Fin de pontificat, vers le prochain conclave: l’analyse hebdomadaire d’Andrea Gagliarducci. Depuis son opération et les rumeurs sur sa santé, François est devenu de plus en plus imprévisible (comme quelqu’un l’a dit récemment « un électron libre », ingérable). Il sait qu’il a mécontenté tout le monde, et il navigue à vue, avec pour objectif principal celui de se protéger, de se mettre à l’abri des critiques, en mettant en première ligne d’autres, destinés à amortir les coups. Avec deux constantes: gouverner seul et diviser pour mieux contrôler. Pour le moment, il essaie d’assurer un successeur à sa ressemblance par des nominations ciblées et en empêchant que se constituent des factions, mais le résultat final est qu’il va laisser « une Église à reconstruire, effrayée même de prendre des initiatives, freinant les hommes et l’évangélisation ». Quelle différence (quelle chute!!) avec l’ « effet François » tant vanté par les vaticanistes en mars 2013!!

A quoi ressemblera le prochain pontificat?

http://www.mondayvatican.com/vatican/pope-francis-what-will-the-next-pontificate-be-like

Que l’on pense à la succession d’un pape lorsque celui-ci est encore en fonction, ce n’est pas un mystère . Et ce n’est pas non plus un mystère qu’après l’opération du 4 juillet, les conversations sur une éventuelle succession du pape François se sont multipliées. Le pape François n’a pas apprécié. De retour de Slovaquie, il a fait savoir que certains le considéraient comme déjà mort. Depuis lors, le pape est devenu encore plus imprévisible. Et cela n’a fait que multiplier les entretiens, les rencontres, les dialogues sur une éventuelle succession.

Ce qui est nouveau dans ces échanges, ce n’est pas tant que l’on parle de la succession du Pape. Au contraire, [c’est que] les différences entre progressistes et conservateurs sont de plus en plus subtiles, de plus en plus nuancées, de moins en moins nettes. Il y a un mécontentement général à l’égard du pontificat. On attend une relève de la garde pour repartir de zéro.

Comment le pape François a-t-il déplu à tout le monde ? Jusqu’à présent, le pape François ne s’est pas intéressé aux idéologies. Il a regardé, avec un pragmatisme lucide, qui l’aiderait à gérer le pouvoir. Il a écouté tout le monde, mais il a ensuite choisi d’aller vers la solution qui le mettait à l’abri des critiques. Le pape est toujours resté protégé, malgré des situations difficiles.

Par exemple, concernant les abus sexuels au Chili, le pape François a d’abord ignoré tous les signaux, puis il a envoyé une commission, en se plaignant des erreurs. Enfin, il a convoqué à deux reprises les évêques chiliens, qui ont tous démissionné.

Le rapport publié a pris soin de protéger le pape de toute responsabilité dans l’affaire McCarrick, en rejetant presque tout sur les pontificats précédents. Le pape a approuvé le document de la Congrégation sur la doctrine de la foi, qui disait non à la bénédiction des couples homosexuels, mais il a ensuite laissé croire, par de vagues déclarations soulignées par une certaine presse, qu’il avait des réserves sur cette approche. Interrogé à ce sujet lors d’une conférence de presse dans l’avion, il est resté vague.

Aujourd’hui, dans la gestion des procès au Vatican, le Pape est intervenu personnellement avec quatre rescrits différents. Mais il est également intervenu personnellement dans l’affaire immobilière de Londres, qui a généré des bénéfices malgré les pertes. Le procès, pour l’instant, n’en est qu’au stade préliminaire, et pour l’instant, il est présenté comme une preuve de transparence de la part du Pape. Mais le récit changera-t-il s’il est démontré que cette transparence sert à dissimuler certaines fautes?

Ce sont des exemples récents qui montrent comment, dans toutes les situations, le Pape est libéré de toute critique. Ceux qui parlent d’un complot contre le pape ne se rendent pas compte que finalement, il y a toujours eu des attaques contre les papes parce que c’est l’Église qui est attaquée. Il suffit de penser à Benoît XVI, aujourd’hui encore utilisé comme bouc émissaire dans des situations éloignées dans le temps et déjà clarifiées. Avec Benoît XVI, la moindre petite erreur de communication devient géante. Ce n’est pas le cas avec le pape François.

Et c’est probablement parce que la communication du Pape François est centrée sur lui-même. Les interviews du pape portent sur ce que le pape pense, et ce qui est corroboré par des éléments de l’histoire de l’Église. Les autres papes partaient de l’Église, en prenant toujours du recul par rapport au rôle qu’ils tenaient. Même avec Jean-Paul II, malgré son charisme évident à rassembler les foules.

Avec le pape François c’est donc un changement d’époque. Outre les exemples qui montrent comment le pape s’est tenu à l’écart des problèmes, il existe des contradictions dans la gestion de dossiers complexes.

