« Fuori del coro » (hors du choeur) est un talk show hebdomadaire d’une chaîne télé du groupe Mediaset présenté par un certain Mario Giordano et diffusé en prime time. L’émission de cette semaine était consacrée au Vatican et au Pape, et parmi les invités, il y avait Marco Tosatti et Riccardo Cascioli ce qui est très inhabituel. Façon de dire que cette fois au moins, le titre de l’émission était justifié.

L’intérêt du commentaire d’ Americo Mascarucci dépasse largement les limites de la critique d’une émission, qui plus est que les Français n’ont pas vu: si maintenant même les grands médias lâchent le Pape….

Heureusement que Giordano est là. Eh oui, parce que c’est la première fois qu’une émission de télévision traite des questions vaticanes en dépassant la logique du récit à sens unique pro-bergoglien qui réunit aujourd’hui les grands médias, comme l’a fait Mario Giordano mardi dernier avec son émission « Fuori dal Coro ». Il a même donné la parole à nos Marco Tosatti et Riccardo Cascioli, qui ont brisé le halo politiquement correct qui règne autour du gouvernement de l’Église.

Pour la première fois, nous n’avons pas entendu parler du Vatican comme d’un repaire immonde de scandales et de méfaits, où Bergoglio, élevé au rang de martyr, est entravé par les lobbies internes qui veulent l’empêcher de faire le ménage, lui qui est saint, pur et immaculé. Un style de communication construit à dessein pour faire croire au public qu’on veut défendre le pape contre ses ennemis, alors qu’on ne vise qu’à utiliser Bergoglio pour salir l’Église, la dépeindre comme indigne et corrompue. Il y a ensuite les porte-parole masqués des différentes chaînes d’information, mais il vaudrait mieux les appeler des porteurs de micro, ceux qui sont toujours prêts à courir au Vatican pour interviewer le pape François et lui faire dire ce qu’il veut, sans contradiction et en agrémentant bien sûr chaque émission de la sanctification dans la vie du pontife argentin.

Pour la première fois, Mario Giordano n’a pas suivi ce schéma, il a brisé un tabou, puisqu’il fait aussi très fort sur la question du green pass obligatoire, à contre-courant du reste du système médiatique.

Génial! (clic)

Il a ainsi été possible de traiter plus objectivement le sujet du complot dénoncé par le pontife régnant. Ici aussi, il a été possible de sortir de la logique des « mauvais traditionalistes » qui veulent la mort du pape, et de souligner, comme l’a fait Tosatti, que le Collège des cardinaux est maintenant presque aux mains d’une majorité bergoglienne, avec des cardinaux choisis personnellement par lui dans le but clair de construire un large consensus. Et maintenant, ce sont ces mêmes cardinaux qu’il a placés autour de lui, ainsi que des cadres de la Curie qu’il a également triés sur le volet, qui complotent contre lui, ou peut-être plus simplement préparent sa succession. Et ce n’est pas un hasard si le nom de son fidèle Matteo Zuppi, archevêque de Bologne, a circulé parmi les candidats, et a même été indiqué comme un possible candidat anti-Parolin soutenu par des cardinaux asiatiques, africains et certains latino-américains. Et ce n’est certainement pas la faute des mauvais traditionalistes si le secrétaire d’État Pietro Parolin a été le premier à commenter avec étonnement, et avec une certaine hilarité, les plaintes de Bergoglio au sujet de la conspiration, en disant qu’il n’en sait rien et que le pape a peut-être des informations qu’il n’a pas. Mais comment croire qu’un premier ministre ne soit pas au courant des conspirations qui se déroulent dans « son » gouvernement contre le souverain ? Et quand a-t-on déjà vu un secrétaire d’État démentir les paroles d’un pontife presque en signe de défi? François semble n’avoir plus que ses frères jésuites comme alliés, et ce n’est certainement pas une coïncidence s’il a dénoncé le complot lors d’une rencontre avec des membres de la Compagnie, et que la Civiltà Cattolica a ensuite relancé en grande pompe les propos du pontife avec l’intention manifeste de les désamorcer.

Mais l’émission de Giordano a eu aussi le mérite de défaire le voile d’hypocrisie qui règne autour du sujet des deux papes et a même reconnu en partie la citoyenneté des positions du petit reste catholique, en soulignant, avec de nombreux articles d’Andrea Cionci à l’appui, qu’il y en a qui soutiennent que Benoît XVI n’a jamais démissionné et est toujours le pape.

