Il y a quelques jours, répondant à l’invitation de l’évêque de Raguse de visiter son diocèse en 2025, François a eu cette réplique sybilline: en 2025 c’est Jean XXIV qui fera cette visite. Probable allusion à une fiction romanesque de 1963, écrite par un jésuite argentin. Simple blague (mais alors, pas si invraisemblable), ou souhait profond? Manière, en tout cas, de relancer les rumeurs sur la fin prochaine de son pontificat. The Wanderer cherche des clés pour comprendre.

(The Wanderer, via la traduction en italien d’AMV)

La presse nous informe qu’il y a quelques jours, le pape François a répondu en ces termes à l’invitation de l’évêque de Raguse à visiter son diocèse en 2025 : « Le Saint-Père a souri, hoché la tête, et a dit en plaisantant qu’en 2025, ce sera Jean XXIV qui fera cette visite ».

Depuis ce jour, les gros titres et les analystes spéculent sur le successeur que François a en tête, ou du moins sur ses caractéristiques. Et s’il s’attend à ce qu’il prenne le nom de Jean XXIV, c’est parce qu’il le croit très lié au plus que raté Concile Vatican II.

Cependant, nous, Argentins, ne pouvons pas ignorer certains faits. Il ne fait aucun doute que l’évêque de Raguse a été encouragé à révéler à la presse son dialogue privé avec Bergoglio, car il le lui a lui-même demandé. C’est ainsi qu’il s’est toujours comporté tout au long de son pontificat à Buenos Aires et à Rome. Alors, que voulait-il dire ? Juste une blague sur son successeur qui a déjà choisi un nom ?

Il pourrait y avoir autre chose. Le père Leonardo Castellani, jésuite argentin expulsé de la Compagnie, bon théologien et excellent écrivain que Bergoglio connaît très bien, a écrit en 1964 un roman intitulé Juan XXIII, Juan XXIV. Una fantasía. L’histoire raconte qu’à la mort de Jean XXIII en 1963, le conclave a élu un pape argentin, un jésuite qui exerçait son ministère dans le quartier de San Telmo (l’un des quartiers les plus anciens et les plus traditionnels de Buenos Aires, témoin de la plupart des événements les plus importants de l’histoire de la ville), un théologien exceptionnel, qui s’appelait Ducadelia. Eh bien, Pío Ducadelia a été élu pape et a pris le nom de Jean XXIV.

Pío Ducadelia était un prêtre qui avait eu des problèmes avec la hiérarchie de la Compagnie de Jésus en raison d’opinions et d’attitudes jugées irrévérencieuses. Comment Ducadelia a-t-il accédé à la papauté sans même être cardinal ? Dans sa fiction prophétique, Castellani imagine une situation mondiale chaotique. La France a gagné une guerre contre l’Union soviétique, qui disparaît, et les États-Unis ont envahi l’Amérique du Sud. Ducadelia est à Montevideo, mais l’archevêque de Buenos Aires part à sa recherche et lui demande de l’accompagner à Rome, comme conseiller lors du conclave qui doit choisir le successeur de Roncalli. Ducadelia, comme nous l’avons mentionné, est un grand théologien. Et le conclave, en vertu de la situation exceptionnelle du monde et de l’Église, l’a choisi.

Juan XXIII, Juan XXIV. Una fantasía explique dans ses 342 pages comment la bureaucratie du Vatican rend la vie impossible au pape et sabote ses réformes. Le livre raconte les vicissitudes de ce pape pour survivre à Rome : trouver le maté, faire comprendre ses « argentinismes », adapter ses ruses et quelques tics typiquement porteños que les Romains ne comprennent pas. Au-delà de ces tribulations quotidiennes, Leonardo Castellani soulève la nécessité d’une modernisation et d’une humanisation de l’Eglise. Parce que Ducadelia veut réformer l’institution en partant du sens originel du mot Église, qui signifie assemblée, c’est-à-dire rassemblement des fidèles. Il veut vendre les trésors du Vatican, il veut que les pasteurs soient austères, il veut éliminer le faste, les privilèges, la rigidité dogmatique, il veut réévaluer le travail des laïcs, il dénonce le péché ecclésial, il sort la nuit pour se promener dans Rome et partager la vie des pauvres. Pour toutes ces raisons, ils lui ont mis des bâtons dans les roues.

Il semblerait que Pío Ducadelia, Jean XXIV, soit une anticipation de François, ou que François n’ait fait que mettre en pratique les réformes de l’Église que Castellani envisageait dans son roman. Mais il a imaginé une fin heureuse et Pío Ducadelia était, en plus d’être un excellent théologien, une personne intelligente et compétente. Bergoglio est tout le contraire. Et, bien sûr, le résultat est le désastre que nous avons sous les yeux.

Peut-être que le pape François, constatant l’échec irréparable de son pontificat et sachant que ses jours sont comptés, espère que son successeur achèvera le travail qu’il a commencé. Nous verrons bien. Ce dont nous pouvons être sûrs, c’est que plus jamais un Argentin – et j’ose dire même pas un Latino-Américain – ne sera élu dans un conclave. Celui qui s’est ébouillanté avec du lait, voit une vache et pleure.

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