Le vaticaniste Sandro Magister a relevé une disparité de traitement, par exemple, dans trois circonstances particulières : la question de l’Ordre de Malte ; la manière dont est traitée la Communauté de Sant’Egidio ; et l’expulsion de la communauté de Bose de son fondateur, le frère Enzo Bianchi, qui était même considéré comme un ami du pape François, et que le pape avait voulu lors des synodes sur la famille.

Ces trois exemples montrent qu’il n’y a pas de personnes que le Pape considère toujours comme des amis. Même les secrétaires personnels du Pape François ont changé tout au long du pontificat. Cela s’explique par le fait que le Pape François veut tout gérer personnellement. Sa stratégie consiste à enlever le pouvoir aux autres. Ainsi, personne n’a le contrôle. Les secrétaires particuliers ne l’ont pas, destinés à être remplacés et de toute façon ignorants des nombreuses nominations du pape. Les chefs de dicastère ne l’ont pas, incertains des décisions du Pape, et destinés à ne pas rester plus de deux mandats de cinq ans. Même les évêques locaux ne l’ont pas, obligés de naviguer de façon précaire, en espérant ne pas commettre de graves erreurs.

C’est ainsi que les paradoxes se produisent. Par excès de zèle, le cardinal Antonio Cañizares, archevêque de Valence, a appliqué à la lettre Traditionis Custodes, l’instruction du pape qui, de fait, interdit presque totalement l’utilisation de l’ancien missel. Cañizares était pourtant le cardinal qui a dirigé la célébration du pèlerinage Summorum Pontificum pour les fidèles qui préféraient l’uso antiquor. Comment a-t-il pu changer d’avis aussi radicalement?

En même temps, on a été surpris que le cardinal Matteo Zuppi, archevêque de Bologne, ait appliqué Traditionis Custodes de manière moins littérale, en annonçant immédiatement que les célébrations avec le rite tridentin se poursuivraient. Zuppi est un cardinal considéré comme appartenant au front progressiste, qui n’aurait jamais célébré selon le rite tridentin.

Dans la pratique, chacun cherche son espace, conscient qu’une erreur pourrait entraîner une réprimande du Pape, qui n’a jamais eu peur de lâcher ceux qu’il considérait comme des inférieurs.

Hypothèses sur le prochain Pape

Avec le cardinal Tagle, un successeur putatif?

Que pourrait-il donc se passer lors d’un prochain conclave ? Tout d’abord, il n’y aura pas de blocs opposés car le pape, fidèle au principe de la dépossession du pouvoir, n’a jamais réuni les cardinaux en consistoire, sauf lors de la création de nouveaux cardinaux. Il n’y aura donc pas de notion de blocs opposés. Mais, d’un autre côté, de nombreuses personnes voudront comprendre ce qui se passe.

De manière générale, certains cercles de cardinaux disent que « l’erreur de 2013 ne se reproduira pas ». Comment, exactement, tout reste à déterminer. […] En fin de compte, les cardinaux votent comme ils le souhaitent, comme ils se sentent inspirés, et certainement pas en suivant un « ordre de parti ».

Le pape François le sait. Il tente d’assurer sa succession par une série de nominations ciblées. C’est probablement de cette manière qu’il « dessinera » le collège des cardinaux lors du prochain consistoire, qui ne devrait pas avoir lieu avant octobre, sauf surprise. Il est question de créer au moins 15 cardinaux, dont au moins dix électeurs, pour ce qui sera le premier consistoire après l’opération pour le pape François. Avec une écrasante majorité de cardinaux à son image et à sa ressemblance, le pape espère qu’ils choisiront quelqu’un qui suivra la ligne de son pontificat.

Il n’est toutefois pas acquis qu’il s’agira d’un François II. Il pourrait aussi s’agir d’un Paul VII, un pape d’Europe centrale doté d’une compétence exceptionnelle en droit canonique, qui pourrait ainsi « réparer » certaines lacunes juridiques de ce pontificat. Tout est incertain.

Ce qui vient à l’esprit, c’est que cette incertitude est intentionnelle afin que personne ne puisse s’organiser en vue d’un conclave. Tout doit être incertain car il doit être clair que le Pape François est le seul à gérer le pouvoir.

Mais quelle Église le Pape François va-t-il quitter ? En regardant de près, il laissera une Église à reconstruire, effrayée même de prendre des initiatives, freinant les hommes et l’évangélisation. Le résultat sera une Église peut-être trop gentille et peu empathique. Une Église qui a besoin de se faire de la publicité au lieu d’évangéliser. Ces affirmations peuvent paraître fortes. Cependant, je pense que c’est une éventualité à ne pas sous-estimer.

Est-ce là ce que veut le pape François ? C’est ce que nous verrons.

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