Évidemment, comme nous tous, il en a fait état sans épouser ouvertement cette position qui, bien que soutenue par des éléments concrets, est loin d’être prouvée. Tout comme la thèse selon laquelle Ratzinger serait « prisonnier de Bergoglio », comme Célestin V l’était de Boniface VIII, et avec le très fidèle Padre Georg dans le rôle de geôlier, est peu crédible. C’est une hypothèse peu convaincante, si l’on considère que ces dernières années Benoît XVI a souvent continué à parler et à prendre des positions en contraste ouvert avec la politique de Bergoglio (voir la communion aux divorcés remariés, voir les questions d’homosexualité, voir le célibat des prêtres, l’ordination des femmes, autant de sujets sur lesquels François a laissé les portes du dialogue ouvertes et que Ratzinger a toujours qualifiés d’inadmissibles). Mais ce n’est pas le problème. En effet, quel que soit le point de vue que l’on adopte, il y a maintenant deux papes au Vatican, tous deux portant la soutane blanche, dont l’un est « émérite » en l’absence de reconnaissance juridique (après huit ans, ils s’en sont rendu compte et prennent des mesures), qui signe comme un pape régnant et qui, en huit ans, n’a cessé de répéter qu’ « il n’y a qu’un seul pape », mais sans jamais dire explicitement « le Pape, c’est François ».

En ce qui concerne la soutane blanche, on nous a dit que c’était un choix pratique, car le pape émérite n’avait plus de robe de cardinal. Mais cela aurait pu être convaincant au moment de sa démission, pas après huit ans, ce qui est certainement suffisant pour appeler un tailleur et faire coudre une soutane noire. C’est le cardinal George Pell, et non nous, qui a déclaré qu’il serait approprié pour Benoît XVI d’enlever la soutane blanche pour éviter toute confusion parmi les fidèles. Et le fait que, huit ans plus tard, il ait été décidé de s’attaquer au vulnus de l’institution de la papauté émérite, qui n’a jamais existé dans l’Église, en dit long sur la façon dont le Vatican a compris qu’il devait remédier à une situation pour le moins anormale et ambiguë.

Ils nous diront que tout est normal, que tout va bien, que le pape est François et que nous devons nous y habituer. Et nous avons fini par l’accepter, même si nos doutes subsistent. Et avec tout le respect dû, nous n’avons pas envie de faire comme si de rien n’était. Tout comme nous ne sommes pas prêts à passer sous silence la énième tirade de Bergoglio sur le complot contre lui, qui sent le roussi au moment même où l’on jette la pierre en cachant la main. On m’a objecté que François a bien fait de dénoncer en public le complot contre lui parce qu’il a eu le courage de mettre en évidence le comportement répréhensible de ceux qui gouvernent l’Église. Mais c’est son Église, il l’a voulue. Et ne venez pas nous raconter l’histoire du complot des traditionalistes contre lui, étant donné qu’au sein du collège des cardinaux, les cardinaux conservateurs sont maintenant presque tous hors jeu en raison de l’âge et de problèmes physiques. Et la voix autorisée de Mgr Carlo Maria Viganò est clairement une « voix qui crie dans le désert », car ce qu’il affirme est inconfortable et inacceptable tant pour les bergogliens modernistes que pour les ratzingeriens, les partisans de cette herméneutique de la continuité du Concile Vatican II qui a permis la prolifération d’un grand malentendu sur un bon Concile qui a produit des fruits malsains. Des fruits qui, comme dans le cas de l’œcuménisme, ont malheureusement proliféré même dans les années de la restauration de Wojtyla, comme en témoignent l’esprit d’Assise et les ouvertures controversées au monde luthérien.

La vérité est que Bergoglio n’a probablement pas pleinement répondu aux attentes des modernistes modèle Kasper, Marx et consorts dans la mise en œuvre du programme progressiste qui était à la base de son élection. Un agenda qu’il s’est limité à interpréter en convoquant des synodes aux résultats désastreux mais de toute façon insuffisants pour ceux qui voulaient mettre l’Église sens dessus dessous. Ou en déclarant la guerre à la messe latine et aux traditionalistes, en persécutant les ordres religieux les plus conservateurs dans l’idée que cela ferait plaisir à ses partisans. Au contraire, ils ont réalisé qu’ils ont tiré un coup d’épée dans l’eau et ils ne veulent pas attendre que ce soit le Seigneur qui libère le trône de Pierre. Du reste, celui qui vit par la Mafia meurt par la Mafia. De St-Gall, bien sûr.

Americo Mascarucci

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