Curieusement ( ou peut-être de façon prévisible) les incroyables propos tenus par le Pape devant les jésuites slovaques, dans lesquels il accusait de façon générique « certains » de comploter dans son dos et même de souhaiter sa mort, on suscité peu de réactions en France, où l’on s’est empressé de cacher la poussière sous le tapis. Il n’en a pas été de même en Italie, où des sites peu suspects de bergogliophobie (y compris le quasi-institutionnel « Il Sismografo », dont le rédacteur en chef Luis Badilla fait partie du premier cercle, nous en reparlerons) ont souligné avec force l’extrême gravité des sous-entendus papaux et de leurs implications. Dans le pieux silence des médias (si bavards en 2012, avant la renonciation de Benoît XVI), un pontificat catastrophique se délite.

Motus in fine velocior

A noter que le Pape qui en 2013 était censé remplir les églises continue à les vider, au moins en France, où un sondage récent nous apprend que la moitié des Français ne croient plus en Dieu (il resterait paraît-il assez populaire chez nous, défendant plutôt bien les valeurs du catholicisme, selon 41% des sondés, mais les gens ne le connaissent que par ce qu’en disent l’AFP et La Croix!)

Photo du Père Spadaro

Bergoglio a mis à nu la rupture totale de sa communication

Vik van Brantegem
Korazym.org
24 septembre 2021
Ma traduction

Quelqu’un préparait-il déjà le conclave pendant que le pape François était à l’hôpital ? Et voulait sa mort ? Lors d’une rencontre avec des jésuites le dimanche 12 septembre 2021, au cours de son voyage apostolique en Slovaquie, dont le contenu a été rapporté par la Civiltà Cattolica le 21 septembre 2021, le pourfendeur de ragots et de commérages a déclaré :

Certains voulaient ma mort. Il y a eu des réunions entre prélats pour le conclave.

Il est honteux, et c’est un euphémisme, de faire des déclarations aussi gratuites. « Certains », « des réunions entre prélats » ? Personne n’a demandé au Vicaire du Christ qui, comment, où ? Le Corps de Gendarmerie de l’Etat du Vatican n’a procédé à aucune arrestation ? Les promoteurs de la justice du Vatican n’ont pas ouvert un dossier et recueilli les noms et prénoms avec toutes les informations – et preuves – de l’affaire ?

Sur le fond, nous trouvons ces déclarations du Pape régnant incommentables. Une seule question me vient à l’esprit. La question elle-même donne une bonne idée de la situation surréaliste dans laquelle se trouve le peuple de Dieu. On se demande s’il est plus grave que « certains » prélats aient voulu la mort du pape, ou que le pape François lui-même partage ces convictions macabres avec le monde entier. Un fait est certain. La limite de la décence a été franchie depuis longtemps.

L’Homme juste doit considérer le martyre comme un chemin vers la sainteté. Une sainteté qui passe par le sacrifice personnel de chaque chrétien, de chaque catholique. En silence, loin des proclamations publiques. Le Seigneur a dit que nous serions persécutés à cause de notre foi en Lui. Il nous a dit que, pour suivre sa parole, nous devions payer le prix le plus élevé. Nos vies mêmes. Des millions de chrétiens dans le monde reçoivent des menaces de mort et sont même tués. Nous ne trouvons pas leurs interviews exclusives dans Civiltà Cattolica. Pas même leur nécrologie post-martyre.

Sans surprise, un vif échange de commentaires a suivi ma publication à ce sujet dans mon journal Facebook le 21 septembre 2021

Au même moment, en marge de la réunion du Parti populaire européen (PPE) à Rome (dans ses travaux du 21 septembre 2021, le PPE a accordé une place à l’écoute de l’Église catholique romaine), le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin a commenté devant les journalistes les propos du pape dans sa conversation avec les jésuites slovaques :

« Probablement que le pape a des informations que je n’ai pas. Honnêtement, je n’étais pas prévenu qu’il y avait ce climat et puis je pense, n’ayant peut-être pas d’éléments en main, que c’est quelque chose de peu d’importance, de quelqu’un, qui a peut-être mis ces choses dans sa tête. Le Pape fait probablement ces déclarations parce qu’il a des connaissances et des données que je n’ai pas reçues ».

*

(Il Sole 24 Ore, 22 septembre 2021)

« Une prise de distance substantielle et sage par rapport au style péroniste d’un pape qui se promeut en salissant ceux qui travaillent pour lui. » (Antonio Caragliu).

Un ami m’a écrit à ce sujet :

« À la lumière de tout cela, je me pose spontanément une question : un Pontife régnant, qui est aussi le chef d’un État (le Vatican), ne devrait-il pas modérer et réfléchir davantage à ses déclarations ? Si les propos du pontife romain sont avérés, il faut s’attendre à ce que, outre son rôle de guide spirituel et compte tenu de son statut de chef d’État, tous les instruments nécessaires soient mis en place pour faire la lumière sur les propos du pape François. J’espère que toute la lumière sera faite et que cette affaire, comme beaucoup d’autres, ne finira pas inexorablement sous le paillasson. Je crois que c’est un acte dû à plus d’un milliard de fidèles qui ont été choqués en lisant ces mots ».

Encore un autre ami :

« J’ai envie de dire, paraphrasant Andy Warhol, que ne ferait-on pas pour 15 minutes de gloire. Il ne fait aucun doute qu’un Pontife régnant qui est en même temps le chef d’un État, même petit, mais qui reste un État… devrait peser soigneusement chaque mot avant de faire des déclarations de cette ampleur. Les déclarations du pape François sont extrêmement fortes et extrêmement graves. Le cardinal Parolin a bien fait de s’exprimer. Je crois que c’est la première fois en deux mille ans d’histoire qu’un Pontife régnant fait des déclarations de ce genre ».

En attendant, les vendeurs de papier, qui n’ont pas peur de se ridiculiser, prennent pour argent comptant les propos déconcertants du pape régnant et titrent : « Un match inégal (scontro impari). Le pape qui accuse les conspirateurs a déjà déployé des troupes pour les neutraliser » (Domani, 22 septembre 2021). Ici, pas l’ombre de la conviction que c’est le Saint-Esprit qui élit le Pape.
Mon ami Antonio Caragliu a commenté :

« Le grand souffre-douleur des commérages utilise des ragots et des bavardages dénués de tout mérite spirituel pour solliciter un soutien personnel qui sent la politique. Pathétique ».

On pourrait rappeler au pape François que les conclaves (y compris celui au cours duquel il a été élu) ont toujours été préparés sous le prédécesseur heureusement régnant, et qu’il n’est pas le premier à être attaqué par les médias (le pape émérite et ses prédécesseurs, saint Paul VI et saint Jean-Paul II, auraient beaucoup à dire à ce sujet). Le cardinal Joseph Ratzinger disait le 10 août 1978 :

« Un pape qui ne serait pas critiqué aujourd’hui échouerait dans sa tâche devant cette époque ».

L’archevêque de Munich et Freising d’alors rappelait ainsi le pape Montini, qui « a résisté à la télécratie et à la démoscopie, les deux pouvoirs dictatoriaux du présent », dans son homélie dans sa cathédrale quatre jours après la mort du pape Paul VI. Ce texte inédit a été publié par L’Osservatore Romano à la fin d’un numéro spécial consacré au cinquantième anniversaire de l’élection de Montini au trône de Pierre le 21 juin 1963 [voir ma traduction en français ici: benoit-et-moi.fr/2013-II/benoit/une-homelie-inedite-de-joseph-ratzinger, ndt]

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