprit) et encore moins apostolique.

Obéissance aveugle, prompte, absolue

Contre-ordre, camarades. La phrase publiée dans l’Unità « A l’occasiion de la venue de l’Honorable (député) Togliatti, tous les camarades doivent se suicider (ammazzare) devant le Siège du Parti », contient une erreur d’impression et doit se lire « doivent se masser (ammassare) devant le Siège du Parti »

C’est le jésuite du bout du monde qui a condamné l’apostolat missionnaire, hâtivement réduit au prosélytisme : une mauvaise chose, semble-t-il. Ne parlons pas de la Pachamama, l’idole amazonienne introduite à Saint-Pierre, des déclarations improvisées sur la loi naturelle et la morale sexuelle (« qui suis-je pour juger ? ») et, n’oublions pas que le seul salut admis semble être le salut écologique de la planète, selon des encycliques dans lesquelles on cherche le nom de Dieu en vain.

Et maintenant voilà la dévalorisation des Dix Commandements. Nous ne pouvons pas ne pas nous appeler chrétiens, disait Benedetto Croce, mais c’était d’autres temps. Aujourd’hui, nous devons fuir une institution dont le déclin se révèle être une gigantesque crise de foi. Personne, du haut de la chaire ou de Sainte Marthe (le Vatican est le siège de représentation) ne parle plus de Dieu, de la destinée éternelle de l’homme. Le Nazaréen est-il ressuscité le troisième jour, ou quelqu’un a-t-il volé ses restes et mis un double à sa place, montré à Thomas, aux hommes étonnés d’Emmaüs et aux disciples ?

Les innombrables contre-ordres de l’église (ou post-église ?) post-moderne sont la plus dramatique des trahisons. Ils produisent une douleur morale et même physique. C’est comme voir de ses propres yeux la trahison ostentatoire d’un être cher, qui, de surcroît, nous sourit. La question est terrible : nous ont-ils trompés pendant vingt siècles, ou sont-ils devenus fous au cours des dernières décennies ? Nous croyions, comme beaucoup d’autres avant nous, que l’Église était « mère et maîtresse ». Maintenant qu’elle est devenue une marâtre et qu’elle a rejeté le rôle de guide, à commencer par l’oubli du droit naturel (les principes non négociables auxquels le pape pro tempore est indifférent), à quoi sert la vieille et vénérable religion catholique ?

Peut-on parler de foi si, au milieu de contre-ordres incessants, elle n’est plus un roc solide dans les tempêtes – le rôle assigné par le Fils – mais fait du bruit et court ici et là comme les marins des Bourbons? Le dernier coup concerne les dix commandements, symbole de l’alliance entre Dieu et son peuple. Pour le supporter de San Lorenzo de Almagro [le club de foot argentin dont le pape se prétend tifoso, ndt], les commandements « ne sont pas absolus ». Leur fonction est limitée dans le temps et ils conduisent à la rencontre avec Jésus-Christ qui nous justifie gratuitement ». Telle est la catéchèse délivrée lors de l’audience générale. Cette fois, au moins, Bergoglio ne s’est pas interrompu pour répondre au téléphone, comme lors d’une précédente occasion.

La loi, « a certainement eu des fonctions restrictives » mais aussi – Sa Sainteté est trop bonne – « une fonction positive, mais limitée dans le temps ». On ne peut pas prolonger sa durée outre mesure, car elle est liée à la maturation des personnes et à leur choix de liberté. Dès que l’on arrive à la foi, la Loi épuise sa valeur propédeutique et doit céder la place à une autre autorité. Ce qui nous justifie, poursuit-il, c’est Jésus-Christ. Les commandements doivent être observés, mais ils ne nous rendent pas justice ; il y a la gratuité de Jésus-Christ, la rencontre avec Jésus qui nous justifie gratuitement. « 

Il me semble que plus que de commandements, il s’agissait plutôt de simples conseils du passé. Et si Jésus justifie tout, à quoi servent les œuvres, les comportements, le fait de faire le bien et d’éviter le mal ? Au mieux, c’est du luthéranisme rabâché (justification par la foi), au pire c’est l’adhésion à la vulgate occidentale moderne, pour laquelle les commandements sont une liste inadmissible d’interdictions et de prescriptions, indignes de l’homme en tant que propre souverain.

Quelle est la place de Dieu, s’il y en a encore une ? Jésus « justifie gratuitement », donc une vie honnête ne vaut rien, une vie dans laquelle on ne vole pas, on ne tue pas, on ne fornique pas, on ne convoite pas les femmes et les biens des autres, on honore père et mère, ou les parents 1 et 2. Plus que miséricordieux, Jésus apparaît indifférent au juste et au pécheur. Dans son effort de faire de bruit, l’homme vêtu de blanc va plus loin. « Comment puis-je vivre ? Dans la crainte que si je ne fais pas cela, j’aille en enfer ? Ou bien est-ce que je vis aussi avec cette espérance, avec cette joie de la gratuité du salut en Jésus-Christ ? »

En somme, ce qui était saint et juste – ses prédécesseurs l’appelaient la crainte de Dieu – est un comportement ridicule, indigne de l’homme moderne orgueilleux. Désireux d’étonner comme certains profanateurs, Bergoglio en a sorti une encore plus grosse : « Vous avez fait cela, donc la Loi – les dix commandements – dit ceci : vous êtes dans le péché. En effet, comme l’enseigne l’expérience commune, le précepte finit par stimuler la transgression. » Mieux vaut donc se taire sur ce qui est bien et ce qui est mal, laisser chacun être sa propre loi, dans un relativisme existentiel où la foi en Jésus (mais est-il encore Dieu ?) justifie tout. Si, comme ils l’ont prétendu dans le passé obscur, il existe une autre vie, il y a de la place pour tout le monde là-haut. Jésus sauve quoi qu’il en soit. Des applaudissements nourris de la part de meurtriers, de voleurs et de menteurs.

Épuisé, à la fin de l’audience, le vieil évêque de Rome s’est autorisé une partie de baby-foot, une panacée pour l’esprit.

Laissons les considérations théologiques aux experts, mais il reste une amertume infinie, un vide que seule la prière du croyant peut surmonter. Et que dire des autres, les sceptiques, les agnostiques, ceux qui attendent une parole forte, un signe d’espoir, une étincelle d’éternité ?

Un petit livre de Marc Augè s’intitule « le tre parole che cambiarono il mondo » (« Les trois mots qui changèrent le monde », titre français La sacrée semaine: qui changea la face du monde). Ces mots sont « Dieu n’existe pas » et la personne qui les prononce est le titulaire de la Chaire de Pierre. Le 1er avril (jour des canulars), dimanche de Pâques – la Résurrection – le pontife apparaît et fait l’annonce sensationnelle. Dans le livre, dont le protagoniste est le scientifique Théophile (ami de Dieu) qui se fait appeler Théophobe (ennemi de Dieu), le message est suivi de l’effondrement de toutes les religions.

Pour Augé, athée, c’est le début du bonheur pour une humanité libérée des conflits et des fausses croyances. Pour nous, c’est exactement le contraire. A petits pas, une moquerie après l’autre, le pape de Rome n’aura d’autre choix que de prononcer les mêmes mots fatidiques : Dieu n’existe pas, nous ne croyons plus en lui, nous plaisantons depuis deux mille ans.

Peut-être que nous exagérons, que nous interprétons mal les messages en provenance de Sainte Marthe, le siège opérationnel du Vatican, mais il nous semble que le véritable drame est l’indifférence, le bâillement qui accueille les paroles du pape. Les églises sont vides et il y a un manque de vocations. Qui consacrerait sa vie à quelqu’un qui n’existe peut-être pas, qui suivrait des commandements qui sont des suggestions banales et sans engagement, enfants d’un temps lointain, dans le sable du désert ?

Puis, comme par magie (comment dire autrement ?), vient la foi en Jésus, un prophète d’un passé lointain, un grand homme, un puissant guérisseur (paroles du bibliste, le Cardinal Ravasi) et nous sommes sauvés. Comme dans le jeu enfantin, à la fin de l’ « ammuina » , tana libera tutti [formule rituelle en conclusion d’une partie de cache-cache].


Qu’est-ce qui nous passe pas par la tête!

Roberto Pecchioli

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